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L’information est presque passée inaperçue. Bien loin de l’engouement médiatique que suscite chaque sortie de la nouvelle génération d’iPhone, iPad ou iPod. Pourtant, elle pourrait marquer un pas important dans la politique RSE de l’entreprise. Après de multiples rapports et campagnes d’ONG dénonçant les conditions de travail dans les usines, notamment chinoises, de ses sous-traitants, Apple a fini par publier la liste de ses fournisseurs, document mainte fois demandé sans succès par les associations. Mieux : en complément, elle annonce qu’elle devient la première entreprise de technologie à adhérer à la Fair labor association, une association de promotion du travail équitable, qui pourra « contrôler indépendamment les usines de la chaîne des fournisseurs d’Apple », précise l’association dans un communiqué. Tournant majeur ou simple opération de com’ ? La marque symbole du « cool » universel ne semble pas encore synonyme de transparence et de RSE. Un pas dans la bonne direction… Petit retour en arrière. Depuis des années, Apple, marque icone du secteur high tech, est scrutée par les ONG. Au début des années 2000, c’est Greenpeace qui l’épingle dans son classement des entreprises high-tech les plus vertes. A l’époque, Apple arrive en bon dernier de la 1ère édition, du fait de l’utilisation de certains composés toxiques. Une place de cancre qu’elle ne tardera pas à laisser derrière elle sous la pression de l’ONG et de ses militants. Et qui lui fera publier d’intéressants rapports environnementaux pour chacun de ses produits. Mais dix ans plus tard, ce sont les pratiques sociales et environnementales de ses fournisseurs qui sont pointées du doigt par les ONG, notamment chinoises. Cadence infernale, non respect des horaires légaux, manque de protection des travailleurs face aux produits chimiques, manque de suivi médical, etc…En 2010, l’un de ses fournisseurs, le géant taïwanais Foxconn, connaît une série de suicides (voir article lié). Puis, en 2011, c’est l’explosion de deux usines chinoises qui provoquent la mort de 4 employés et des dizaines de blessés. S’enchaînent rapports, campagnes, manifestations qui déboucheront finalement sur une réunion en novembre 2011 entre 5 ONG chinoises* et Apple. Et aujourd’hui donc, l’annonce de contrôles accrus (229 audits en 2011, soit 80% d’augmentation par rapport à 2010, avec plus de 100 usines qui n’avaient jamais été auditées auparavant, précise la marque) et de plus de transparence sur sa chaîne de fournisseurs.
Un moteur de changement pour le secteur ?
La démarche d’Apple sera-t-elle un moteur pour les autres acteurs du secteur ? Tous l’espèrent : « c’est Apple qui fait le marché question produits et marketing, on peut donc souhaiter que ces petits pas donneront l’impulsion au reste du secteur pour définir de nouveaux standards », envisage Elisabeth Laville d’Utopies. « Nous avons trouvé qu’Apple prenait sérieusement en compte la responsabilité de ses fournisseurs (…). Nous saluons l’engagement d’Apple pour une meilleure transparence et un regard indépendant, et nous espérons que cette participation permettra la mise en œuvre de nouveaux standards dans le secteur de l’industrie électronique », a déclaré de son côté Auret van Heerden, le président de Fait Labor association. A noter tout de même, qu’il faudra sans doute un peu de temps avant que tout cela ne soit concrétisé : en tant que nouveau membre, Apple a déjà deux ans pour mettre en œuvre les principes de la FLA
« C’est un signal montrant qu’Apple va dans le bon sens », estime Elisabeth Laville, fondatrice et directrice du cabinet Utopies. « Cette position de résistance à la transparence n’était plus tenable et n’était d’ailleurs pas cohérente avec les valeurs de la marque qui -sans être promotrice de l’open source- se veut une marque de confiance, de proximité et accessible. Avec la mort de Steve Jobs, qui incarnait le génie et drainait une confiance presque aveugle des investisseurs et clients, Apple redevient une marque comme les autres, qui va sans doute devoir rendre plus de comptes que par le passé pour montrer qu’elle mérite la confiance qu’on lui apporte ». Mais « ce n’est pas une révolution, poursuit-elle. Car les bonnes pratiques se jaugent aussi à l’aune de ce qui se fait dans les autres secteurs. Si l’on prend le cas de Nike, qui dans les années 90 avait subi le même type de pression sur ses sweatshops, il a été beaucoup plus loin qu’Apple dans sa réaction ». Ainsi, concernant la publication de la liste de ses fournisseurs, l’ONG hong-kongaise qui s’est infiltrée à plusieurs reprises chez des sous-traitants de la marque, regrette qu’il n’y ait aucune précision sur la localisation