Le poids économique du secteur agroalimentaire

Responsabilité sociale des entreprises_Enjeux sectoriels_Agroalimentaire

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En France, l'agroalimentaire est le premier secteur industriel et le troisième secteur en tant qu'employeur.Ce secteur est constitué de 11 000 entreprises et assure 70% des débouchés de l'agriculture.

Premier secteur industriel

L'industrie agroalimentaire regroupe de très nombreuses entreprises, de tailles diverses et aux activités variées. Il s’agit de la première industrie européenne, représentant 13,6% du PNB en 2005, soit 836 Md€ de chiffre d'affaire. Ce secteur représente 3,8 millions d’emplois dont 60% dans des petites et moyennes entreprises et les exportations européennes s'élèvent à 48 Md€, pour 43 Md€ d'importations, toujours en 2005.

Au niveau français, l'agroalimentaire est le premier secteur industriel et le troisième secteur en tant qu’employeur. L’industrie agroalimentaire est également le premier exportateur. Ce secteur est constitué de 11 000 entreprises et assure 70% des débouchés de l'agriculture. Dans la vie quotidienne des Européens, le budget des ménages consacrés à des produits issus de l'industrie agroalimentaire représente 12,4% de leurs revenus, avec de fortes disparités (de 8% à 27% selon les pays de l'UE).

Un poids déterminant

Le poids économique du secteur lui procure une dimension très structurante sur les activités agricoles. L’intensité de la production et les niveaux de revenus des agriculteurs dépendent pour une part importante des exigences et des besoins des industries agroalimentaires, qui souhaitent disposer de matières premières à bas prix, produites en masse. L’organisation de l’industrie de transformation alimentaire et ses choix économiques, sociaux et environnementaux possède donc une influence très forte sur les exploitations agricoles en amont, soumises à des objectifs de prix très contraignants pour assurer les marges des industries agroalimentaires. Les exigences de prix et de volumes ont également tendance à exclure les petites exploitations, favorisant le développement d’une agriculture très intensive, très dépendante sur le plan technologique des fournisseurs d’intrants agricoles.

Les distributeurs imposent leurs conditions

L’industrie agroalimentaire, si elle influence de manière très importante la production agricole par son pouvoir économique, est cependant elle-même tributaire d’un autre acteur de plus en plus puissant. Les distributeurs, et notamment les enseignes de supermarché, ont des demandes de plus en plus forte en direction de l’industrie agroalimentaire. L’essor des marques de distributeurs (MDD) redéfini la répartition du pouvoir entre ces deux acteurs industriels. Alors que les grandes industries agroalimentaires disposaient des capacités d’innovations et parvenaient à imposer leurs produits et leurs marques dans les rayons, le pouvoir a tendance à s’équilibrer et les distributeurs ont des exigences de plus en plus pointues sur le type de produits et leur prix dans les rayonnages. Ainsi, les responsabilités de la pression économique sur l’agriculture se partagent aujourd’hui entre l’industrie agroalimentaire et la grande distribution, chacun au service de la schizophrénie du consommateur.

L'industrie agroalimentaire et les pays émergents

Cette responsabilité peut prendre des dimensions encore plus significatives dans les pays en développement. L’influence de la grande industrie agroalimentaire des pays développés, qui pénètre de plus en plus les marchés des pays émergents, a des conséquences économiques et sociales préoccupantes. L’installation des grands groupes agroalimentaires et des grands distributeurs s’accompagne en général d’exigences qualité sur les produits et les conditions de fabrication qui ont tendance à exclure les petits producteurs et à favoriser le regroupement et l’intensification des techniques agricoles. Les modifications induites peuvent avoir des conséquences économiques très douloureuses pour de nombreux producteurs qui voient leurs débouchés habituels disparaître et leurs circuits de distribution traditionnels mis en danger. Cette évolution vers un plus grand contrôle qualité est certes souhaitable, mais la transition qui s’est faite de manière très progressive dans nos économies, est abordée ici de manière plus brutale, par une industrie qui souhaite dupliquer ses référentiels et son fonctionnement habituel dans une économie qui n’y est pas préparée.

