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La question des marées vertes prend une tournure de plus en plus dramatique. Lundi 7 septembre, le procureur de la République de Saint Brieuc a finalement décidé d’ouvrir une enquête préliminaire concernant la mort d’un chauffeur de camion chargé de ramasser les algues en décomposition. Cette enquête confiée à la gendarmerie a pour but d’ « apaiser les inquiétudes de la population », a indiqué le procureur Gérard Zaug à l’AFP. En effet, le décès du chauffeur, le 22 juillet dernier, avait d’abord été attribué à un simple malaise cardiaque. Mais le président du syndicat mixte de traitement des ordures de Lantic et élu PS à la région Bretagne, Thierry Burlot, a fait part de ses doutes sur les causes du décès aux autorités début septembre après avoir entendu, fin août, François Fillon expliquer que les algues vertes étaient hautement toxiques et qu’il fallait protéger les salariés. Or, le salarié qui a eu un malaise moins de 10 minutes après avoir manipulé son troisième caisson d'algues vertes de la journée, ne portait pas de protection particulière. « Les employés ne sont pas suffisamment protégés et certaines aires de stockage des algues sont un peu faites à la sauvage, soutient André Ollivro, responsable de l’association Halte aux marées vertes. Nous avons vent depuis longtemps que des personnes ont de sérieux problèmes, notamment oculaires. Mais jusqu’à présent, ou les gens ne faisaient pas forcément le lien avec les algues ou bien les médecins n’étaient pas suffisamment formés à ces problèmes, très spécifiques. » Depuis des années, des cas de crises d’asthme chez les ostréiculteurs lors des marées vertes, des malaises, ainsi que des décès d’animaux ont bien été rapportés, mais de façon informelle. Aussi, pour Claude Lesné, médecin au CNRS et au département de santé publique de l’université de Rennes 1, il est indispensable d’informer les gens sur les dangers de ces algues. Il entend donc proposer une formation à la population et au corps médical sur les effets des gaz dégagés par ces algues en décomposition et les mesures à prendre en cas d’inhalation. « On voit encore des gens faire du jogging dans les algues et visiblement, toutes les dispositions pour informer et protéger le personnel chargé du ramassage ne sont pas prises», dénonce-t-il. Et de rappeler que l’affichage du danger doit être plus visible sur les plages, avec, par exemple, un système de gradation (drapeau vert, orange ou rouge) en fonction de la quantité d’algues présentes. « Dès qu'une personne a un malaise, elle doit être amenée à l'hôpital et être gardée en observation », prévient-il encore. Dépôt de plaintes Le doute concernant les origines du décès relance donc la polémique sur les mesures à prendre contre les algues vertes qui prolifèrent depuis plus de trente ans sur les côtes bretonnes (voire article lié). Déjà, suite à la multiplication des incidents dont, fin juillet, la mort d’un cheval et l’intoxication de son cavalier qui avaient inhalé des gaz toxiques issus d’algues en décomposition, les associations écologistes avaient mis en cause le laxisme de l’Etat et du préfet des Côtes d’Armor. La semaine dernière, 323 plaintes ont ainsi été adressées à ce dernier auprès du greffe du tribunal de Guingamp. Les plaignants reprochant au préfet de n’avoir pas pris les mesures nécessaires pour mettre un terme à cette pollution, notamment la protection des zones envahies par les algues. Face à ce tollé grandissant, la secrétaire d’Etat chargée de l’écologie, Chantal Jouanno, a annoncé qu’elle était favorable au retrait de l’appel qu’avait interjeté l’Etat à sa condamnation par le tribunal administratif de Rennes en 2007. Déjà à l’époque, celui-ci, saisi par des associations écologistes, avait estimé que l’Etat n’avait pas pris les mesures adéquates pour lutter contre la formation des algues vertes. Par ailleurs, Chantal Jouanno a annoncé l’expérimentation, dès le printemps, des opérations de ramassage en mer. De « bonnes propositions, même si elles sont timides et qu'il faut traiter le problème à la source, selon André Ollivro. En tous cas, elles montrent un changement d’état d’esprit ». Pour autant les associations n’entendent pas baisser la garde, bien au contraire : une manifestation est prévue le 27 septembre sur la plage de Granville, à Hillion.
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