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Label « Soja responsable » : à peine créé, déjà contesté

Planète \Environnement \Agriculture

Publié le 04-06-2009

Culture du soja en argentine
Culture du soja en argentine

Alors que la culture intensive du soja est fortement contestée en raison de son impact sur l'environnement et les communautés locales, une table ronde réunissant producteurs, traders, industriels et quelques ONG vient d'établir certains critères pour certifier un « soja responsable ». Mais ce label est d'ores et déjà très contesté, notamment sur la question des OGM.

Avec près de 240 millions de tonnes produites dans le monde pour l’année 2008/2009*, principalement en Amérique latine (Argentine et Brésil), Chine et Etats-Unis, la culture du soja fait aujourd’hui figure de symbole d’une agriculture intensive et mondialisée. Une (mono)culture très rentable mais régulièrement pointée du doigt pour ses effets dévastateurs sur l’environnement et les communautés locales : accélération de la déforestation, fortes émissions de gaz à effets de serre, conflits sociaux et fonciers avec les petits agriculteurs, maladies causées par l’utilisation massive de pesticides, etc (voir articles liés). Pour encadrer cette production, une « Table ronde sur le soja responsable » (RTRS) a donc été mise en place en 2006 avec les producteurs, les représentants de l'industrie, des finances et du commerce, les organisations gouvernementales et les organismes de représentation de la société civile du monde entier. Le 28 mai, son assemblée générale a voté à l’unanimité une liste de « principes et critères pour un soja responsable » applicables « sur la base du volontariat, dans toutes les zones géographiques, pour tous types et toutes tailles d'exploitations de production de soja ». Un programme pilote va donc être mis en place dans les pays producteurs pendant un an, pour permettre une validation de ces critères et les amender avant leur adoption définitive l’an prochain. 
Pourtant, à peine créée, cette « certification » fait déjà l’objet d’une vive contestation de la part de certaines ONG. En avril dernier, près de 80 associations à travers le monde se sont regroupées contre la RTRS. Selon elles, la Table ronde « encourage l’expansion de la monoculture de soja, fait la promotion du soja génétiquement modifié comme « responsable » et définit des critères insuffisants pour protéger la biodiversité de certaines régions ». Pour les Amis de la terre, signataires de cette pétition, il s’agit surtout d’une « tentative de greenwashing » destinée, d’une part à contenter les industriels – Cargill et ADM qui sont de gros négociants de soja, ou encore Monsanto, Syngenta, Shell et Unilever - et, d’autre part, à rassurer les consommateurs et Etats européens, qui importent massivement le soja pour nourrir le bétail, produire de la viande et des agro carburants.

Un premier pas

A première vue, les « principes et critères » retenus semblent effectivement flous et basés sur le plus petit dénominateur commun. Cinq principes fondamentaux ont été retenus : « conformité aux dispositions légales et des pratiques commerciales appropriées, conditions de travail responsables, relation avec les responsables des communautés locales, responsabilité environnementales et bonnes pratiques agricoles ». Les mesures prises incluent également l’interdiction de convertir des zones à haute valeur de conservation comme les forêts ou les savanes, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’élimination de l’utilisation des pesticides les plus dangereux. Mais les critères plus précis ne sont « pas encore disponibles », selon la RTRS.  

Le round up sur la sellette

Après le biochimiste français Gilles-Eric Séralini, une étude argentine démontre les effets nocifs du soja génétiquement modifié sur la santé. En cause : le glyphosate, un pesticide qui constitue le principal actif du désherbant Roundup, produit par Monsanto, et qui a la particularité de tuer toutes les plantes sauf le soja transgénique. Selon les chercheurs du Conseil national de recherches scientifiques et techniques de la faculté de médecine de Buenos Aires, l’emploi de ce pesticide, même à des doses très inférieures à celles utilisées dans les fumigations, provoqueraient des troubles intestinaux et cardiaques ainsi que des malformations et des altérations neuronales. La culture de soja RR (Roundup ready), que l’Argentine avait autorisé sans étude préalable, couvre aujourd’hui 17 millions d’hectares soit 50% de la surface cultivée du pays et 99% de la culture de soja. 


Le WWF, membre fondateur de la Table ronde, s'est immédiatement félicité de l’adoption de ces critères. Un soutien que déplorent plusieurs ONG, qui lui reprochent d’entériner la culture du soja génétiquement modifié comme mode de production responsable (voir encadré). « Il s’agit d’un premier pas pour aller dans le sens d’un soja plus respectueux de l’environnement car la situation est aujourd’hui dramatique, répond Boris Patentreger, chargé de la campagne conversion forestière du WWF France. L’important était donc de réunir le plus de monde possible autour de la table pour faire rapidement bouger les choses. » Si l’ONG rappelle qu’elle est globalement contre les OGM, la culture du soja transgénique fait exception, selon elle, car « il s’agit déjà d’une réalité ». Aujourd’hui, près de 70 % de la production mondiale de soja est, de fait, génétiquement modifiée. Pour distinguer la production non OGM, l’association - sous l’influence de ses bureaux européens et notamment français - va donc défendre la création, en parallèle, d’un label « soja responsable non génétiquement modifié ».

Une certification insuffisante

Mais au-delà de la question des OGM, c’est la philosophie même de la Table ronde qui est critiquable pour les associations, car celle-ci est ouvertement « orientée marché ». Si les cultures doivent respecter l’environnement, elles n’en doivent pas moins être « développées pour répondre à une demande globale grandissante » (celle-ci devrait être multipliée par 2 d’ici 2050 selon le WWF), précise la RTRS. Or, pour Christian Berdot, coordinateur OGM/agro carburants des Amis de la Terre « le soja responsable passe obligatoirement par une réduction de la production. » Une vision partagée par le WWF France qui a publié en janvier dernier un rapport proposant des alternatives concrètes à l’importation hexagonale de soja. La France est en effet la première consommatrice européenne de la pousse avec 4,5 millions de tonnes importées chaque année.
Plusieurs questions restent donc en suspens. Il est par exemple difficile de savoir aujourd’hui quelle proportion du soja pourrait être concernée par ce label même si le WWF espère à terme y compter 30 à 40 % de la production. Reste également à savoir comment l’application de ces critères sera contrôlée et par quels moyens financiers. 

* estimation USDA/département américain de l’agriculture

Béatrice Héraud
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