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En reprenant l’idée de l’empreinte écologique, outil de référence pour évaluer les impacts environnementaux sur un territoire, Oxfam veut doter les entreprises et leurs parties prenantes d’un outil d’évaluation sociétal inédit. Face à des indicateurs insuffisants dans ce domaine – comme le nombre d’emplois créés ou les actions philanthropiques – la méthode évalue les effets positifs et négatifs, tout au long de la chaîne de valeur, de la présence d’une multinationale sur un territoire. L’ « empreinte pauvreté » observe plusieurs types d’impacts tels les effets sur l’économie locale (contribution au PIB, niveau de vie des salariés, sous-traitance, emploi des pauvres…), l’exploitation des ressources naturelles, le rapport avec les institutions publiques, ou encore la contribution de l’entreprise à l’amélioration de la qualité de vie des consommateurs pauvres à travers les produits qu’elle développe. Ces impacts sont évalués selon cinq critères : niveau de vie, bien-être et santé, diversité et égalité des sexes, amélioration des conditions de vie, stabilité et sécurité.
Coca investit dans les « pays les moins avancés »
Par « pays les moins avancés », l’ONU désigne les 48 pays les plus pauvres du monde, caractérisés par une absence de système éducatif et d’infrastructures de base et un niveau de vie très bas. Coca est présent dans 47 de ces pays, situés pour la plupart en Afrique et en Asie et y voit « un fort potentiel de business ». « Nous avons pu y observer le pouvoir du triangle d’or - entreprise, gouvernement, société civile-, pour créer une dynamique positive », souligne Afzaal Malik, le vice président de Coca-Cola chargé des affaires publiques et des relations internationales. Depuis l’année dernière, en Tanzanie, Coca met son expertise logistique au service d'un projet pilote de distribution de médicaments contre le sida, la tuberculose et le paludisme, en partenariat avec la fondation Bill & Melinda Gates et le Ministère de la santé. Au Kenya et en Ouganda, l’entreprise s’est associée avec l’ONG américaine TechnoServe et la fondation Gates pour lancer le Projet Nurture en janvier 2010. Ce programme d’accompagnement vise à permettre à plus de 50 000 petits producteurs de mangues et de fruits de la passion de doubler leur revenus d’ici 2014 en trouvant des débouchés dans les unités de production de Coca-Cola, sur le marché local des fruits frais ou à l’exportation.
Des recommandations non contraignantes
Après avoir analysé l’impact d’Unilever en Indonésie, il y a cinq ans, Oxfam a travaillé cette année avec Coca-Cola sur ses activités en Zambie et au Salvador, deux pays cultivateurs de canne à sucre où le groupe est fortement implanté. Selon le rapport publié en avril (voir document lié), la contribution de l’entreprise au PIB s’élevait, en 2008 à 21 millions de dollars en Zambie et 83 millions au Salvador. Dans chaque pays, ce sont aussi près de 4000 emplois (formels et informels) qui sont induits par les activités du groupe. Et les effets sur l’emploi sont décuplés par les réseaux de distribution de ses produits, avec 64 000 points de vente au Salvador et environ 25 000 en Zambie, tenus majoritairement par des femmes. Mais il faut aussi noter que si les revenus de la plupart des salariés se situent au-dessus du seuil minimum national, la situation des employés en sous-traitance, notamment dans les champs de canne à sucre, est en revanche précaire, notamment du fait des rythmes saisonniers et de l’absence d’audit mené dans les champs de canne à sucre. L’étude ne fait que rappeler des problèmes connus concernant les salaires des sous-traitants, la sécurité des travailleurs sur les plantations, l’absence d’audits, l’impact sur les réserves et la pollution de d’eau ou le respect du droit syndical… La nouveauté réside dans l’identification d’impacts peu connus, sur l’emploi des femmes, les politiques d’achat, les petits distributeurs et vendeurs ou l’économie informelle. A la fin de son analyse, qui explore toute la chaîne de valeur, Oxfam émet aussi des recommandations. Certaines portent sur des points très précis – comprendre pourquoi les conducteurs de camion zambiens font plus de huit heures de conduite par jour par exemple -, d’autres sur la stratégie globale, comme les efforts à faire pour privilégier l’approvisionnement local ou le respect des droits syndicaux. Mais rien de contraignant dans tout cela, puisque le partenariat n’est pas assorti d’obligations.
Vers une meilleure compréhension des effets de l’entreprise sur la pauvreté
L’étude, qui cherche à mettre en lumière les effets positifs comme négatifs de la présence de Coca-Cola dans ces pays, n’a pas vocation à être critique. Ce qui peut paraître surprenant. « Il est très difficile d’évaluer si l’absence ou la présence d’une entreprise changerait la dynamique de la pauvreté, argumente en effet Chris Jochnick, directeur du département « secteur privé » chez Oxfam USA. « L’empreinte pauvreté » ne rend pas d’avis sur l’équilibre entre les impacts négatifs et positifs. Elle cherche à attirer l’attention sur la multiplicité des impacts pour les placer dans un cadre normatif et les analyser. L’étude n’est qu’un élément d’une réalité très complexe. Nous espérons en faire une plate-forme sur laquelle les parties prenantes pourront s’appuyer pour inciter l’entreprise à s’orienter vers des stratégies « pro-poor » ». De l’avis de Coca-Cola, le rapport souligne l’empreinte positive de l’entreprise sur la pauvreté, tout en offrant des pistes d’amélioration. « L’objectif de cette collaboration est d’arriver à une plus grande transparence sur les effets de notre activité sur la pauvreté, une question que les entreprises, comme les ONG cherchent à mieux saisir. L’étude a examiné l’impact de Coca sur les communautés tout au long de sa chaîne de valeur. Il est positif sur l'ensemble des points analysés, mais il y a aussi des voies d’amélioration. Le rapport a permis d’identifier des opportunités et des défis à relever sur la valorisation du rôle des femmes, la gestion responsable de l’eau, l’aide aux petits fournisseurs et distributeurs, notre politique marketing », souligne Afzaal Malik, le vice président de Coca-Cola chargé des affaires publiques et des relations internationales. « Les résultats seront visibles dans deux à cinq ans. Nous allons aller voir nos fournisseurs et nos embouteilleurs locaux et leur demander : Comment pouvons-nous faire mieux ? » En analysant l’impact sur les communautés, l’empreinte pauvreté a aussi une fonction stratégique. Elle permet aux entreprises d’affiner leur positionnement sur le nouveau marché des consommateurs pauvres. « Le rapport, développé avec le soutien de l’entreprise, propose une série d’améliorations sur mesure, allant de recommandations sur de nouvelles politiques et de nouvelles pratiques, jusqu’à des idées pour le développement de nouvelles gammes de produits ciblés vers les consommateurs aux revenus modestes », peut-on lire dans la présentation de « l’empreinte pauvreté ». Mais selon Chris Jochnick, cet aspect n’est pas essentiel. « Le but de l’étude est de comprendre les impacts des multinationales sur la pauvreté. Cela peut effectivement leur ouvrir des perspectives « BOP », ce qui serait un bénéfice secondaire de l’étude ». Néanmoins, les deux démarches se rejoignent. On peut donc s’étonner qu’Oxfam revendique ce type d’accompagnement, même si cet outil inédit, qui calcule l’impact sociétal global sur un territoire, est une initiative intéressante.
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