Publié le 21 avril 2017

PRÉSIDENTIELLE

Présidentielle 2017 : quelle vision du travail ?

Flexibilité d’un côté, protection des travailleurs de l’autre. Deux visions s’opposant apparemment dans cette élection présidentielle mais qui comportent des nuances et des désaccords nombreux. Entre François Fillon et Emmanuel Macron, porte-drapeaux libéraux, mais aussi entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, défenseurs d’un encadrement du marché du travail. Marine Le Pen, elle, reste sur sa ligne de préférence nationale. 

François Fillon, Benoit Hamon, Marine Le Pen,Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon
Joel Saget / AFP

Dernière ligne droite. À deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, les candidats multiplient les meetings et apparitions sur les plateaux TV. Dans leurs discours, la question du travail, montée progressivement au cours de la campagne, est devenue centrale. Et clivante.

Les cinq principaux candidats portent en effet des visions très différentes du travail. De prime abord, deux grands groupes se dessinent. Le camp des libéraux et celui des régulateurs. De près, les désaccords sont plus profonds.

 

Les libéraux : François Fillon et Emmanuel Macron

 

Le candidat Les Républicains et le représentant d’En Marche, misent sur la flexibilité pour "libérer le marché du travail". Tous deux considèrent le travail comme la seule source de création de richesse. "Le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler", répondait Emmanuel Macron à un gréviste en mai dernier. François Fillon appelle lui à "desserrer l’étau bureaucratique" pour permettre aux entrepreneurs "d’innover".

Sur le "droit du travail, l’approche est quasi identique chez François Fillon et Emmanuel Macron", estime l’ancienne présidente du Medef Laurence Parisot.

Les deux candidats veulent ainsi simplifier le code du travail, introduire un barème obligatoire des indemnisations prud’homales en cas de licenciement abusif et prévoient tous deux une baisse des charges, mais pas de la même ampleur.

L’ancien ministre de l’Économie, alors encore au gouvernement, disait vouloir "aller plus loin" dans la loi Travail, dite Loi El Khomri, alors très décriée. Emmanuel Macron désire ainsi assouplir les 35h en ne modifiant pas la durée légale du travail mais en donnant la possibilité de les renégocier dans le cadre d’accords de branche ou d’entreprise. François Fillon veut, lui, les supprimer. Et rallonger la durée légale du temps de travail : 39h pour la fonction publique et jusqu’à 48h pour le privé, la limite légale fixée par l’Union européenne. Les deux candidats veulent ainsi décentraliser le dialogue social au niveau des entreprises. 

Mais quelques points s’avèrent plus clivants. François Fillon propose une "rupture" assumée avec le modèle actuel. Ultra-libéral, il souhaite "avoir des contrats de travail plus souples" condition à une "vraie flexibilité". Au contraire, Emmanuel Macron, qui veut "prendre le meilleur de la droite comme de la gauche" prône une "flexi-sécurité". Il veut mettre en place un malus pour les entreprises ayant recours "excessivement aux contrats" et un bonus pour les emplois durables.  L’ancien banquier d’affaires souhaite aussi que les indépendants et démissionnaires bénéficient du chômage.  

 

Les régulateurs : Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon

 

Chez Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, une volonté commune prédomine : celle d’encadrer le marché du travail pour assurer une meilleure protection des travailleurs. Tous deux préconisent soit de maintenir les 35h, soit de réduire le nombre d’heures de travail pour passer à une semaine de quatre jours (32h), suivant ainsi le slogan "travailler moins pour travailler tous".

Mais si l’on va au-delà, de fortes oppositions apparaissent sur la notion même de travail. Benoît Hamon se place comme le candidat du "travail de demain" et propose de nouveaux droits et un nouveau rapport au travail auquel le candidat de la France insoumise n’adhère pas.

Ainsi Jean-Luc Mélenchon ne "croit pas que le travail puisse disparaître" quand Benoît Hamon, lui, prévoit une raréfaction du travail à cause notamment de la robotisation. Les deux hommes s’opposent donc sur deux points : le revenu universel, qualifié de "trappe à pauvreté" par Jean-Luc Mélenchon et la taxe sur les robots, qui doit mettre à contribution les entreprises ayant recours à l’automatisation et à l’intelligence artificielle.

" J’entends qu’on peut vivre autrement qu’en travaillant", explique Jean-Luc Mélenchon "mais c’est se résigner et c’est dire qu’on va au travail pour souffrir". Le candidat insoumis voit le droit au travail comme un droit humain, il préconise un "mode de responsabilité sociale qui part de l’être humain(…) et du fait qu’on le paie correctement, on le traite correctement, on le soigne correctement".   

 

La préférence nationale : Marine Le Pen

 

Enfin Marine Le Pen fait cavalier seul. Certes, elle aussi veut réguler le marché du travail mais mise essentiellement sur le "patriotisme économique". Sa mesure phare : l’instauration de la préférence nationale dans le code du travail via une taxe sur les contrats d’employés étrangers et la suppression de la directive européenne sur les travailleurs détachés (également souhaitée par Jean-Luc Mélenchon). Elle compte également maintenir les 35h mais prévoit des dérogations de 37h ou 39h négociées au niveau "des branches professionnelles".

Sur ces points, elle a longtemps navigué entre deux eaux, ne voulant pas effrayer son électorat patronal dont les revendications sont contraires à son électorat ouvrier. Ainsi, elle brandit plus souvent le drapeau noir de la courbe du chômage qu’elle n’évoque sa vision du travail. Lorsque son père, Jean-Marie Le Pen, était à la tête du Front National, elle militait pour une dérégulation du marché du travail et pour la retraite à 65 ans avant d’effectuer un virage protectionniste à sa prise de fonction.  

Marina Fabre
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