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« Maya, de l’aube au crépuscule » : c’est le titre de l’exposition temporaire qui vient de s’ouvrir au Musée du Quai Branly. Un évènement qui devrait attirer de nombreux visiteurs et dont le collectif Guatemala (1) -soutenu par Amnesty International et le collectif « Une seule planète »- entend bien profiter pour dénoncer les agissements de son principal mécène, l’entreprise franco-britannique Perenco. Car si la compagnie pétrolière explique que depuis son arrivée au Guatemala elle « participe et coopère financièrement aux fouilles menées sur les vestiges mayas du département du Petén », le collectif, lui, estime que Perenco est à l’origine de pollutions et de violations de droits humains qui nuisent aux communautés de la Laguna del Tigre, dans la région où elle opère… Des activités pétrolières dans une des plus importantes zones humides du pays La compagnie qui a repris la concession, datant de 1985, d’une autre entreprise, Basic Resources, était depuis un moment dans le viseur du collectif. Mais à l’annonce de l’exposition, celui-ci a mandaté une mission de plusieurs mois auprès des populations locales pour comprendre les implications des activités de Perenco sur la région. Après des dizaines d’entretiens avec des députés, associations écologistes ou habitants – dont beaucoup ont souhaité rester anonymes par peur des représailles, affirme le collectif- Cynthia Benoist, la responsable de la mission, énumère les menaces qui pèsent sur les communautés locales. « Dans cette zone où il n’y a pas d’eau courante, où les gens n’ont que la lagune pour se laver et faire leur lessive, les cours d’eau sont pollués par les hydrocarbures. L’air est également vicié par l’oxyde de souffre et d’azote…Ce qui a des conséquences sur la santé des populations et des animaux : un biologiste américain a mis en évidence des mutations génétiques sur les poissons (2). Dès 1997, un groupe d’experts de la Ramsar avait d’ailleurs écrit qu’il fallait restreindre les activités pétrolières dans cette zone humide protégée… », rapporte Cynthia Benoist lors de la présentation de son rapport (téléchargeable ci-dessous). En mai 2010, une autre spécialiste, Maria Rivera Gutiérrez, missionnée dans le Petén par la Convention Ramsar confirmera à la presse : « l’activité pétrolière a généré des impacts négatifs dans la région ». Pourtant, alors que le contrat conclu initialement par Basic Resources prenait fin en 2010, celui-ci a été renouvelé et devrait bientôt être complété par 2 nouveaux puits (en plus des 40 existants). Or, si Perenco affirme que « la prolongation du contrat reprend les conditions du précédent et ne déclenche aucune obligation de consultation publique », l’extension du champ aurait, dû, elle, être soumise à consultation, dénonce le collectif Guatemala. Et donner lieu à une étude d’impact environnemental qui n’a pas été publiée, insiste-t-il. Le responsable communication de Perenco, Nicolas de Blanpré rétorque que l’étude existe bien et qu’elle est même complétée par un diagnostic d’impact et un plan de gestion environnemental, mais que « ces documents sont entre les mains du ministère de l’environnement ». Une information démentie le 26 mai dernier par le ministre de l’Environnement, Luis Ferraté (opposé au renouvellement du contrat), qui a déclaré toujours à la presse n’avoir rien reçu de Perenco concernant le forage des nouveaux puits…
Le Guatemala et le pétrole
Si en 1945 la constitution de Guatemala demandait à ce que l’exploitation du pétrole soit réalisée soit par le gouvernement, soit par des entreprises du pays, la réalité est tout autre aujourd’hui. En 1955 en effet, un an après le coup d’Etat qui provoqua toute une vague de guérillas, « une loi sur le pétrole est rédigée-en anglais !- à la faveur exclusive des pétroliers étrangers. Depuis lors toutes les lois ont été faites pour eux », déplore Anibal Garcia. Elles bénéficient ainsi de nombreux privilèges fiscaux et leurs contributions ne sont pas vérifiées par l’administration fiscale mais par le ministère de l’énergie, dénonce-t-il. En 2010, le pays produisait 13 530 barils par jour, dont 11 000 par Perenco. Aucune compagnie nationale n’existe au Guatemala.
