Jeux Olympiques : Rio Tinto « off the podium »?

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Publié le 14-06-2012

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Manifestation du syndicat des Metallos
Manifestation du syndicat des Metallos
Flickr / MetallosAlma

Une campagne internationale a été lancée contre le rôle joué par l'entreprise minière Rio Tinto dans les Jeux Olympiques de Londres. ONG et syndicats demandent que l'entreprise soit éjectée « off the podium ». Malgré ses efforts de communication sur sa responsabilité sociale, le groupe anglais fait l'objet de sévères critiques sur ses impacts sociaux et environnementaux.

Fin mai, plus de 13 000 personnes de différentes nationalités ont adressé une pétition au Comité international olympique (CIO) pour protester contre le rôle joué par Rio Tinto dans les Jeux olympiques et demander que la société soit « éjectée du podium » en raison de son lockout (licenciement) illégal de 780 travailleurs à Alma, au Québec. La campagne, relayée sur le site  www.offthepodium.org , émane du syndicat international LabourStart, qui proteste contre le fait que Rio Tinto soit à la fois sponsor officiel des JO et fournisseur officiel des métaux utilisés dans la production de 4 700 médailles olympiques qui seront remises aux athlètes. Rio Tinto utilise par ailleurs son sponsoring pour communiquer sur « les idéaux des Jeux olympiques » et le « développement durable ». « L'autopromotion éhontée de Rio Tinto dissimule un plan d'activités destructeur, notamment le lockout illégal de 780 travailleurs à sa fonderie d'aluminium d'Alma, au Québec, laquelle est extrêmement rentable », explique  Daniel Roy, directeur québécois du Syndicat des Métallos dans un communiqué. « Les travailleurs ont été mis en lockout parce qu'ils insistent pour que leur région ne perde pas des emplois stables et de qualité. Parce qu'ils osent contester la volonté de Rio Tinto de remplacer, au fil des départs à la retraite, les travailleurs syndiqués par des sous-traitants, payés la moitié du salaire et ne bénéficiant pas d'avantages sociaux », poursuit-il. Le Syndicat des Métallos annonce par ailleurs qu’il continuera à faire pression pour obtenir « un appui mondial à la campagne Hors du podium contre Rio Tinto pendant les semaines précédant les Jeux olympiques de Londres ».

Communication versus impacts sociaux et environnementaux

En France, la CFE-CGC a relayé cette campagne en soulignant le fait que le groupe minier « se présente au public et à la communauté des investisseurs comme une compagnie minière responsable qui s’engage en faveur du développement durable. Son passé nous révèle toutefois une autre face beaucoup moins glorieuse: Rio Tinto a été mis au pilori et a fait l’objet de poursuites judiciaires pour ses activités polluantes, ses violations des droits de l’homme et du travail dans différents pays du monde ». Dans un courrier adressé au CIO, le syndicat rappelle plusieurs événements, dont le « saccage de l’environnement et la pollution sur ses sites miniers dans l’Utah, le Michigan et le Wisconsin ; le mépris des communautés locales et de l’environnement sur des sites miniers en Namibie, au Madagascar et au Cameroun ; les accusations de destruction de l’environnement à grande échelle et de graves violations des droits de l’homme dans la Mine de Grasberg, en Papouasie occidentale, Indonésie ; les lockouts de travailleurs à Boron, en Californie, et à Alma, au Québec, au cours des deux dernières années ».
 
Exclusion des investisseurs

De fait, les efforts de communication du groupe minier sur sa responsabilité sociale n’auront pas permis de masquer les impacts sociaux et environnementaux du groupe, présent dans 40 pays et particulièrement exposé, comme l’ensemble du secteur, à tous les types de risques environnementaux et sociaux possibles. Rio Tinto, coté à la bourse de Londres, fait ainsi partie des entreprises les plus fréquemment exclues par les investisseurs – en dehors du secteur de l’armement- et a été exclu par le fonds du gouvernement norvégien.
Si jusqu’ici, la faible médiatisation des groupes miniers et des industries extractives n’avait pas permis de relayer les nombreuses mises en causes de ces groupes au plan national et international, les Jeux Olympiques sont l‘occasion pour les ONG comme pour les syndicats, de braquer les projecteurs sur les impacts du secteur. Pollution des eaux et des sols, atteintes à la biodiversité, déforestation, captations des richesses et manquements aux droits des populations locales…le secteur minier est plus que d’autres exposés à de nombreux risques, comme l’a souligné une étude Be-linked / Novethic. Certes Rio Tinto peut se prévaloir de plusieurs partenariats avec des ONG de protection de l’environnement (Birdlife par exemple), mais il est également décrié par plusieurs ONG internationales, notamment Friends of the Earth UK, National Wildlife Federation et Oyu Togloi Watch. Entre 1972 et 1989, via sa filiale Bougainville Copper, Rio Tinto a en effet exploité une des plus grandes mines de cuivre à ciel ouvert à Panguna en Papouasie Nouvelle- Guinée. Le comportement du groupe (dégradation massive de l’environnement, discrimination raciale…) a provoqué une rébellion des habitants de l’île et conduit à la fermeture de la mine en 1989.

Class action aux Etats-Unis

D’après plusieurs ONG, relayées par le London Mining Network, l’entreprise aurait joué un rôle important dans la guerre civile qui a suivi, fournissant à la police et à l’armée des hélicoptères de combat, des pilotes, de l’essence et des baraquements pour les soldats, et poussant le gouvernement à la répression. L’objectif aurait été d’obtenir la réouverture de la mine avec le soutien du gouvernement en place. Le groupe est actuellement visé aux États-Unis par une plainte collective (class action) menée par les habitants de Bougainville, qui l’accusent d’avoir participé au conflit ayant fait entre 10 000 et 15 000 morts lors de la guerre civile qui a duré de 1990 à 1997, et d’être indirectement responsable de crimes contre l’humanité. Si Rio Tinto dément ces accusations, l’action judiciaire pourrait lui porter un sérieux préjudice si elle donnait raison aux habitants de Bougainville, soutenus par leur actuel gouvernement. D’autant que le groupe a signé les « Principes volontaires sur la sécurité et les droits humains… ». Ce programme international de certification, lancé en 2003, a rassemblé gouvernements, entreprises diamantifères et organisations de la société civile pour éviter que les pierres précieuses ne financent guerres et guérillas.

La controverse des « land swaps »

Enfin, au plan environnemental, Rio Tinto a mis en place plusieurs partenariats avec des ONG autour de projets de réhabilitation de sites miniers. Il travaille avec les Royal Botanic Gardens sur des techniques spécifiques de réhabilitation et participe à l’«Eden Project», un jardin d’attraction à visée éducative situé dans le sud-ouest de l’Angleterre, dont l’objectif est de promouvoir une utilisation durable des ressources de la planète. Des initiatives qui ne convainquent pas toujours les ONG, car le groupe pratique le « land swaps », qui repose sur le principe de compensation. Le système consiste pour l’entreprise à acheter des parcelles possédant les mêmes qualités en termes de biodiversité que celles qui sont exploitées et à en confier la gestion à une ONG pour compenser la détérioration de la parcelle exploitée par l’entreprise. Bon nombre d’ONG y voient une opportunité pour les entreprises minières de «verdir» leur image sans avoir à réduire leurs impacts directs sur leurs sites d’exploitation.

Véronique Smée
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