Le transport maritime appelé à financer la lutte contre le changement climatique

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Publié le 14-09-2011

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A l'approche du sommet des Nations-Unies sur le changement climatique de Durban, qui se tiendra fin 2011, Oxfam et le WWF rappellent que le transport maritime international échappe à toute réglementation sur les émissions de gaz à effet de serre alors qu'elles ne cessent d'augmenter. Leur rapport propose de déterminer un « prix du carbone » pour le secteur, sans pénaliser les pays en développement.

En augmentation constante, les émissions de CO2 du transport maritime pourraient augmenter d'environ 75% dans les 15 à 20 prochaines années et jusqu’à 250 % d'ici à 2050. Or, le secteur du transport maritime international est déjà responsable de près de 3 % des émissions au niveau mondial, soit l'équivalent de la production de l'Allemagne. Pour autant il n’est pas réglementé et son entrée dans le marché carbone reste en débat depuis plusieurs années… Sa contribution à la lutte contre le changement climatique est donc régie par des engagements volontaires de l’OMI (Organisation maritime internationale), à l’image des « normes de rendement énergétique pour les nouveaux navires » adoptées en juillet dernier, mais qui ne permettront de réduire les émissions du secteur que d’à peine 1 % en 2020. Le transport maritime, qui représente 90 % du transport mondial de marchandises, compte en effet une flotte de 60 000 navires dont 27% ont 20 ans et plus. Face aux pressions de Bruxelles, l’industrie maritime européenne a de son côté annoncé fin juin la création d’un « outil de gestion de trafic portuaire », qui selon elle pourrait réduire « d’un cinquième les émissions de CO2 des bateaux ».

Blocage à l’OMI

En 2007, l’Union Européenne, qui contrôle plus de 40% de la flotte mondiale, avait déjà annoncé son intention de faire entrer le transport maritime dans le système communautaire d'échange de quotas d'émission de CO2, sans succès. L’ONG Transport & environnement avait alors fustigé l'attitude de l'OMI: « Après l’adoption du protocole de Kyoto en 1997, l’OMI s’était engagée à adopter une réglementation pour réduire les émissions de GES. Dix ans ont passé, et rien n’a été fait». Quatorze années plus tard, après le sommet climatique de Cancún et à l’approche de celui de Durban fin 2011, deux défis restent entiers, rappellent les ONG : la réduction globale des émissions de gaz de serre et le financement du Fonds vert pour le climat crée à Cancún pour permettre aux pays en développement de s’adapter aux changements climatiques et d’accéder aux technologies vertes. Or, soulignent-elles, « à Cancún, les pays riches se sont encore une fois engagés à investir 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020, mais ils ont encore une fois omis de dire concrètement d'où proviendraient ces recettes » pour alimenter le Fonds vert. Oxfam et le WWF veulent cependant rester optimistes : les ministres des Finances du G20 ont en effet demandé à la Banque mondiale et au FMI d'identifier les sources de financement des changements climatiques, transport maritime international compris. Leur rapport est attendu d’ici la fin septembre.

Un prix du carbone à 25 dollars la tonne

Dans leur étude, les deux ONG montrent que le fait de fixer au plan international un prix du carbone pour les navires, à environ 25 dollars par tonne, peut apporter des réductions significatives des émissions du secteur, pour une augmentation du coût du transport d’à peine 0,2 %, soit 2 dollars pour chaque transaction de 1 000 dollars.
Ce prix du carbone génèrerait au plan international 26,3 milliards de dollars par an d’ici 2020, une somme qui permettrait aux pays en développement de ne pas supporter les charges supplémentaires induites par ce prix, et qui fournirait de nouvelles ressources au Fonds vert - à hauteur de 10 milliards. Car pour mettre un terme à l’impasse qui caractérise les négociations climatiques, un accord international sur le transport maritime devra respecter le principe voulu par les pays en développement de « responsabilités communes mais différenciées», selon lequel les pays riches doivent prendre la tête de la lutte contre les changements climatiques. Et donc financer les mécanismes d’adaptation des pays en développement. Ainsi l’Afrique du Sud, susceptible d’enregistrer une hausse du coût de ses importations de 0,14 %, se verrait octroyer une compensation annuelle d’environ 200 millions de dollars. Dans le cas du Bangladesh, où les importations coûteraient 0,19 % de plus, 40 millions de dollars par an seraient versés, outre les financements octroyés par le Fonds vert pour le climat. Pour Tim Gore, co-auteur du rapport pour Oxfam : « il est temps que le secteur du transport maritime fasse partie intégrante des solutions au changement climatique, au lieu de contribuer substantiellement au problème. Notre étude démontre qu’il est possible de réduire les colossales émissions de gaz à effet de serre du secteur maritime sans que les pays en développement en paient les conséquences ».

En attendant de parvenir, peut-être, à un accord mondial équitable Nord/Sud sur les émissions du transport maritime, l’ONG américaine Carbon War Room avait à l’occasion du sommet de Cancún mis en ligne à un site internet qui classe les navires en fonction de leurs émissions de gaz à effet de serre, à partir des registres mondiaux et de la méthodologie développée par l’OMI. Avec le nom du transporteur, il est possible de connaître les émissions des 60 000 navires de la flotte mondiale et leur niveau d’efficacité énergétique selon une échelle de A à G. Une information à destination des affréteurs mais aussi des propriétaires de navires et des autorités portuaires, incitées à offrir des tarifs plus avantageux aux navires les moins polluants.

Véronique Smée
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