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L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’autoroute de Khimki, la cité des casinos Euro Vegas, la ligne de TGV Lyon-Turin, etc. Tous ces projets ont en commun d’être « pharaoniques », « coûteux », « gaspilleurs de ressources naturelles et de fonds publics », « imposés aux populations », « néfastes à l’environnement, à la société et à l’intérêt général »… en un mot « inutiles », selon leurs opposants. Ceux-ci ont d’ailleurs décidé d’unir leurs forces dans le cadre d’un « forum des grands projets inutiles » dont la deuxième édition se tiendra ce week-end, les 7 et 8 juillet à Notre Dame des Landes à l’initiative de l’Acipa (opposants à NDL) et avec le soutien d’autres associations comme Attac, Les Amis de la Terre, Agir pour l’environnement ou Relocalisons. La première avait eu lieu en Italie l’an dernier, à l’initiative du collectif No TAV -extrêmement actif- et se concentrait essentiellement sur les nouvelles infrastructures de transport. La nouvelle version doit être élargie à des projets de centres commerciaux, de loisirs, de production d’énergie nucléaire ou fossiles, etc. Déjà en 2010, plusieurs collectifs avaient signé la charte d’Hendaye contre « les grands projets coûteux, ruineux et destructeurs ». Au-delà des dénonciations des projets et de l’échange entre collectifs, le forum se veut également porteur de solutions alternatives concrètes, d’un autre modèle de développement et d’une réflexion plus globale sur la transition écologique et sociale, insistent les associations. Le forum est aussi l’occasion d’interpeller le gouvernement sur sa stratégie. « Nous demandons au gouvernement de Jean-Marc Ayrault de prendre ses responsabilités sur ces grands projets dans une période de coupes budgétaires drastiques », précise Aurélie Trouvé, la co-présidente d’Attac. « Il n’y a aucune cohérence à annoncer la tenue d’une conférence environnementale alors que l’on envoie les forces publiques empêcher les manifestations d’opposants à ces projets », dénonce de son côté Stephen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement. Voici quelques cas d’école : Khimki : une autoroute menace la forêt moscovite Le projet, sur la table depuis 2004, suscite très vive opposition en Russie. Porté depuis le début par Vladimir Poutine, il doit détruire une grande partie de la forêt de Khimki située près de Moscou pour laisser place à une autoroute reliant la capitale à Saint-Pétersbourg. C’est la multinationale française Vinci qui doit réaliser les travaux, grâce à un partenariat public-privé avec l’Etat. Depuis le début du projet, de nombreux groupes d’activistes tentent de le stopper en occupant la forêt. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs été emprisonnés. Cependant, malgré des manifestations réunissant quelques milliers de personnes en 2010 –fortement réprimées- les travaux ont débuté en 2011 avant d’être arrêtés quelques mois. Ils ont repris depuis juin. Une coalition de plusieurs associations s’est formée pour lutter contre le projet « For the Forest in the Moscow Region ». Et au début de l’année, le Nobel de l’écologie, le Goldman Prize, a été attribué à l’ingénieure Evgenia Chirikova pour sa lutte contre le projet. Avec Greenpeace, celle-ci a réalisé une étude d’impact et suggéré 11 itinéraires alternatifs, plus écologiques et moins chers, qui n’ont pas été pris en compte. Le 26 juin dernier, les opposants ont également été reçus par les parlementaires européens. Evgenia Chirikova y a exposé les principaux griefs contre Vinci : la suspicion de corruption par la délégation du tracé de l’autoroute à des sous-traitants russes non qualifiés mais proches du pouvoir, la demande d’une compensation de 5,5 milliards de roubles dans le cas où le tracé serait modifié et sa responsabilité dans l’arrestation injustifiée des activistes et la violence employée à leur égard… Corinne Lepage a annoncé son intention de mener campagne pour exclure Vinci du Global compact tandis que Michèle Rivasi a suggéré la création d’une alliance de parlementaires, politiques français et ONG destinée à stopper le projet. Par ailleurs les opposants à Khimski ont noué des liens avec ceux qui luttent contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, dont les travaux sont assurés par la même entreprise. Lyon-Turin, Stuttgart 21 et HS2 et autres LGV françaises : des lignes à grandes vitesses surdimensionnées Au niveau européen, trois grands projets ferroviaires déchaînent les passions. Le Lyon-Turin est le plus emblématique. Ce projet mixe le fret et le trafic de voyageurs et doit notamment permettre de réduire fortement le temps de trajet sur les liaisons Paris-Milan et Lyon Turin. Il a été évoqué pour la première fois en 1991 et validé en 2001 par la France et l’Italie tandis que l’UE en a fait un « projet prioritaire ». Côté italien, la mobilisation populaire – à travers le collectif NO TAV qui dénonce les impacts environnementaux et