exacte des usines : « dans [la liste] nous trouvons des noms tels que LG, Toshiba, Samsung, Sharp, etc… Or si l’on prend l’exemple Foxconn, l’entreprise a des unités de production en Chine mais aussi en Inde, au Mexique, en République Tchèque et à Taïwan. Rien qu’en Chine, elle est présente dans 20 villes ! Si Apple veut vraiment s’engager dans une politique de transparence, qu’elle publie la liste des fournisseurs avec le nom des usines et leur adresse », souligne Debby Chan, de la SACOM. …mais qui demande à se confirmer Par ailleurs, si l’on regarde de plus près le 6ème rapport publié sur la responsabilité des fournisseurs, les efforts menés en 2011 vont devoir se poursuivre. Certes, « les usines où nous avons conduits des audits répétés montrent moins de violations et une large majorité ont amélioré leur score d’année en année », souligne Apple. Et cette année, en plus des audits standards, des experts indépendants spécialisés dans l’environnement ont travaillé avec les équipes de la marque pour réaliser des audits détaillés de 14 usines chinoises. Audits qui devraient être étendus en 2012. Mais sur les 229 usines inspectées, on compte encore seulement 38% des fournisseurs d’Apple qui respectent le temps de travail légal des employés : 93 usines indiquent ainsi que 50% de leurs travailleurs ont dépassé au moins 1 fois le temps de travail légal de 60heures/semaine dans l’année en cours. Et dans 90 usines, plus de la moitié des travailleurs ont également enchaîné 6 jours de travail consécutifs au moins une fois par mois. Par ailleurs, près de la moitié (108) ne payent pas ces heures supplémentaires, contrairement à ce qu’exige la loi. Quant au travail des enfants, Apple affirme avoir une « politique de tolérance zéro » en la matière et estime avoir le « système le plus strict de l’industrie électronique ». En 2011, 5 usines ont été reconnues comme ayant employé des enfants. « A chaque fois, l’entreprise avait des moyens de contrôle insuffisants pour vérifier l’âge des travailleurs ou détecter la falsification des documents présentés. Nous n’avons trouvé aucune preuve d’emploi intentionnel d’enfants », tient à souligner Apple dans son rapport. Sur les questions de santé, 68 usines ne donnent aucune assurance médicale ou ne réalisent aucun des examens médicaux gratuits pourtant exigés par la loi. Et si les tableaux concernant la sécurité et la santé des travailleurs semblent rassurants avec 86% de pratiques en conformité avec les exigences de prévention aux expositions chimiques par exemple, il reste 58 usines où les travailleurs ne portent pas d’équipements appropriés comme des casques de protection acoustiques, des lunettes de sécurité ou des masques de protection contre la poussière. « Parfois, c’est l’usine qui n’a pas fourni le bon équipement mais dans d’autres cas, ce sont les ouvriers qui négligent ces protections ou ne les utilisent pas correctement », souligne le rapport. Il s’agit cependant d’un vrai problème, sachant que 112 usines ne disposent pas de procédure de déplacement, de stockage et de manipulation des produits chimiques dangereux et que 69 ne retraitent pas ces produits. Or, rappelons que la mauvaise utilisation des combustibles a entraîné des morts et des blessures dans 2 entreprises (l’une a corrigé ces problèmes, l’autre est fermée jusqu’à ce que les problèmes soient corrigés). C’est notamment ce qui s’est passé dans l’usine de Chengdu, où Foxconn a perdu 4 employés et 18 blessés. Dans une filiale de Pegatron, à Shanghai, ce sont 59 travailleurs qui ont été blessés. « Les deux explosions étaient liées à des poussières combustibles a reconnu Apple. Cette accumulation de poussière n’est pas accidentelle. Les travailleurs se plaignent de devoir respirer chaque jour de la poussière. Leurs visages et leurs mains sont déjà pleines de poussières quand ils enfilent leur équipement. Comment Apple peut-elle ignorer ces environnements de travail dangereux, alors même qu’ils ont beaucoup d’ingénieurs et d’inspecteurs chez Foxconn ? », insiste Debby Chan de la SACOM. Quand l’association a publié son rapport en mai 2011, dans lequel ces problèmes étaient mentionnés, Apple et Foxconn « ont tout simplement ignoré ce rapport », déplore la militante. Début 2011, des travailleurs intoxiqués avaient directement interpellé le patron d’Apple, Steve Jobs, en lui envoyant 3 lettres. Sans jamais recevoir de réponse. Tout comme la SACOM, suite à l’envoi de ses différents communiqués et rapports. * Institut des affaires publiques et environnementales (Institute of Public and Environmental Affairs, IPE), Friends of Nature, Green Beagle, Envirofriends, Green Stone Environmental Action Network
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