Allemagne : dialogue de sourds entre ONG et industrie papetière

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Publié le 22-09-2011

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Avec une production proche de 30 millions de tonnes annuelles, l'industrie allemande du papier est la première du secteur en Europe et la quatrième au niveau mondial. Grande importatrice de bois de pays émergents, les ONG pointent les impacts sociaux et environnementaux de cette «Papierindustrie». Cette dernière préfère, elle, minimiser l'impact des campagnes de sensibilisations de l'opinion publique allemande.

« On observe encore une grande ignorance sur les enjeux liés au papier», observe Agnes Dieckmann, en charge des campagnes sur le papier et les forêts au sein de l’organisation allemande Urgewald. «C’est un produit que l'on utilise tous les jours, et on ne se pose pas trop de questions quant à sa provenance et ses conditions de production. Le problème principal, celui de notre consommation de papier qui ne cesse de grandir, passe inaperçu», poursuit-elle. En Allemagne, la consommation de papier est passée, lors de ces 50 dernières années, de 80 kg par personne à 250 kg, une consommation parmi les plus élevées du monde. Et les plus grands consommateurs sont les sites de vente en ligne, qui consomment de larges quantités de cartonnage, ainsi que les Ministères et institutions de l’Etat. Car contre toute attente, les courriers électroniques ont entraîné une hausse de la consommation de papier due à l’impression.

Or ce secteur bénéficie de garanties de crédit par l’Etat allemand. Urgewald cite ainsi l'exemple de la Société Allemande d'investissement et de développement (DEG) qui a alloué un crédit au groupe indonésien Sinar Mas, critiqué depuis plusieurs années par les ONG qui dénoncent ses pratiques de déboisement menaçant des espèces en danger, son impact sur les émissions de gaz à effet de serre et plus généralement sa contribution à la déforestation (voir article lié).

Une industrie fortement émettrice de GES

Mais quels sont précisément les enjeux ? La demande mondiale en papier absorbe plus de 40% des coupes de bois commerciales dans le monde. Si certains arbres proviennent de forêts gérées de façon durable, beaucoup sont issus d’abattages illégaux menaçant populations autochtones, climat et biodiversité. De plus, la production de la pâte à papier participe également à l’expansion de la culture intensive : des plantations sont créées en rasant des forêts primaires ou d’autres habitats naturels. Or, non seulement les plantations artificielles d’arbres réduisent de manière drastique la diversité biologique, mais elles affectent les ressources en eau (par exemple l’acidification des lacs par le dioxyde de soufre ou l’accélération de la croissance des algues par les phosphates) et retirent aux communautés locales les possibilités d’utiliser les sols de manière traditionnelle. Enfin, la transformation des forêts naturelles en plantations par brûlis rejette de fortes émissions de CO2. Robin Wood, une ONG allemande également active sur la question, cite une étude de l’OCDE, le "OECD Environmental Outlook", selon laquelle l'industrie du papier est la troisième industrie émettrice de gaz à effet de serre (GES) après la chimie et l'acier.

L'argument du recyclage

Face à ces enjeux, la réponse des ONG est simple : il faut réduire notre consommation de papier. « Le recyclage est certes une bonne solution, mais il n’est pas suffisant pour répondre aux enjeux », relève Agnes Dieckmann. « De fait, la consommation de papier n’est tout simplement pas durable. C’est pour cette raison que nous insistons sur la nécessité de baisser notre consommation de papier, mais pour l'industrie, cette réduction est absolument contraire à ses intérêts». De son coté, la Fédération allemande des fabricants de papier (VDP) préfère soigner l'image positive de son industrie qui prévaut dans l’opinion publique allemande et les consommateurs...En guise de réponses aux questions posées, l'interlocuteur est renvoyé à des fiches argumentaires préalablement rédigées et intitulées « Préjugés et vérités ». On peut y lire que « chacun doit pouvoir décider s'il consomme «trop» de papier. Cela dit, notre vie sans le papier serait inconcevable (...). Ce qui est séduisant, c'est que le papier, au contraire d'autres matériaux, est recyclable, il n'est pas une matière finie ».

Une déclaration dont la véracité se trouve être pour le moins égratignée quand un peu plus loin, on lit que « le recyclage à l'infini relève du rêve. Une partie du papier utilisé ne peut être recyclé (...) Il existe des catégories que le papier recyclé ne peut remplacer, en raison de leur résistance à la déchirure et à leurs possibilités d'impression ». Rappelons à ce stade que sur 100 kilos de papier produits en Allemagne, 68 kilos sont issus du papier recyclé (pour une moyenne européenne se situant à 60 kilos). Déployant un grand activisme, le VDP n’a pas hésité par ailleurs à militer pour le rallongement des centrales nucléaires allemandes - ce qui a notoirement échoué - et refuse d’être intégré au marché carbone. Quant aux ONG, elles s’attellent dorénavant à une coordination européenne et internationale.

Claire Stam à Francfort
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