Une loi taillée pour les pétroliers ? Pour le député du Mouvimiento nueva Republica, Anibal Garcia, les choses sont claires : si Perenco peut poursuivre ses activités sans être inquiété, c’est qu’une loi votée en 2008, la loi FONPETROL – censée mieux réguler l’exploitation pétrolière- , fait primer l’impact économique des opérations sur les préoccupations environnementales, en autorisant les prolongations de contrat sur 15 ans dans le cas où « les termes économiques sont favorables à l’Etat ». « Si les députés n’avaient pas voté pour cette loi, le renouvellement du contrat de Perenco aurait été impossible car nous avons des lois environnementales qui l’auraient interdit. Nous avons donc de fort soupçons de corruption et de trafic d’influence de la part de Perenco », assure Anibal Garcia. Comme le rappelle l’entreprise elle-même, Perenco est en effet « le premier contribuable du Guatemala ». En 2010, sa contribution s’élèverait ainsi à près de 110 millions de dollars, soit 3 % du budget de l’Etat…En théorie ! Dans les faits, après avoir épluché les termes du contrat entre Perenco et l’Etat, le député s’est aperçu que les bénéfices étaient bien moindres que prévu, et même « totalement défavorables » au pays si l’on prend en compte le système des « coûts récupérables », soit des investissements de l’entreprise remboursés ensuite par l’Etat. Un système particulièrement étendu au Guatemala puisqu’il prend également en compte les salaires versés par la compagnie. « De cette façon, entre 1995 et 2009, Perenco a payé un peu plus d’1 milliard de quetzales (89 millions €) de royalties, il en a récupéré près de 4 milliards ! (357 millions €) », soutient Anibal Garcia. Suite à la signature du renouvellement du contrat en revanche, l’Etat du Guatemala a accepté deux donations de la part de la société, l’une de 13 millions de $ pour aider à la reconstruction suite à l’éruption du volcan Pacaya et de la tempête Agatha, et l’autre de 3 millions de $ pour financer 6 nouvelles casernes dans le parc national de la Laguna del Tigre, dont le but officiel est de lutter contre les trafics, notamment de drogue, et de préserver le parc. Une protection militaire contestée Cette aide à ce « bataillon vert » de 250 soldats, complétée par une subvention de 0,30$ par baril (Perenco en produit 11 000 par jour), les habitants s’en seraient bien passé, affirme le collectif Guatemala. « Il amène la peur dans ce pays qui a connu 36 ans de guerre civile et où l’armée a commis de nombreux massacres, rappelle Cynthia Benoist. Ce bataillon contrôle aussi les allées et venues des personnes qui doivent emprunter un unique passage pour traverser la rivière qui les conduit au travail ou à l’hôpital. Les matériaux et outils des travailleurs sont régulièrement confisqués au motif qu’il s’agit d’une aire protégée. Comme ce passage n’est ouvert que de 8 à 17h, en cas d’urgence, les conséquences peuvent être dramatiques. On nous a raconté qu’une femme était morte en couche par faute de n’avoir pu rallier l’hôpital à temps. » Toutes ces accusations, Perenco -qui se présente comme « une entreprise internationale responsable »-, les réfute dans un communiqué du 17 juin. Elle en veut notamment pour preuve le rejet de 6 actions menées en justice par différentes instances (par le centre d’action légale environnementale et sociale, le député Anibal Garcia, l’Université San Carlos, le CONAP, le Comité central de la région de la Laguna del Tigre, Monseigneur Rodolfo Quezada) pour contester la légalité de son contrat avec l’Etat devant la Cour constitutionnelle. Sur le plan environnemental, « il convient aussi de rappeler que le champ de Xan, aujourd’hui en production dans le Parc National de la Laguna del Tigre, ne représente que 0,02% de la surface du parc. Et nous n’utilisons ni l’eau des lagunes, ni celle de la nappe phréatique », précise Perenco. Et l’entreprise d’insister sur le fait qu’elle finance volontairement la reforestation de la zone (par le biais d’un reversement légal de 3% de ses recettes pétrolière à la CONAP, auquel s’ajoute une donation volontaire de 0,10$ par baril à ce même conseil et un programme de reboisement de 250 000 arbres sur une surface de 450 hectares), endommagée « principalement par l’agriculture sur brûlis ». Quant aux communautés, l’entreprise affirme travailler activement à leur « développement » en finançant de « nombreux programmes d’aide dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures », à hauteur d’1,5 million de dollars par an. Les communautés d’ailleurs « ont manifesté à de nombreuses reprises leur soutien à Perenco et ses activités sociales », assure l’entreprise. Plusieurs maires de la région du Petén ont en effet diffusé dans la presse des encarts pour promouvoir la reconduction du contrat. Et « seuls 4 ou 5 députés s’y sont opposés », déplore Anibal Garcia. Mais en septembre 2010 « plus d’une centaine de représentants des 138 communautés du Petén se sont rendues à Guatemala ciudad devant le Congrès de la République pour interpeller les ministères sur leur opposition à la reconduction du contrat avec Perenco. Ce n’est pas rien pour ces populations, souligne Cynthia Benoist. Quelque temps plus tard, 2 prêtres leaders de la rébellion ont été mutés… » (1) Le collectif Guatemala est une association créée en 1979 par des réfugiés guatémaltèques et des militants français. Elle a pour but de sensibiliser les Français à la situation politique et sociale du Guatemala en relayant notamment les actions populaires, indiennes ou paysannes. (2) Theodorakis, C. W. y Bickham, J. W. 1997. Contaminación de hidrocarbono y daño al ADN en los peces del Parque Nacional de la Laguna del Tigre, Petén, Guatemala. En Bestelmeyer, B. Y L. Alonso (eds) 2000. Evaluación Biológica de los sistemas acuáticos del Parque Nacional Laguna del Tigre, Petén, Guatemala. Boletín RAP de Evaluación Biológica 16. Conservation International. Washington, DC.
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