AZF : 10 ans après, les victimes n'oublient pas

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Publié le 21-09-2011

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Le 21 septembre 2001, une violente explosion se produisait sur le site AZF de Toulouse entraînant la mort de 31 personnes et en blessant des milliers d'autres. 10 ans après le drame, les blessures restent vives et les associations de victimes attendent toujours que la justice désigne les coupables lors du procès en appel qui s'ouvrira le 3 novembre 2011.

A 10h17, ce 21 septembre, les sirènes retentiront à Toulouse, invitant les habitants à une minute de silence en mémoire de la catastrophe industrielle survenue en 2001 suite à l’explosion de l’usine chimique d’azotes fertilisants AZF. A l’époque, la détonation, dont l’intensité est évaluée à l’équivalent de 20 à 40 t de TNT et d’un séisme de magnitude 3,4 sur l’échelle de Richter, est ressentie jusqu’à 75 km de distance. 31 personnes, dont 21 sur le site d’AZF, trouvent la mort et près de 2 500 autres sont blessées. Les dégâts matériels sont impressionnants : des vitres seront brisées jusqu’à 7 km du site. 25 500 logements et 1 300 usines seront sinistrés.

Des séquelles encore vivaces

10 ans après, le drame est encore bien présent chez les victimes. La Caisse d’assurance maladie de Haute Garonne et l’Institut de veille sanitaire, qui ont étudié les bilans clinique et para-clinique et administré des auto-questionnaires annuels à une « cohorte santé AZF », composée de populations touchées et de 3 000 travailleurs et sauveteurs volontaires, ont démontré un « impact durable de l'explosion sur la santé mentale et l'audition » des participants. Ainsi à l’évocation de l’accident, Guy Fourest, le président du Comité de défense des victimes d’AZF, qui habite encore aujourd’hui à 400 mètres de l’ancien site, avoue avoir du mal à respirer. « C’était une ambiance de fin du monde. Nous avons reçu sur notre maison des tôles de 3 à 4 kilos et des énormes cailloux. Nous n’avions plus de fenêtre, plus de toit. Plus rien. Il a fallu faire 230 000 euros de travaux », se souvient l’octogénaire. Après il a fallu vivre des mois dans des campings car ou chez les amis. D’autres n’ont jamais été relogés : « on leur proposait des résidences à Albi voire à Bordeaux. Pour cette population qui cumulait les handicaps, l’explosion a aggravée les inégalités », dénonce Jean-François Grelier, le président de l’association des sinistrés du 21 septembre 2001.

Une commémoration encore difficile

10 ans après, la commémoration de la catastrophe est toujours semble difficile. Cette année pourtant, la mairie qui tenait à organiser un évènement commun  a presque réussi à réunir toutes les associations pour un temps de recueillement à 10h17, devant la stèle marquant le nom des victimes, déplacée pour l’occasion devant l’ancien site d’AZF. Le comité de défense des victimes d’AZF et le collectif « Plus jamais ça ni ici ni ailleurs » qui se réunit d’ordinaire sur le rond point du 21 septembre pour dénoncer la responsabilité de Total, ont accepté de rejoindre le cortège après leur manifestation. De même que la plupart des anciens salariés d’AZF réunis au sein de l’association Mémoire et solidarité. On attend aussi le secrétaire d'État auprès de la ministre de l'écologie, Benoist Apparu, et des personnalités comme la candidate d’Europe Ecologie les Verts, Eva Joly, ou le secrétaire général de Force ouvrière Jean-Claude Mailly. L’association des sinistrés du 21 septembre 2001, a elle annoncé son intention de faire bande à part pour manifester son opposition groupe pétrolier, pour « ne pas oublier et respecter la mémoire des victimes », assure Jean-François Grelier, son président.

Certes aujourd’hui, la plupart des dossiers d’indemnisation ont été traités. Entre septembre 2001 et juillet 2011, la CPAM en a ouvert 11 618 pour des assurés déclarés comme victimes de l'explosion d'AZF, dont 7 827 au titre de risque maladie et 3 791 pour accident de travail. Des sommes remboursées par Total. Le groupe, via sa filiale Grande Paroisse, a en effet versé quelque 2 milliards d’euros aux victimes pour les dommages corporels et matériels*. Pourtant bien d’autres dossiers sont encore en souffrance, explique Guy Fourest : début septembre, l’association qui aide toujours les victimes à réaliser des dossiers d’indemnisation, recevait encore une personne qui souhaitait se faire dédommager pour un appareillage auditif destiné à combattre sa surdité née de l’explosion de l’usine. Et d’autres ne franchiront jamais le pas, découragés par les démarches administratives ou tout simplement par volonté d’oublier la catastrophe.