Le prix réel des produits

Une des conséquences de cette pression est l’écart grandissant entre le prix des matières premières pour les industries de transformation, et leur coût réel pour la société dans son ensemble.

En effet, afin de parvenir à une réduction du prix, qui permet de proposer des produits peu onéreux aux consommateurs finaux, de plus en plus de coûts sont externalisés. Cette externalisation conduit à reporter les coûts sur la société sous plusieurs formes, allant des subventions à l’agriculture à la dégradation de l’environnement.

Si on intégrait dans les prix les différents coûts qui sont aujourd’hui externalisés dans les exploitations agricoles intensives (subvention des agriculteurs pour contrer les manques de revenus, coût de la dépollution des eaux, coût des conséquences du changement climatique, coût des conséquences sanitaires liés aux substances chimiques comprises dans les fertilisants et les pesticides etc.), le prix de vente des produits « classiques » pourraient s’avérer supérieurs au prix des produits issus de l’agriculture biologique.

La problématique du transport

La responsabilité de cet état de fait est partagée entre les consommateurs, l’Etat, les distributeurs et l’industrie agroalimentaire. La notion de coût global manque cruellement à cette filière, et il est bien difficile à évaluer, comme dans beaucoup d’autres secteurs d’activités.

La rupture du lien territorial est un autre élément tout à fait sensible. L’organisation actuelle de l’industrie agroalimentaire tend à atténuer, voire supprimer, le lien entre le consommateur final et le territoire de production des produits alimentaires. L’industrie agroalimentaire a pu s’affranchir de nombreuses contraintes territoriales notamment grâce à la faiblesse des coûts du transport des marchandises. Ces coûts très faibles permettent de créer de grandes usines, s’approvisionnant sur un territoire très vaste. Les emplois de l’industrie agroalimentaire ne sont donc plus liés au territoire d’origine des produits et à la structure agricole d’un pays.

Il existe aujourd’hui des situations absurdes comme la production, en Pologne, de yaourts destinés au marché français avec du lait venant de Normandie. L’emploi est ainsi rationnalisé grâce à de plus grandes unités de production, et les coûts industriels très fortement réduits, mais au dépend d’une hausse des émissions de CO2 liées aux transports et d’une fragilisation accrue de l’équilibre entre zones rurales et urbaines, ces dernières connaissant une croissance importante tandis que les premières se vident.

De nouvelles relations commerciales

Dans ce contexte général, l’émergence de nouvelles formes de relations commerciales entre les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et les clients n’est pas surprenante. L’essor récent du commerce équitable, spécifique aux produits en provenance des pays en développement, le développement des associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP) ou encore le développement de l’agriculture biologique ont pour dénominateur commun de chercher à réduire certaines externalités négatives aussi bien sociales qu’environnementales, liés à la structure des industries agroalimentaires classiques.

Vers une offre plus durable

Cantonnés à des marchés en forte croissance mais qui n’en sont pas moins des marchés de niche pour le moment, ces nouveaux acteurs de l’industrie agroalimentaire tentent de proposer des modèles économiques intégrant les coûts sociaux et environnementaux dans le prix de vente des produits tout en cherchant à rester aussi compétitifs que possible face aux acteurs classiques. Ainsi la marque Les 2 Vaches, qui appartient au groupe Stonyfield, filiale de Danone, a-t-elle accompagné les producteurs laitiers normands dans leur conversion à l'agriculture biologique, et s'est s'associée ensuite avec les acteurs agricoles locaux pour structurer une filière laitière bio. En partenariat avec l'Institut de l'élevage, la Chambre d'agriculture de Normandie et le Groupement de recherche en agriculture biologique, elle développe un projet baptisé « Reine Mathilde » et financé par le Fonds Danone pour l'Ecosystème, crée en 2009 et doté de 100 millions d'euros.


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