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Ce sera non. La chancelière Angela Merkel a mis un point final entre le conflit opposant la Ministre du travail, Ursula von der Leyen (CDU), favorable à une loi introduisant un quota de femmes dans les instances dirigeantes des grandes entreprises, et la Ministre aux affaires familiales, Kristina Schröder (CDU), qui y est, elle, défavorable. L’Allemagne ne se dotera donc pas d’un « Frauenquote ». La position de Berlin est si claire que le Bundestag, le parlement allemand dont la majorité actuelle est composée des libéraux du FDP et des conservateurs de la CDU/CSU, vient d’envoyer un avis officiel à la Commission européenne se déclarant opposé à une loi européenne introduisant un quota de femmes dans les entreprises - une position qui isole pourtant l’Allemagne de ses partenaires. Car si les parlementaires européens se sont prononcés en majorité pour une résolution favorable au quota, c’est « parce que la part des femmes dans les instances dirigeantes des entreprises n’augmente que d’un très maigre 0,5% annuel. On ne peut se fier aux programmes volontaires des entreprises et des Etats ». Les parlementaires demandent donc à la Commission européenne de proposer « d’ici 2012 des mesures législatives qui incluront l’instauration d’un quota », afin d’augmenter la représentation des femmes à 40% d’ici 2020.
Dépasser le statu quo politique Pourquoi Berlin s’oppose-t-il ainsi à l’introduction de quota de femmes ? L’argument avancé par la Ministre Kristina Schröder mérite que l’on y prête attention. Dans le quotidien économique Handelsblatt, la jeune Ministre écrit que « sans aucun doute, il existe de nombreuses raisons de se battre contre la culture d’entreprise unidimensionnelle masculine. Une loi obligeant à introduire un quota ne profiterait qu’aux femmes qui s’adapteraient le mieux à cette culture mono masculine - une culture où les devoirs familiaux sont perçus comme un handicap, où les personnes qui connaissent le succès sont celles qui délèguent ces devoirs ou préfèrent se passer de famille. » Pour autant, face à des facteurs démographiques défavorables à l’Allemagne - vieillissement de la population, taux de natalité parmi les plus bas d’Europe et pénurie de main-d’oeuvre qualifiée - il ne fait aucun doute outre-Rhin que le statu quo actuel doit être dépassé. Le Ministère aux affaires familiales a ainsi proposé un «Flexiquote», ou « quota flexible ». Il s’agit d’un projet de loi visant les entreprises cotées, qui selon un porte-parole du Ministère « entrera en vigueur en 2013 ». Cette loi leur demande de volontairement « multiplier par trois » la présence de femmes dans leurs instances dirigeantes, faute de quoi le gouvernement adoptera une loi contraignante sur la parité. Les PME, un secteur favorable à l’épanouissement professionnel des femmes
Derrière cet activisme politique autour d’un quota qui ne veut pas dire son nom, la situation actuelle dans le secteur des PME est tout autre. Sur les 3,7 millions de PME que compte l’Allemagne, environ 20% sont détenues et dirigées par des femmes. Tels sont les résultats d’une enquête réalisée par Margarita Tchouvakhina, analyste à la KfW, l’équivalent allemand de la Caisse des dépôts. « La discussion actuelle sur l’introduction d’un quota de femmes se concentre principalement sur les femmes salariées dans les grandes entreprises, qui veulent accéder aux instances dirigeantes », relève-t-elle. Or, l’analyste rappelle que ces grandes entreprises ne représentent que 0,1% du patrimoine économique du pays. Son étude, réalisée entre 2002 et 2009 sur 15 000 entreprises, montre que près d’une entreprise sur cinq est dirigée par une femme, soit 730 000 entreprises. Ces dernières représentent un volume d’investissement de 16 milliards d’euros et emploient trois millions de salariés... « Le secteur allemand des PME est hétérogène », précise encore Margarita Tchouvakhina. De fait, lorsque l’on s’adresse aux principaux organismes représentants les intérêts des femmes entrepreneurs, il apparaît clairement que les secteurs d’activités choisis sont très divers : pompes funèbres, boulangerie spécialisée, production cinématographique, centre de traitement anti-cancer par la biotechnologie... Aussi divers que les profils de ces chefs d’entreprises. Mais au-delà de ces différences, une certaine idée de l’entreprise réunit ces dirigeantes. « Elles définissent leurs succès autrement », constate l’analyste. Autonomie, épanouissement personnel et satisfaction au travail, plutôt que succès matériel et croissance de l’entreprise, deux critères prioritaires pour les hommes. Elles sont d’ailleurs 71% à intégrer des politiques RSE contre 58% de leurs collègues masculins.
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