Une réhabilitation du site qui ne convainc pas les riverains

Aujourd’hui, plus rien ou presque ne subsiste de l’ancienne usine d’AZF, rasée en 2005. Seul l’ancien cratère, encore entouré par des grillages sur décision de justice, n’a pas été dépollué par Total. Le reste des 70 hectares a été « remis en état en 2007 au-delà des exigences de la règlementation puisqu’il pourra être fréquenté par du public », affirme le groupe. Devenu propriété du Grand Toulouse, il abrite désormais une partie de l’Oncopôle, le site de recherche sur le cancer dont les premiers centres (Sanofi-Aventis, Pierre Fabre, l’Institut des technologies avancées des sciences du vivant et la Maison commune de l’Oncopôle), qui devront à terme fournir 4 000 emplois, ont ouvert en 2010. Mais si les riverains sont en théorie plutôt favorables au projet, les conditions de réalisation effectives sont loin de les satisfaire. Car ce site, qui accueillera aussi bientôt un institut universitaire du Cancer de 312 lits, jouxte deux sites encore dangereux. Au nord, celui des quatre ballastières de l’ex-poudrière de Braqueville, qui contient entre autres 5 000 tonnes de nitrocellulose -une matière hautement explosive- et qu’il faudra encore 5 ans pour dépolluer, selon la direction générale de l’armement qui détient le site. Au sud, c’est l’usine de l’ex-SNPE aujourd’hui rachetée par Safran, qui pose problème. Car celle-ci produit du perchlorate d’ammonium utilisé pour propulser les missiles balistiques et les fusées Ariane. Un voisinage qui fait plus qu’inquiéter les associations de riverains : « cela fait des années que l’on demande la fermeture de ce site qui présente des risques importants d’explosion et d’émanation toxiques. Et selon nous, l’ancien site de Grande Paroisse est insuffisamment dépollué », insiste Rose Frayssinet, qui s’occupe des questions de risques industriels pour les Amis de la Terre Toulouse et le collectif « Plus jamais ça, ni ici ni ailleurs ». Quant au reste de la zone réhabilitée, notamment la zone franche du secteur de Langlade où se trouve la zone d’activité économique de Bordelongue (50 000 m² de bureaux),  il s’agit surtout d’une « gigantesque opération de promotion immobilière. L’objectif de la zone franche est vertueux, car l’idée est d’obliger les entreprises à embaucher des habitants du quartier mais les postes -rares- ne correspondent souvent pas à leurs qualifications », estime cependant Jean-François Grelier. De son côté, Total, insiste sur le fait que tous les salariés de Grande paroisse ont été reclassés dans les 15 mois qui ont suivi la catastrophe et que le groupe est à l’origine de la création de 2 000 emplois dans la région, notamment grâce à l’implantation de Tenesol technologies, sa filiale commune avec EDF qui produit des panneaux solaires photovoltaïques à Saint-Martin-du-Touch, près de Toulouse.

L’attente du procès en appel

Des compensations qui apparaissent bien insuffisantes au regard du tort causé par l’explosion de l’usine d’AZF, estiment les associations de victimes qui attendent toujours la condamnation du groupe Total et des dirigeants de Grande Paroisse. Il y a deux ans, au terme d’un procès fleuve de 4 mois où avaient été auditionnés plus de 200 experts, le verdict avait sonné comme « un coup de théâtre » après « un réquisitoire implacable contre les erreurs répétées d’AZF », déplore Jean-François Grelier. Manquant de preuve formelle sur les causes de l’accident, le juge avait en effet prononcé la relaxe « au bénéfice du doute » (voir article lié) de tous les prévenus, y compris l’ancien directeur de l’usine de Grande Paroisse, Serge Biechlin, seule personne physique poursuivie. Mais les cartes seront rebattues dès le 3 novembre dans le procès en appel. Celui-ci devrait là encore durer 4 mois et bénéficier du filmage des séances comme en première instance. Il y sera de nouveau question des causes de l’accident qui n’ont pas été mises à jour avec le précédent procès. « Ce que je demande au juge c’est de faire preuve de créativité car les règles pénales traditionnelles sont insuffisantes pour assoir les responsabilités », explique l’avocate de l’association des victimes d’AZF, Maître Casero. La grande incertitude est aussi de savoir quel sera le statut de Total, qui lors du procès en correctionnelle avait fait l’objet d’une citation directe sans toutefois pouvoir être poursuivi. Jusqu’à ce jour, le groupe considère que « la véritable cause de la catastrophe n’a toujours pas été trouvée » et précise que « le fait d’indemniser les victimes ne vaut pas reconnaissance de responsabilité de la part de Total dans l’origine de l’explosion »

*soit plus de 16 000 personnes indemnisées d’un préjudice corporel, 71 000 dossiers matériels traités dont 33 000 portant sur des logements.

Béatrice Héraud
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