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145 millions d’euros. C’est le montant du premier compte de résultat environnemental publié le 16 novembre 2011 par la principale marque de sport & lifestyle de PPR, Puma. Une initiative pionnière à la fois dans le secteur et en France. Car l’entreprise a réalisé un bilan relativement élargi de l’impact environnemental des ses activités propres et de celles de ses fournisseurs, en prenant en compte non seulement les émissions de gaz à effet de serre (32% du résultat pour Puma) mais aussi la consommation d’eau (33%), l’utilisation du sol (26%), la pollution de l’air (7%) ou les déchets (2%). Pour calculer ces impacts et les retraduire en valeur monétaire, Puma s’est associé au cabinet d’audit PriceWaterhouseCoopers et au bureau d’études Trucost, tout en s’appuyant sur les nombreuses études scientifiques réalisées sur le sujet comme celle de Pavan Sukhdev « The economics of ecosystems biodiversity » pour attribuer une valeur financière aux écosystèmes. Pour l’eau « le prix prend par exemple en compte la rareté de l’eau. En Chine elle est 60% plus cher que le prix nominal auquel elle est vendue actuellement tandis qu’en Grande Bretagne, où elle est moins rare, le prix est quasi identique. La valeur de l'eau est neuf fois plus importante en Chine qu'au Vietnam », précise Jochen Zeitz, directeur du développement durable de PPR et président du directoire de Puma. Pour l’instant, les comptes ne sont pas certifiés par un auditeur indépendant car « avant d’être un outil de transparence, c’est un outil de management », ajoute-t-il. Pour autant, il n’est pas exclu qu’à terme, cela soit le cas.
Les moyens déployés par PPR
Pour mener à bien ce reporting mais aussi en tirer les bénéfices concrets pour le groupe, PPR a recruté des compétences supplémentaires. Un spécialiste de la gestion de l’énergie a ainsi intégré l’équipe pour étudier les opportunités de réduction des émissions de gaz à effet de serre ainsi qu’un expert de la conservation de la biodiversité et des services écosystémiques, pour élaborer une charte d’achats responsables et des normes internes pour les approvisionnements en coton et caoutchouc durables. De son côté, un ingénieur chimiste est chargé d’identifier les produits nocifs qui doivent être éliminés et les matériaux durables à promouvoir. L’équipe des auditeurs a également été renforcée chez Puma.safe. Chez les fournisseurs, le programme de formation continue qui doit les aider à réduire leurs émissions et à minimiser les risques liés aux déchets et à la pollution va aussi être accéléré.
Puma aux avant-postes Résultat : pour l’année 2010, plus de la moitié de l’ensemble des impacts environnementaux de Puma (57%, soit 83 millions d’euros) tiennent à la production des matières premières, notamment les bovins pour le cuir, le coton et le caoutchouc. Et seulement 6% (8 millions d’euros) proviennent des activités opérationnelles de Puma telles que la logistique, les magasins, les entrepôts et les bureaux, en grande majorité du fait de leurs émissions de gaz à effet de serre (90%). « Faire ce bilan nous permet de nous rendre compte de l’immense valeur monétaire des services rendus par l’écosystème à l’entreprise. Cela nous permet également de voir quelles sont les pistes prioritaires d’amélioration de nos impacts environnementaux mais aussi les opportunités de business qu’il existe dans ce domaine. Car nous ne pouvons pas gérer ce que nous ne connaissons pas. Nous ne voulons pas seulement être moins mauvais mais être meilleurs. Et avoir le leadership sur cette question », souligne Jochen Zeitz. Un enjeu business incontournable Réduire la part du cuir dans les matières premières comme pour la « Puma re-Suede » composée à 100% de fibres polyester recyclées ou trouver des moyens de production plus durables, revoir l’implantation ou l’aménagement des usines en fonction de leur utilisation d’eau ou de leurs rejets de gaz à effet de serre ou la localisation des zones d’élevage…telles sont les pistes qui pourront être examinées dans les 5 ou 10 ans à venir pour permettre à la marque de réduire son empreinte environnementale. Pour ce qui est de la compensation des émissions de GES, PPR le fait déjà. « Mais une tonne émise coûte plus cher qu'une tonne évitée », souligne le directeur développement durable, bilan à l’appui. L’enjeu est particulièrement important à la fois en termes de business mais aussi d’acceptabilité sociale (ou « licence to operate »). Car malgré ces avancées, le groupe fait encore partie des cibles des attaques de Greenpeace (voir articles liés) et risque donc sa réputation. Ainsi, en 2009, Gucci, une marque de PPR, était citée dans un rapport de l’ONG dénonçant l’impact environnemental des élevages amazoniens fournisseurs entre autres des marques de textile. Puis, cet été, les rapports « dirty laundry » suivis de la campagne grand public « Detox » ont mis en cause les rejets de produits chimiques dans les eaux des fleuves situés à proximité des usines de fabrication des grands donneurs d’ordre, tels Puma. La démarche du compte de résultat environnemental de Puma est donc aussi une réponse à cette demande de transparence, de plus en plus portée par les consommateurs eux-mêmes. D’ailleurs, si la marque de sport & lifestyle est la première de PPR à se livrer à l’exercice, l’idée est bien de développer l’initiative au sein du groupe à l’horizon 2015. Que ce soit sur l’aspect environnemental de ses impacts mais aussi, dans une prochaine étape, en matière sociale et sociétale (santé, condition de travail, bien-être, cohésion sociale, etc) avant de compléter l’équation par les bénéfices sociaux et économiques induits (salaires, emplois induits, gains de productivité et d’efficacité). « Le développement durable ne sert pas seulement à minimiser les risques et à réduire les coûts : c’est un impératif pour que nos marques restent désirables et compétitives dans le futur, affirme ainsi le PDG de PPR, François-Henri Pinault. Le compte de résultat environnemental groupe reflète notre implication collective à renforcer l’activité de PPR pour le long terme ». L’initiative de Puma devrait aussi faire des émules en dehors du groupe. Lors de la présentation de la première partie des résultats en mai dernier, la marque avait en effet été contactée par de nombreuses entreprises de tous secteurs, ainsi que par le gouvernement britannique et allemand qui réfléchissent à la question.
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