Xstrata en procès pour son projet de mine de charbon en Australie

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Publié le 02-09-2011

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Le paysage actuel du site de Wandoan
Le paysage actuel du site de Wandoan
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Le projet de la mine de charbon de Wandoan est contesté par les Amis de la Terre Australie et 10 propriétaires de terrains devant la Cour de justice du Queensland. Un procès particulièrement important puisqu'il s'agit du premier en Australie à s'appuyer sur les risques de réchauffement climatique pour demander l'interdiction d'une mine.

Le groupe suisse Xstrata pourra-t-il mener à bien son méga projet de mine de charbon à ciel ouvert en  Australie ? C’est désormais à la justice australienne de trancher. Car si Xstrata Coal Queensland, une co-entreprise créée par le groupe suisse Xstrata et deux entités australiennes émanant de groupes d’origine japonaise -Itochu Corp et Sumitomo Corporation- a bien reçu l’accord préalable du gouvernement, le projet est contesté devant la Cour de l’Etat du Queensland par les Amis de la Terre et 10 éleveurs propriétaires des terrains jouxtant le site de « Wandoan coal mine », qui doit s’étendre sur 32 000 hectares.

Un procès basé sur les risques de changement climatique et sur la responsabilité des émissions de GES

L’action en justice, qui s’inscrit dans le processus de déclaration d’impact environnemental, s’est achevée ce 2 septembre après deux semaines de débats. Le verdict, qui devrait être rendu dans 2 mois environ, est attendu avec intérêt. Il s’agit en effet de la première action en justice australienne à s’appuyer sur les risques de changement climatique pour interdire une mine, insistent Les Amis de la Terre. Le site, qui doit avoir une durée de vie de 30 ans, devrait en effet produire chaque année plus de 30 millions de tonnes de charbon thermique, en majorité exporté. Ce qui en ferait « l’une des plus grosses mines de charbon au monde et contribuerait à hauteur de 0,15% de la totalité des émissions carbone dans le monde chaque année. Cela peut paraître faible mais c’est en réalité l’équivalent des émissions de 72 pays cumulés à travers le monde et à peu près celles des carburants fossiles de la Nouvelle Zélande », souligne Bradley Smith, le porte parole de l’ONG. Pour plaider sa cause devant la Cour, l’association a fait appel à 4 spécialistes du changement climatique dont  le Dr Malte Meinhshausen, du Postdam Insitute for climate impact research, qui a insisté sur les conséquences à long terme d’une telle masse d’émissions sur le réchauffement climatique (+0,0006°C) et l’augmentation du niveau de la mer. « L'ajout de dioxyde de carbone à l'atmosphère par des entreprises telles que la mine de Wandoan endommagera directement la Grande Barrière de Corail et réduira ses services écologiques. Et donc le revenu et la subsistance des populations tant en Australie qu’à l'étranger », a déclaré un autre expert, Ove Hoegh-Guldberg, professeur en recherche marine de l’université du Queensland. Selon les estimations du Tourism Research Australia, le million de personnes venant chaque année visiter la Grande barrière de Corail génère en effet 5,9 milliards de dollars et 60 000 emplois. De plus, le cumul des émissions produites sur 30 ans -1,3 milliard de tonnes d’émission d’équivalent CO2- contreviendrait totalement aux objectifs de réduction des émissions de GES de 5% décidés par l’Australie à horizon 2020, argumente l’association. Par conséquent, selon elle, le gouvernement du Queensland devrait rejeter cette mine pour se conformer à la loi sur la protection de l’environnement et celle des ressources minérales.

Une région de plus en plus ouverte au secteur minier

Une logique que conteste vigoureusement Xstrata. Car les estimations des Amis de la Terre, basées sur les propres chiffres de l’entreprise donnés dans son étude d’impact, tiennent compte à 99% des émissions produites par les utilisateurs finaux (scope 3), émissions indirectes et situées essentiellement en dehors de l’Australie. Dans un communiqué, Xstrata rapporte ainsi les propos de Jon Stanford, le directeur du cabinet de consultants « Insight Economics Pty Ltd », qui est l’un de ses 19 experts témoins intervenus lors des auditions du procès : « Je ne connais aucun pays, même ceux qui prennent des mesures importantes pour s'attaquer aux changements climatiques, où les gouvernements cherchent à interdire ou à réglementer la croissance des industries dont les produits donnent lieu à des émissions du scope 3 dans d'autres juridictions. Selon les règles et conventions élaborées sous les auspices de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, chaque nation souveraine est responsable de ses propres émissions de GES. » Qu’importe, selon les Amis de la Terre : à chaque demande d’approbation, toutes les émissions (de la mine, du transport et de l’utilisation du charbon) doivent être prises en compte dans la décision des autorités.

En attendant la décision de la cour, Xstrata a développé un site internet dédié au projet (voir site lié), où elle détaille les technologies mises en œuvre pour réduire son impact social et environnemental ainsi que les processus de consultation des communautés locales. « Xstrata coal prend sa responsabilité pour gérer l’environnement dans lequel elle opère très au sérieux. Nous croyons que le changement climatique est une réalité et nous investissons directement dans le développement et l’expérimentation de technologies de réduction et de capture de carbone pour nous aider à réduire notre empreinte », affirme ainsi la société. Elle en veut pour preuve les 250 millions de dollars engagés pour diminuer ses émissions de GES et l’annonce de toute une série de mesures pour accompagner le projet. Entre autres, l’amélioration du système de traitement d’eau potable de la ville pour que cette dernière ne pâtisse pas de l’accroissement de la demande liée à la mine; l’économie de l’eau non potable (700 méga litres d’eau brute pour la construction et 9 100 ML chaque année pendant la phase opérationnelle), la préservation de la biodiversité -notamment par un projet de compensation demandé par les autorités-, la limitation du bruit et autres nuisances.

Face aux pertes économiques et environnementales avancées par les écologistes, Xstrata coal oppose les retombées locales estimées avec la construction et le développement de ce projet à 6 milliards de dollars. 1 300 emplois seraient créés pendant la construction, auxquels s’ajoutent 844 emplois directs et près de 200 indirects pendant la phase opérationnelle. Ce qui génèrerait de 13 à 16 millions de dollars en achats de biens et services chaque année…et 3,7 milliards de dollars de royalties. De quoi créer une « une économie locale forte et diversifiée », selon l’entreprise. Mais cette manne implique aussi la transformation de la structure agricole de cette zone, encore tournée vers l’élevage malgré le fort développement du secteur extractif dans la région. Car en plus de la mine, des infrastructures -ligne ferroviaire, terminal charbonnier et dragage d’un canal- seront nécessaires pour le bon fonctionnement de ce projet qui vient s’ajouter à de nombreux autres. 33 mines, 5 expansions et 40 000 puits de méthane de houille sont en cours de développement ou d’approbation par les autorités du Queensland.

Actualisation : le 28 mars 2012, la justice australienne a débouté les organisations de défense de l'environnement en faisant valoir que les enjeux économiques pesaient plus lourd que le risque écologique. « Empêcher la réalisation du projet ne changerait rien, ou peu, aux niveaux des gaz à effet de serre dans l'atmosphère », a déclaré le juge, évoquant un « impact mineur » sur l'environnement, rapporte l’AFP. Le magistrat a cependant précisé n'avoir pas pris en compte le coût environnemental du transport, ni l'utilisation finale du charbon.

Béatrice Héraud
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