|
Quelles conclusions générales les ACV des filières végétales permettent-elles de tirer en terme d'impact du végétal par rapport au fossile ?
M. R. : Trois conclusions peuvent être tirées de ces études. Tout d'abord, pour les deux indicateurs les plus étudiés (consommation d'énergie primaire non renouvelable et émissions de gaz à effet de serre en équivalent CO2), nous avons pu constater que sur les 11 filières de produits étudiés, la filière végétale permet des économies et réductions significatives (hormis pour les polymères bactériens, un des sous-produit de la classe des polymères). Deuxième enseignement, l'émergence des filières végétales face à l'industrie pétrochimique, établie depuis plus d'un siècle, pénalise les résultats de ces filières. Les avancées technologiques permettront d'acquérir une maturité pour apprécier tous leurs avantages. Il faudrait mettre à jour régulièrement les données d'ACV mais cela réprésente un processus relativement coûteux. Enfin, les ACV référencées ne présentent pas d'indicateurs convergents ou fiables sur la toxicité de ces filières, vis-à-vis de l'environnement ou de la santé humaine. Ces indicateurs sont encore parfois difficiles à évaluer mais seront présents pour les prochaines ACV, compte tenu de la prise de conscience actuelle de ces risques. Ce bémol est important car nous ne pouvons nous avancer sur ces enjeux, ce qui n'empêche pas de considérer les résultats actuels très encourageants. Quel marché les bioproduits représentent-ils aujourd'hui ?
M. R. : Il est difficile de donner des chiffres sur ce marché très émergent. Pour donner une idée, les biocarburants, produits " phare " de ces bioproduits, représentent à l'heure actuelle entre 1 % et 2 % des carburants utilisés, et devraient augmenter grâce au Plan biocarburants et aux agréments du ministère de l'Agriculture et de la Pêche. Nous espérons ainsi atteindre les objectifs fixés par la directive européenne sur les biocarburants : 5,75 % d'incorporation de biocarburants en 2010. Quelle est la réalité de la volonté politique en la matière ?
M. R. : Il existe pour l'instant une volonté forte sur les biocarburants (directive européenne). Pour le reste, l'incitation passe encore par le soutien de programme de R&D (Agrice, Plan national de recherche sur les bioénergies, PNRB). La prochaine réglementation REACH peut-elle être une opportunité pour le développement des filières végétales ?
M. R. : Disons que le projet REACH est avant tout vécu comme une énorme contrainte par les industriels. Il va donc falloir transformer cette contrainte, qui va se traduire par la disparition de molécules déclarées toxiques, en opportunité, grâce à la substitution de molécules issues des filières végétales. Mais les industriels de la pétrochimie peuvent aussi rechercher de nouvelles molécules non toxiques. Tout dépendra donc de la réglementation sur l'interdiction d'une molécule, si elle préconise la substitution " végétale " ou non. Sur le plan européen, justement, comment se situe la France ?
M. R. : La question est complexe, car sur les biocarburants, par exemple, nous estimons que nous devrions arriver à atteindre les objectifs en 2010. Sur les biomolécules, tels que les tensio-actifs, le marché est européen, donc il est difficile de répondre. Enfin, sur les biolubrifiants, nous produisons 1 000 tonnes en France (chiffres 2003), contre 50 000 tonnes en Allemagne. On retrouve donc toujours les mêmes pays en tête pour ce qui est des considérations environnementales, grâce entre autres, à des incitations financières accompagnées d'une prise de conscience précoce des consommateurs, qui n'existent pas encore chez nous pour ces produits. Le recours à la filière végétale pour produire des biocarburants n'a-t-il pas ses limites, dans la mesure où il impliquerait un arbitrage assez ubuesque entre s'alimenter ou conduire ? Les terres arables ne sont pas illimitées, et la faim dans le monde est loin d'être résolue. Qu'en pensez-vous ?
M. R. : Ce raisonnement, qui consiste à extrapoler sur une culture exclusive de Colza, ne peut tenir la route, car il existe par exemple des cultures aux rendements en biocarburants plus importants. La betterave pour l'éthanol, par exemple. De plus, la directive européenne ne préconise que 20 % de substitution de biocarburants, non 100 %. Mais il est vrai que si aujourd'hui, il reste des terres en jachère, et qu'il n'y a donc pas de compétition entre production alimentaire et production industrielle pour notre pays, il y aura compétition un jour. Il faut donc considérer le recours aux filières végétales avec les technologies actuelles comme une solution transitoire, réalisable avec les terres disponibles, et permettant de répondre aux urgences environnementales, dans l'attente de trouver d'autres solutions nouvelles, telle que l'hydrogène pour les voitures par exemple. La recherche s'oriente également vers l'utilisation de la plante entière (PNRB), pour diminuer la surface de culture nécessaire, puisque aujourd'hui, seule la réserve de la plante est utilisée, pour produire de l'huile et du sucre transformés encuite en biocarburants. Enfin, derrière la question de la terre disponible va aussi se poser dans quelques années la question de l'eau, véritable enjeu là aussi.
|