Le président Obama enterre la réforme sur la pollution de l'air

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Publié le 13-09-2011

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L'agence fédérale EPA était prête à renforcer la règlementation sur les émissions d'ozone, dues notamment aux centrales électriques ou aux voitures. Mais le président Obama préfère s'abstenir sous la pression des lobbyistes de la Chambre de commerce, qui prétendent ainsi sauver des emplois.

Le président démocrate Barack Obama vient d'enterrer une nouvelle règlementation sur les émissions de particules d'ozone -oxydes d’azote et composés organiques volatils issus des hydrocarbures et des solvants entre autres-.qu'était en train de préparer l'agence fédérale EPA (Environmental Protection Agency) de protection de l'environnement. Lisa Jackson, la numéro un de l'agence, estimait en effet que le plafond d'émissions toléré par le gouvernement de George Bush en mars 2008 était trop important : 75 parts par milliard (PPB).
L'ozone des basses couches de l'atmosphère se créé lorsque les émissions des centrales électriques, des usines et des voitures réagissent avec la lumière du jour. Lorsque le plafond règlementaire est atteint, les autorités locales sont doivent réagir en interdisant par exemple l'ouverture de nouvelles usines ou le développement de sites existants, qui augmenteraient les émissions d'ozone. Les scientifiques de l'EPA proposaient un nouveau plafond, plus strict, à 60/70 PPB. Mais la Maison Blanche en a décidé autrement.

Eviter le conflit avec les Républicains et les industriels

« Au final, a déclaré le président, je ne voulais pas demander aux États et aux gouvernements locaux de mettre en place une nouvelle règlementation qui devra être bientôt revue. » La loi prévoit en effet que le seuil de pollution actuellement en vigueur soit réévalué en 2013. Le président a donc décidé d'attendre cette date – et celle des élections- plutôt que d'agir aujourd'hui. Il évite ainsi un conflit avec les élus Républicains et les industriels, farouchement opposés à la nouvelle règlementation. 
Les lobbies du patronat se sont mobilisés durant tout l'été. Les ténors de la chambre de commerce ont fait circuler une pétition parmi les petits et grands industriels. Et avec leurs collègues de quelques autres puissantes organisations (Business Round Table, National Association of Manufacturers, American Petroleum Institute, American Chemistry Council...), ils ont obtenu un rendez vous avec William Daley, le Secrétaire général de la Maison Blanche. Leur message : la nouvelle règlementation va entrainer de lourds investissements et supprimer des milliers d'emplois au moment même ou la reprise économique trébuche. Cal Dooley, le représentant de l'American Chemical Council, a par exemple affirmé que "plusieurs milliards de dollars d'investissements dans le secteur de la chimie étaient en danger".

Bénéfice sanitaire et économique

De l’autre côté, la présidente de l’EPA Lisa Jackson plaide son dossier. La nouvelle règlementation permettrait d’améliorer la vie des asthmatiques et des malades du cœur, sauverait 4300 vies par an et économiserait 7000 visites aux urgences des hôpitaux. Elle éviterait également 2,6 millions de journées d'absence au travail ou à l'école. Les économistes de l'EPA tablent certes sur 25 milliards de dollars de dépenses supplémentaires par an dans les entreprises pour s’y adapter, mais les bénéfices en terme de santé, d’investissements technologiques et de création d'emplois induits par la nouvelle règlementation sont évalués à 37 milliards de dollars.

Les soutiens d’Obama déçus

Cette bataille a finalement été remportée par les lobbies du patronat. Thomas Donohue, le président de la chambre de commerce, se dit ainsi ravi de « l'attention  accordée par la Maison Blanche à ses avertissements. » De l'autre côté de la barrière, Frances Beinecke, présidente du Natural Resources Defense Council, accuse Barack Obama de « s'aligner avec les entreprises pollueuses aux dépends du peuple américain ». Justin Ruben, le directeur de Moveon.org, une association qui a fait campagne pour Barack Obama durant la première élection présidentielle, se dit déçu. « Beaucoup de mes adhérents se demandent aujourd'hui comment ils vont pouvoir travailler à la réélection de Barack Obama » lâche-t-il. Et Charles Connor, responsable de l'American Lung Association (Association Américaine du Poumon) promet de poursuivre en justice le gouvernement Obama, accusé de risquer la bonne sante des américains.
La bataille sur l'ozone a été perdue par les écologistes. De même ont ils échoué sur trois autres dossiers : la reprise des forages dans la région arctique, la construction d'un oléoduc de 2700 kms entre Alberta au Canada et le Texas et l'ouverture de 8 millions d'hectares à la prospection pétrolière dans le Golfe du Mexique. Mais d'autres dossiers pointent à l'horizon, tels ceux de la règlementation du mercure ou encore des émissions de gaz a effet de serre des centrales électriques, des chaudières industrielles, des raffineries de pétrole, des cimenteries...qui polluent l'air des États voisins.

Barack Obama pourrait cette fois-ci statuer en faveur des écologistes. Même lorsqu'il a annoncé sa décision sur le dossier ozone, le président  a tenu à saluer les efforts de l'EPA. « Mon gouvernement, a-t-il dit, continuera de s'opposer vigoureusement aux efforts entrepris pour affaiblir l'autorité de l'EPA et annuler les progrès que nous avons réalisés ».
Du coup, les experts de tous bords affutent leurs arguments. Dans l'industrie du ciment par exemple, on menace de fermer 18 des 100 usines actuelles, ce qui entrainerait 13000 suppressions d'emplois. Les experts de l'EPA tablent, eux sur « seulement » 600 suppressions d'emplois...et 1300 créations d'emplois pour s'adapter à la nouvelle règlementation.

Caroline Crosdale à New York
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