Nike, Puma et Adidas répondent favorablement aux pressions de Greenpeace

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Publié le 26-08-2011

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Qiu Bo/Greenpeace

Greenpeace a lancé cet été un défi aux industriels du textile : éliminer d'ici à 2020 tous les produits toxiques de la fabrication des vêtements. Un long travail en perspective car l'industrie peine encore à mettre en place des procédures efficaces pour les éliminer.

Avec deux rapports parus pendant l’été, Greenpeace a choisi de taper fort sur l’industrie textile et en particulier sur les équipementiers sportifs. En juillet, le premier rapport « Dirty Laundry » relayait les rejets de produits chimiques mesurés par Greenpeace dans l’eau des fleuves proches des usines des sous-traitants de grandes entreprises textiles telles que Nike, Adidas et H&M. Dans le deuxième rapport « Dirty Laundry 2 : Hung out to dry » publié récemment, Greenpeace a cherché la présence de ces substances dangereuses dans les vêtements de 15 marques (1). Conclusion ? Les deux tiers des échantillons contenaient des substances de la famille des alkylphénols connues pour être des perturbateurs endocriniens.

Pression médiatique sur les géants du sport

Greenpeace a ainsi resserré l’étau autour des grandes marques et prouvé l’utilisation de substances dangereuses dans le processus de fabrication des vêtements. S’en est suivie une campagne médiatique intitulée Detox ciblée particulièrement sur deux géants du sport : Nike et Adidas, visant à obliger ces grandes marques à s’engager sur l’élimination de tous ces produits d’ici à 2020. « Dans le secteur du textile, les équipementiers sportifs pourraient atteindre cet objectif plus rapidement. Certains ont déjà au moins 50% des instruments nécessaires à leur disposition. Nous avons donc choisi de cibler la campagne sur eux », explique Martin Besieux de Greenpeace.
Ce sont finalement Nike et Puma qui ont répondu favorablement les premiers aux pressions de l’ONG. Les deux groupes ont en effet annoncé un plan d’action publié d’ici huit semaines.

« Nike a déjà développé de nombreux outils et communique beaucoup sur le sujet », explique Emmanuel Pretet, gérant de Carbone Tex, bureau d’étude environnemental spécialisé dans le textile et l’habillement. Quant à Puma, la marque du groupe PPR a déjà annoncé il y a quelques mois son intention de publier un compte de résultat prenant en compte ses impacts environnementaux, sociétaux et économiques (voir encadré). Adidas, lui, fa dans un premier temps fait de la résistance. Dans un communiqué paru le 22 juillet, le groupe reconnait la démarche de Greenpeace et affirme être en relation avec d’autres membres de l’industrie textile afin « de développer et de coordonner une approche qui pourrait répondre au défi lancé par Greenpeace ». Mais il se refuse alors ( voir actualisation) à répondre à l’engagement chiffré de Greenpeace, soulignant les mesures qu’il a déjà mises en place. « Adidas se vante d’être le meilleur sur le sujet mais nous avons prouvé le contraire. Maintenant, il se cache derrière les actions collectives mais pour nous ça n’est pas suffisant, nous voulons qu’Adidas s’engage individuellement comme d’autres et soit l’un des chefs de file du changement », ajoute Martin Besieux. Et après les grandes entreprises du sport, c’est H&M qui pourrait être sommée de se lancer. « Notre objectif, c’est que 75% des entreprises du marché s’engagent individuellement dans le challenge », insiste Martin Besieux.

Un compte de résultat environnemental chez Puma
En mai dernier, Puma publiait la première étape d'un compte de résultat environnemental, chiffrant les différents impacts environnementaux de l’entreprise. « Cette démarche est vraiment novatrice et surtout elle est assez complète puisqu’elle prend en compte les activités indirectes de l’entreprise », explique Emmanuel Pretet, gérant du bureau d’étude environnemental Carbone Tex. Une première partie du chiffrage de la première étape. La firme a analysé sa consommation d’eau et ses émissions de gaz à effet de serre à travers sa chaîne d’approvisionnement et ses activités. Cinq niveaux d’activités ont été analysés (entre l’entreprise et le fournisseur de rang 4 correspondant aux producteurs de matières premières) Au total, l’impact environnemental a été évalué à 94,4 millions d’euros dont 87,2 millions d’euros provenant de la chaîne de fournisseurs. Un impact qui pousse Puma à agir envers ses fournisseurs afin de « leur faire prendre conscience que le modèle économique actuel est dépassé et qu’il doit être réformé en profondeur ».