sanitaires (roches amiantifères et uranifères) - s’est considérablement durcie ces dernières années. En février 2012, des manifestations ont réuni jusqu’à 75 000 personnes (10 000 selon la police) et ont dégénéré en violentes confrontations entre manifestants et forces de l’ordre. Un opposant a été plongé dans le coma. En France, la contestation est beaucoup moins importante et le projet divise par exemple les Verts, qui étaient traditionnellement favorables au développement du fret. Mais un collectif NO TAV Savoie essaie régulièrement de mobiliser la population locale en avançant le coût du projet, son surdimensionnement par rapport au développement du trafic et son impact environnemental. D’autres projets de lignes à grande vitesse suscitent le débat en Angleterre et en Allemagne. Ainsi la LGV qui doit relier, dans un premier temps, Londres à Birmingham en 45 minutes (en 2026) avant de rallier Manchester et Leeds, est critiquée par le collectif Stop HS2 qui dénonce une sous-évaluation du coût du projet (47 milliards de livres contre 33 officiellement) et de son impact écologique, ainsi qu’une surévaluation des bénéfices apportés aux régions traversées. Les opposants ont prévu une journée d’action le 16 juillet et envisagent une action judiciaire. Quant au projet Stuttgart21, qui vise à réaménager le nœud ferroviaire de la ville et l’intégrer au projet de « magistrale européenne », il est critiqué pour son manque de rentabilité et de prise en compte des impacts environnementaux. Les travaux de démolition ont commencé en 2010. Mais de grosses manifestations, réprimées par les forces de police, ont fini par conduire à une procédure d’arbitrage entre défenseurs et opposants au projet. Si le projet a été approuvé par près de 59% des votants au référendum organisé sur le sujet en novembre 2011, l’opposition reste toujours mobilisée. « En France, tous les projets –ou presque- du schéma national des infrastructures qui augmentent, rappelons-le, le linéaire autoroutier de 10% (950 km), sont dénoncés par les riverains » constate Stephen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement. On pense à la LGV Paris-Normandie, Clermont-Lyon, Tours-Bordeaux, Le Mans-Rennes, LGV du Pays basque, etc. Notre-Dame-des-Landes : l’emblème français des projets controversés En discussion depuis 30 ans, le projet a été validé par l’Etat mais continue de cristalliser une très forte opposition qui le considère inutile et contraire au Grenelle de l’environnement au vu de son impact écologique et social (forte emprise sur les terres agricoles et en zone humides) et de la sous-utilisation des aéroports existants dans la région. Après de nombreuses manifestations locales et dans la capitale, cinq opposants ont réalisé une grève de la faim de 28 jours en avril dernier. Une action qui leur a fait obtenir un gel des expulsions. « Le projet est toujours en cours mais cela nous permet de gagner au moins deux ans et de le retarder. Or, plus il sera retardé et plus nous aurons de chances qu’il ne soit pas réalisé » estime Geneviève Coiffard-Grosdoy, militante de l’Acipa. Les enquêtes publiques ont aussi été prolongées d’une semaine (jusqu’au 7 août). Mais les manifestations continuent. Un opposant au projet est d'ailleurs mis en examen pour « Violence volontaire envers les forces de l'ordre avec arme, en l'occurence un tracteur et sa remorque », rapporte l'Acipa. « Ce n’est pas le changement à la tête de l’Etat qui va changer quelque chose », souligne ainsi Geneviève Coiffard. De fait Jean-Marc Ayrault, le Premier Ministre et ancien maire de Nantes, est l’un des plus farouches défenseurs du projet. Les projets nucléaires, pommes de discorde En France, la catastrophe de Fukushima a donné un coup de projecteur à l’opposition au nucléaire. Quelques projets suscitent une très forte opposition : le projet d’enfouissement des déchets nucléaires de haute activité de Bure (voir article lié), l’EPR de Flamanville ou le projet de réaction nucléaire à fusion ITER. Nul doute qu’au forum il sera également question du projet de réacteur nucléaire de quatrième génération ASTRID. Fin juin en effet, et à la surprise générale, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et le groupe de BTP Bouygues ont annoncé la signature d'un accord de collaboration pour la conception de ce prototype d'une puissance de 600 mégawatts, destiné à mieux exploiter les combustibles nucléaires. Jusqu’alors à l’état de réflexion, il doit désormais être mis en route en 2020 et être déployé de façon industrielle en 2040 selon les termes de l’accord. Celui-ci a fait bondir Noël Mamère et Pascal Durand, le nouveau patron d’EELV, qui y voient un « accroc » dans l’accord signé entre les Verts et le PS. Celui-ci précisait qu’il n’y aurait aucun nouveau réacteur nucléaire lancé. Gageons qu’une mobilisation citoyenne va également naître sur le sujet. Euro Vegas: un casino dans le désert espagnol (voir article lié)
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