Sanofi est-il malade ? Oui à en croire les syndicats. Le groupe vient d'annoncer se séparer de son pôle regroupant les médicaments sans ordonnance, dont le Doliprane. Alors qu'après le Covid-19, la souveraineté sanitaire a été un enjeu majeur, la pilule a dû mal à passer. L'introduction en Bourse de cette nouvelle entité apparaît comme une stratégie de financiarisation de plus de la santé. 
Un plongeon de 19% à la Bourse de Paris. Voilà ce qu’a éprouvé Sanofi vendredi 27 octobre après avoir annoncé l’abandon de son objectif d’une marge opérationnelle de 32% en 2025. En une matinée, la capitalisation boursière du groupe a fondu de 25 milliards d’euros, preuve de la défiance des marchés envers le fleuron tricolore. À moins que ce ne soit une autre annonce que les marchés ont sanctionnée : le même jour, Sanofi a annoncé vouloir se séparer de son pôle de santé grand public. "Sanofi annonce son intention de séparer son activité Santé Grand Public au plus tôt au quatrième trimestre 2024 (…)", écrit-il dans un communiqué.


Pour bien comprendre, il faut savoir que le groupe est divisé en plusieurs activités. Médecine de spécialité, qui regroupe l’immunologie, les maladies rares, etc, l’entité vaccins, l’activité médecine générale (diabète, maladies cardiovasculaires,) et enfin l’entité Santé grand public qui est une entité autonome chapeautant les compléments alimentaires et les médicaments sans ordonnance comme le Doliprane. Cette entité compte 11 000 salariés et 13 sites de production dont deux en France, un à Lisieux dans le Calvados et un autre à Compiègne dans l’Oise. Officiellement, Sanofi veut que cette entité vive de ses propres ailes et réfléchit à la création d’une entité cotée "dont le siège sera en France". 

Déjà la fin de la relocalisation ? 


En coulisses, les zones d’ombre persistent. Sanofi va-t-il devenir actionnaire majoritaire lors de l’introduction en Bourse ? Pas de réponse chez le fleuron français, qui, contacté par Novethic, reste pour l’instant très vague. Comment s’assurer que les activités restent en France ? Une délocalisation peut-elle avoir lieu alors même que le Covid-19 a montré combien il était important que l’Europe et l’Hexagone produisent des médicaments sur leur territoire ?


"Tout dépendra de qui est le patron dans l’actionnariat", répond à Novethic Frédéric Bizard, professeur d’économie affilié à l’ESCP Europe, président fondateur de l’Institut Santé. "Cela pose la question de l’avenir de ses sites de production dont on a tant parlé pendant la pandémie", pointe-t-il. Le groupe a reçu du soutien et de l’argent de l’État. Il vient d’ailleurs d’investir 20 millions d’euros à Lisieux pour doper sa production de Doliprane alors qu’Emmanuel Macron s’était engagé en 2020 à relocaliser en France la production de paracétamol.


Du côté des syndicats, la fièvre monte. "Sanofi est malade et le bon traitement n’est pas de se séparer du Doliprane. On ne se sépare pas d’une branche qui pèse autant", fustige Jean-Louis Peyren, coordinateur CGT du groupe. L’entité rapporte aujourd’hui 10% du chiffre d’affaires de Sanofi, soit 5,1 milliards d’euros sur les 43 milliards générés. "Là on ne défend pas seulement nos emplois, mais un outil industriel majeur que la France est en train de perdre", déplore le syndicaliste. 

"L’industrie pharmaceutique ne peut être seulement guidée par des intérêts financiers"


Alors pourquoi se séparer de cette "vache à lait" qui a certes une faible rentabilité mais garantit du cash-flow permanent ? "Tous les grands laboratoires ont scindé leur activité comme tente de le faire Sanofi aujourd’hui. Mais Sanofi est en retard, il est passé à côté des biotechs il y a 15 ans et a loupé l’ARN messager qui est pourtant une invention française", poursuit l’économiste de la santé Frédéric Bizard. En préférant se recentrer sur des activités dites plus rentables, Sanofi tente de rassurer mais fait un pas de plus vers la financiarisation de la santé. "L’industrie pharmaceutique ne peut être seulement guidée par des intérêts financiers", ajoute l’économiste. 


Si Sanofi affirme ne pas vouloir une réorganisation en termes d’emplois, de produits, ou de sites industriels, l’avenir semble encore flou. D’ici fin 2024, le groupe devra éclaircir la voie et s’engage à discuter avec les partenaires sociaux. Les négociations s’annoncent déjà houleuses : "Depuis 2008, on a eu tous les 2 ans un plan d’économie de 2 milliards. C’est un groupe qui ne fonctionne qu’avec des plans d’économie. On a touché le fond et on continue à creuser", dénonce Jean-Louis Peyren.
Marina Fabre Soundron
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