Quelques efforts encore insuffisants

De nombreuses marques ne sont pourtant pas restées les bras croisés jusqu’à aujourd’hui. En début d’année naissait par exemple aux Etats-Unis la Sustainable Apparel Coalition regroupant notamment Nike, Adidas et Puma dans le but de « réduire l’impact social et environnemental des vêtements et des chaussures dans le monde » (voir article lié). Mais l’organisation est trop récente et Greenpeace estime par ailleurs que cette initiative reste insuffisante. « Cette démarche est intéressante, mais quel sera son rôle sur la question des substances dangereuses ? », interroge l’ONG. Plus concrètement, Adidas, H&M ou Nike ont aussi mis en place des listes de substances interdites (Restricted Substances List) mais leur mode d’élaboration ne satisfait pas Greenpeace. Elles ne concerneraient que le produit fini et le contrôle se limiterait à la recherche d’une certaine concentration de substances toxiques. En dessous de ce seuil, la substance est alors considérée comme non utilisée. « Ce fonctionnement n’est pas correct. Certains produits toxiques très solubles ne se retrouveront pas dans le produit final mais ailleurs. Par exemple, nous n’avons rien trouvé dans les échantillons de Gap. Ça ne veut pas dire pour autant que des substances toxiques ne sont pas utilisées pendant l’élaboration des vêtements. Quant à la concentration de ces substances, leur seuil de détection est trop haut », insiste Martin Besieux qui préconise de mesurer les concentrations dès 1 ppm (partie par million).

Des informations publiques et un contrôle strict des sous-traitants

Quelques rares fabricants comme Nike sont néanmoins allés plus loin et ont établi un second type de listes (Manufacturing Restricted Substances List) ne concernant pas cette fois le produit fini mais la manière de le produire et interdisant plus explicitement l’utilisation de ces produits au cours de la fabrication. Suite aux recommandations de Greenpeace, cette liste et la Restricted Substances List de Nike ont d’ailleurs été rallongées la semaine dernière. Pour Greenpeace, toutes ces listes doivent être rendues publiques. « Cet accès à l’information est pour nous aussi indispensable que l’engagement individuel de chaque entreprise », souligne Martin Besieux.

La mise en place d’un système de contrôle chez les sous-traitants constituera l’étape suivante. La tâche s’annonce compliquée, tant la filière est divisée en plusieurs niveaux de sous-traitance. « Ces grandes marques possèdent plusieurs milliers de sous-traitants en moyenne. A l’heure actuelle, les moyens de contrôle ne sont pas suffisants pour faire réellement pression sur eux », précise Emmanuel Pretet. Consciente de ce contexte, Greenpeace a déjà mis en place des groupes de travail avec les industriels engagés pour réfléchir collectivement à des procédures efficaces. « Le travail sera certainement plus compliqué que celui déjà mené avec le secteur de l’électronique, où nous avons permis de limiter l’utilisation du brome et du chlore chez les sous-traitants  », ajoute Martin Besieux. « Mais si le secteur du textile change ses pratiques, il permettra que d’autres secteurs évoluent par la suite pour améliorer les problèmes de pollution des pays du Sud ». L’objectif final pour Greenpeace : que la législation dans les pays du Sud s’arme enfin d’un système de contrôle des substances toxiques tel que REACH.

(1) Nike, Adidas, Puma, H&M, Abercrombie & Fitch, Calvin Klein, Converse, Gap, G-Star Raw, Kappa, Lacoste, Li Ning, Ralph Lauren, Uniqlo, Youngor

Actualisation:  Le 30 août, Adidas a répondu à Greenpeace et s’engage lui aussi à atteindre le zéro rejet de produits chimiques dangereux d’ici à 2020. Il promet de mener la filière dans cette voie à travers une feuille de route commune avec les  autres marques qui ont annoncé leur engagement dans le processus. La marque aux trois bandes annoncera d'ici 7semaines son plan d’action décliné tout le long de sa chaîne de fournisseurs.

Pauline REY-BRAHMI
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