L'opinion néerlandaise demande plus de transparence sur l'origine du charbon importé

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Publié le 17-04-2012

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Port de Rotterdam
Port de Rotterdam

Alors que les Pays-Bas importent massivement du charbon pour alimenter leurs centrales, le silence règne chez les compagnies d'électricité néerlandaises quant à la provenance et aux conditions d'exploitation du combustible dans les pays fournisseurs. Et ce malgré l'injonction du gouvernement, sous la pression des consommateurs, de s'expliquer sur le sujet.

C'est une émission d'information télévisée -« Netwerk »- qui a mis le feu aux poudres il y a un an et demi en révélant dans un reportage les conditions de travail désastreuses et les impacts environnementaux des mines de charbon de Colombie et d'Afrique du Sud, deux des principaux pays fournisseurs des Pays-Bas. Ce « charbon-sang », comme il est nommé dans le reportage, a provoqué un émoi tel dans le pays -qui découvrait alors les origines du combustible massivement importé- que le Gouvernement dû mettre en place un plan pour obliger les compagnies productrices d'électricité à faire preuve de plus de transparence sur leurs chaînes d'approvisionnement. S’en est suivie la création d’un « Duch Coal Dialogue » (Dialogue sur le charbon néerlandais) ou DCD – un partenariat entre les multinationales d'électricité, les compagnies minières, les organisations civiles néerlandaises, et le Gouvernement- pour que les compagnies « améliorent la transparence dans la chaîne d'approvisionnement du charbon » d'ici l'été 2012. Aujourd’hui le bilan du DCD s’avère médiocre, puisque  les compagnies d'électricité continuent de se taire sur l'origine du charbon qu'elles achètent.

« The Black Box », un rapport  sur la non-transparence du secteur

Un rapport publié par l'ONG néerlandaise SOMO cette année -en collaboration avec Greenpeace Netherlands- et basé en grande partie sur un questionnaire remis à 6 compagnies d'électricité opérant aux Pays-Bas -E.ON, Vattenfall/Nuon, GDF Suez/Electrabel, RWE/Essent, DONG Energy, and EPZ-, détaille le fonctionnement des chaînes d'approvisionnement et donne un aperçu sur l'origine du charbon utilisé dans les centrales électriques néerlandaises. Mais le rapport fait également apparaître « qu'aucune des compagnies examinées n’est transparente concernant les mines spécifiques d'où provient le charbon». « Elles refusent de publier ces informations et, par conséquent, ne suivent pas les recommandations des normes internationales en matière de transparence de la chaîne d'approvisionnement, telles qu'énoncées par l'OCDE pour les entreprises multinationales » déplore Joseph Wilde-Ramsing, chercheur principal à SOMO.

Les entreprises concernées rétorquent de leur côté que les informations sur les mines et les compagnies minières sont  « commercialement confidentielles » et constituent des « informations sensibles vis-à-vis de la  concurrence ». Elles mettent ainsi en avant les « clauses de non divulgation » qui sont incluses dans les contrats avec leurs fournisseurs. « Mais les lois relatives à la concurrence requièrent-elles vraiment de telles clauses, qui de fait exonèrent les compagnies d'électricité de toute transparence sur la traçabilité de leur charbon ? » interroge le rapport. En effet, pour l’ONG il s’agit en réalité d’une interprétation abusive du droit de la concurrence. De même, la demande de transparence se heurte à un autre argument des compagnies, relatif à « la complexité et à l'opacité de la chaîne d'approvisionnement du charbon, provenant de différentes mines et parfois de différents pays… ». Ainsi « tracer l'origine du charbon acheté sur le marché mondial n'est pas toujours possible», déclarent les entreprises. Un argument que réfute SOMO : « les développements récents dans le domaine des normes internationales en matière de chaînes d'approvisionnement font apparaître clairement que cet argument n'est tout simplement plus acceptable ». L’ONG met également en doute leur incapacité à retracer l'origine du combustible.

Un effort sur le code de conduite des fournisseurs

Si les compagnies refusent donc de révéler quoi que ce soit concernant la provenance de leur charbon, le rapport souligne néanmoins un certain effort à propos du code de conduite des fournisseurs. Ainsi, par exemple,  Vattenfall / Nuon indique qu'un tel code a été inclus dans le cadre de tous les nouveaux contrats ou contrats renégociés en 2009 avec ses fournisseurs ; GDF Suez / Electrabel exige que tous ses fournisseurs signent une « déclaration d 'engagement » sur leur responsabilité sociale et RWE / Essent s'est fixé comme objectif que 95% du volume de ses achats correspondent aux normes sociales et environnementales internationales.

De manière générale, SOMO remet en cause la politique énergétique des Pays-Bas, où d'après Joseph Wilde-Ramsing, et contrairement aux idées reçues, « seulement 10% de l'énergie produite serait verte ». Actuellement le mix énergétique des Pays-Bas est en effet dominé par le gaz (61,2% de la production d’électricité) et le charbon (23,9% de la production d’électricité). Plusieurs projets en cours concernent des centrales à charbon (Essent, RWE, Nuon, E.on et Electrabel), qui pourraient doubler la quantité utilisée de charbon.


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