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L’Office National des Forêts serait-il en train de subir la même crise que France Telecom ? Après un nouveau suicide de salarié le 11 juillet dernier, l’ONF a atteint le chiffre dramatique de 24 suicides depuis 2005. Si Nathalie Kosciusko-Morizet semble mettre ces faits sur le compte des « conditions particulières qui sont des conditions d’une forme de solitude » des agents de l’ONF, les responsables syndicaux ne décolèrent pas. Pour eux, c’est la modification des conditions de travail qui a généré ce climat de malaise. Sectorisation des activités, agrandissement de la zone de travail, besoin de rentabilité croissante… Ces changements structurels ont profondément bouleversé la manière de travailler des salariés. La « Refonte Générale des Politiques Publiques » est aussi pointée du doigt. L’ONF a en effet perdu plus d’un tiers de ses effectifs en l’espace de 25 ans. Et le contexte ne risque pas de s’améliorer puisque le contrat d’objectifs 2012-2016 présenté mercredi dernier prévoit la suppression d’environ 600 postes d’ici à 2016. Une problématique qui touche de nombreuses entreprises Le malaise grandit dans les entreprises. « De plus en plus de salariés témoignent d’un mal-être profond lié aux transformations des organisations du travail et des pratiques de management », explique Vincent de Gaulejac, directeur du Laboratoire de changement social de l’Université de Paris 7-Diderot, interviewé par Novethic (voir article lié) dans le cadre de la sortie de son livre « Travail, les raisons de la colère ». « La frénésie modernisatrice, la culture du résultat et l’obsession de l’évaluation des performances créent un monde pathologique et paradoxal. ». Pour lui, il n’est pas étonnant de voir une recrudescence des tentatives de suicides ou des dépressions dans les entreprises. « Ce type d’injonctions paradoxales rend fou ! […] Les salariés semblent ne plus avoir d’autres choix que celui de se révolter…ou de se détruire. » Cette question commence néanmoins doucement à être prise en compte dans les entreprises. Suite à la vague de suicides chez France Telecom en 2009, Xavier Darcos alors Ministre du Travail lançait un plan d’urgence. Celui-ci prévoyait le développement d’une prévention active des risques psychosociaux, en priorité pour les entreprises de plus de 1000 salariés. L’ONF a ainsi présenté son plan en janvier dernier, mais l’a renforcé d’un « plan de proximité » prévoyant le doublement du nombre d’assistantes sociales. Suite aux récents événements, la mise en place d’un numéro vert d’écoute psychologique, confidentiel et anonyme a aussi été annoncée. Mais cela est-il suffisant pour améliorer la situation ? « Plutôt que de chercher des pompiers, il vaudrait mieux éteindre l’incendie », résume Christian Biston, administrateur de la CGT-Forêt. De fait, deux ans après son lancement, le bilan du plan national d’urgence est mitigé. 600 accords ou plans d’action ont été engagés. Un progrès certes, mais le plus souvent, ces accords restent à l’état d’ébauche, sans engagement précis de la part des directions. « Tant qu’il n’y aura pas de contraintes réglementaires, cela restera des accords de façade. Comme dans d’autres pays, en Suède par exemple, il faut que le stress soit reconnu en France comme une maladie professionnelle », explique Bernard Salengro, médecin du travail à la CFE-CGC. (voir article lié). Vincent de Gaulejac, lui, regrette l’utilisation généralisée du terme « risques psychosociaux » par les acteurs. « Ce terme politiquement correct ne froisse personne et permet de neutraliser les enjeux de pouvoir et les conflits. C’est une façon de montrer que l’on se préoccupe du problème, sans pour autant s’engager à s’attaquer à ses sources », dénonce-t-il. Un coût grandissant pour les entreprises Il reste donc des progrès à faire pour mieux prendre en compte ce « malaise au travail » qui devient un véritable enjeu économique et financier pour l’entreprise, auquel s'ajoute un risque de contentieux entre entreprises et salariés. « La plupart des contentieux en matière de risques psychosociaux s’appuient aujourd’hui sur la faute inexcusable, une fois que l’accident du travail a été reconnu », constate Jacques Perotto, avocat associé en droit social au sein du cabinet Alerion. (voir article lié). Pour 391 dossiers pour faute inexcusable reconnus en 1999, 3000 sont en cours actuellement. Et cela peut coûter très cher à l’employeur. En témoigne cette salariée d’une entreprise du CAC 40 qui a touché 108 519€ de son employeur suite à une tentative de suicide. A cela s’ajoute les coûts indirects liés à l’absentéisme, aux démissions, au trurn-over ou à la baisse de productivité, qui pourraient être de 1,5 à 5 fois supérieurs aux coûts directs d’après le Bureau International du Travail. De quoi faire réfléchir les entreprises et les orienter vers de « vraies » politiques de prévention adaptées à l’entreprise. « Les méthodes d’évaluation « standardisée » des risques psychosociaux ne permettent que difficilement de concevoir des plans de prévention adaptés à la situation de l’entreprise et de déterminer des actions concrètes pour améliorer les conditions de travail », explique à ce sujet Elodie Montreuil, consultante au sein du cabinet SECAFI et auteur du livre « Prévenir les risques psychosociaux » dans une interview accordée à Novethic (voir article lié). Elle préconise entre autres des méthodes de veille permettant de déceler les risques psychosociaux, mais aussi d’être attentif aux « presque accidents » du travail tels que les malaises ou les crises de nerfs qui peuvent révéler un problème d’organisation du travail. A l’ONF, Pascal Viné, le directeur général, a annoncé l’élaboration d’un audit socio-organisationnel en collaboration avec les syndicats, afin d’évaluer les conditions de travail et le fonctionnement de la structure et d’essayer de comprendre les causes du malaise social. Il sera lancé à la fin de l’année.
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