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L’Europe doit atteindre un triple objectif pour 2020 : réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990, porter la part des énergies renouvelables à 20% de la consommation et réaliser 20% d'économies d'énergie. Mais depuis l’annonce de ces objectifs, les négociations entre les Etats membres n’ont cessé d’être houleuses, et la présidence française a finalement accepté les demandes de dérogations émanant de l'Italie, de l'Allemagne, et de la Hongrie, essentiellement « pour raisons économiques ». L'Allemagne a ainsi obtenu d'allouer gratuitement la totalité des quotas de CO2 pour les industries les plus énergivores, comme les fabricants de ciment et de chaux. La liste des secteurs concernés sera établie ultérieurement par la commission européenne, mais d’ores et déjà, les producteurs d’aluminium, d’acier, de fer et de ciment devraient profiter de ces exemptions, au motif que leurs secteurs sont menacés par les pays concurrents, qui eux, n’ont pas mis en place de marché carbone. L’argument dit de « la fuite de carbone » (délocalisation des secteurs les plus exposés à la concurrence) a été cependant remis en cause par les écologistes et des eurodéputés verts. Parmi eux, Claude Turmes a déclaré que l’exposition de l’industrie lourde à la concurrence non européenne n’atteignait même pas 2% pour les secteurs de la chaux et du ciment, et environ 5% pour les raffineries…. La Pologne et les pays d'Europe centrale devraient, quant à eux, bénéficier d'exemption pour leur secteur électrique. La Pologne, dont la production d'électricité dépend à 90% de l'exploitation du charbon, a en effet jugé ce plan « trop coûteux pour son économie » et a réclamé des « aménagements », comme d’autres Etats membres de l'Est, dans une même situation de dépendance énergétique aux énergies fossiles. Enfin, la Hongrie s’est vivement opposée au texte européen, négociant jusqu’à la dernière minute des assouplissements. Le pays considère en effet que le mécanisme de solidarité créé pour aider les nouveaux pays membres à réduire leurs émissions de CO2 ne prend pas assez en compte les efforts réalisés depuis 1990. Pourtant, le texte accorde déjà au secteur électrique des nouveaux pays membres, 70% d'allocations gratuites en 2013. Une dérogation appelée à disparaître progressivement d'ici à 2020. Ces compromis, s’ils déçoivent les ONG, ne constituent pas pour autant les seuls motifs d’indignation.« Si le Paquet Energie-Climat venait à rester dans l’état actuel, cela signifierait que l’Europe n’atteint même pas son objectif (déjà minimal) de 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport à 1990 "analyse le WWF. "L’Union européenne ayant déjà réduit ses émissions de 9 % par rapport à 1990, l’objectif retenu pour 2020 consisterait donc à n’abaisser les émissions totales de l’UE que de 11 % à compter d’aujourd’hui ». Autre mesure contestée : l'accord prévoit que plus de deux tiers des réductions pourront se faire hors du territoire européen, par de la compensation carbone. Le WWF dénonce une « Europe de la compensation » permettant aux Etats de réaliser leurs objectifs de réduction en dehors des frontières, sans s’atteler à la réduction, à la source, des émissions de gaz à effet de serre. Cette « flexibilité » est jugée « d’autant plus choquante qu’elle ne s’accompagne d’aucun mécanisme de sanction crédible pour les Etats membres qui ne respecteraient pas leurs engagements ». « L’Union Européenne, qui menait la lutte contre le changement climatique, est sur le point de s’asseoir sur ses engagements, » affirme Stephen Singer, en charge du Programme Energie et Climat au WWF. « Tel qu’il nous apparaît aujourd’hui, le Paquet Energie-Climat est complètement défiguré par rapport à ce que nous attendions. Les efforts de l’UE pour agir contre le réchauffement risquent donc forts d’être réduits au minimum ». Au moment où s’achève le sommet international de Pozan sur le climat, elles dénoncent le fait que « s’agissant du marché des permis de polluer, l'immense majorité des industriels européens ne se verront pas appliquer le principe du pollueur-payeur. Ils continueront à recevoir gratuitement des droits à polluer », alors que « la mise aux enchères doit devenir la norme pour l’ensemble des industriels couverts » par le marché carbone.
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