La croissance verte à la peine

Planète \Rio+20 \Economie verte

Publié le 23-11-2011

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A quelques jours de la conférence internationale sur le climat de Durban, une étude de PriceWaterhouseCooper montre que la croissance –même faible- des pays du G20 s'est faite de façon très polluante en 2010. Un marqueur des difficultés que rencontre la mise en place d'une économie « verte ».

 La limitation du réchauffement planétaire à 2°C semble de plus en plus improbable. Alors qu’à quelques jours de la conférence de Durban sur le climat, la prolongation du Protocole de Kyoto paraît de plus en plus compromise, des études récentes insistent sur les difficultés de mise en place d’une économie mondiale décarbonée. « Les gouvernements doivent introduire des mesures plus fortes pour orienter les investissements vers des technologies plus sobres en carbone. L’accident nucléaire de Fukushima, les évènements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et la forte demande énergétique en 2010 qui a conduit à des émissions records de CO2, soulignent l’urgence et l’ampleur du challenge », alerte l’agence internationale de l’énergie dans son dernier rapport « World energy outlook 2011 » (voir document lié). En prenant en compte les derniers engagements des Etats, l’AIE prévoit une hausse de 20% des émissions de CO2 d’ici 2035, ce qui conduirait, à long terme à une augmentation de 3,5°C. Si le retard pris dans la mise en place d’actions correctrices est ruineux -pour chaque dollar qui n’est pas dépensé dans des technologies propres avant 2020, 4,30$ supplémentaires devront être investis par la suite pour compenser, selon le chef économiste de l’AIE- « peu de signes laissent à penser que le changement d’orientation nécessaire des tendances énergétiques mondiales est amorcé », souligne-t-elle.

Les investissements français très dépendants de la règlementation
La contribution des entreprises au  marché français du développement durable passera de 4,4 milliards d’euros en 2011 à 7 milliards en 2015, selon Verdantix, un cabinet d’analyse indépendant dans les domaines de  l’énergie, de l’environnement et du développement durable. Ce sont les secteurs les plus polluants qui devraient être les plus moteurs en 2012 (36% des dépenses totales) : d’abord les entreprises de production/distribution d’électricité, de gaz/eau et de gestion des déchets (11%) suivis par la construction/matériaux (10,5%) puis les pétroliers/gaziers (9.5%). Ils devraient particulièrement investir dans la gestion des données de l’énergie et du carbone (+18% par an soit 473 millions € en 2015). Ces prédictions basées sur une croissance de 1,5 à 2,1% (quand le consensus s’établit autour de 0,9% pour 2012) vont peut-être devoir être revues à la baisse, reconnaît l’auteur, Emilie Beauchamp, mais « à la marge », insiste l’analyste senior pour qui « la corrélation entre croissance du PIB et croissance des investissements dans le marché du développement durable n’est pas très importante ». Ce qui distingue le marché français cependant, c’est que « l’investissement des entreprises dans les projets liés à l’environnement et au développement durable est davantage motivé par la règlementation du marché induite par la loi Grenelle 2 que par des dynamiques concurrentielles ». A terme, celles-ci pourraient donc bien « être perdantes au niveau européen quand elles voudront s’attaquer aux opportunités de croissance dans des domaines tels que les véhicules électriques, la gestion de l’énergie et les smart grid ». Mais aussi dès 2015 quand s’ouvrira le marché de l’électricité, entraînant une hausse de l’énergie…

Une croissance très polluante en 2010

Ainsi, si « au cours de la crise économique de 2008-2009, plusieurs pays ont vu leurs émissions chuter plus rapidement que le PIB en raison d’une baisse de la production, cette tendance s’est inversée en 2010, lorsque la croissance du PIB mondial de 5,1% a été dépassée par celle des émissions, qui s’élève à 5,8%. L’augmentation de l’intensité carbone de 0,6% est une première depuis plusieurs années », note le cabinet PriceWatehouseCoopers au regard de son étude « Low Carbon Economy Index » (voir document lié). « La reprise économique, lorsqu’elle a eu lieu, a été très polluante », estime ainsi Olivier Muller, directeur Energie et climat de PwC. En cause, la croissance rapide des économies émergentes à forte intensité de carbone en 2010 (comme la Chine, le Brésil ou la Corée) mais aussi l’hiver froid, la baisse du prix du charbon par rapport au gaz et le recul du déploiement des énergies renouvelables. « Les économies du G20 qui s’acheminaient trop lentement sur la bonne voie vont désormais dans la mauvaise direction », insiste le cabinet avant d’asséner : « ces résultats remettent en cause la vraisemblance d’une décarbonisation assez rapide qui permettrait de limiter le réchauffement planétaire à 2°C ». De fait, dans les dernières décennies, très peu de pays (mis à part la Chine dans les années 90) ont réussi à réduire leur intensité carbone* de 4,8%, le niveau requis pour atteindre cet objectif. Et quand ils sont parvenus à la baisser de l’ordre de 3% environ (comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine et le Japon), cela s’est fait dans « des circonstances exceptionnelles » comme la nucléarisation du pays, ou l’engouement pour le gaz…Et l’avenir ne s’annonce guère plus positif. « Avec la crise, la priorité n’est pas vraiment à la lutte contre le changement climatique et des catastrophes comme celles de Fukushima n’ont pas arrangé les choses », analyse Benjamin Cros, directeur PwC et expert en énergies renouvelables.

Concilier croissance économique et réduction des émissions de CO2, un pari impossible ? Absolument pas, veut croire l’assureur-crédit Euler Hermes qui vient de publier une étude sur « l’économie verte ». Mais « à condition que les entreprises investissent dans leur rentabilité à long terme, en acceptant au départ de rogner leur marge, pour réduire leurs coûts de production et surtout prendre des parts dans les secteurs porteurs », estime Ludovic Subran, chef économiste et directeur de la recherche de cette filiale d’Allianz. Des opportunités seraient ainsi à saisir dans la construction et l’utilisation de bâtiments (conception des matériaux, rénovation, etc) qui sont responsables du tiers des émissions mondiales de CO2 et où le potentiel économique supplémentaire à réaliser est évalué par Euler Hermes à 20 milliards d’euros par an pour les 20 prochaines années, mais aussi dans les transports (20% des émissions) où les marges des entreprises sont fortement dépendantes du coût de l’énergie, ainsi que dans l’industrie (chimie et ciment notamment).

L’économie verte, une opportunité malgré la crise

Premier objectif pour ces entreprises : le négawatt (puissance économisée par un comportement ou un technique) « car il s’agit d’un investissement que l’on peut immédiatement rentabiliser par des économies, ce qui est forcément intéressant dans un contexte de rigueur », insiste Benjamin Cros. Mais aussi la décarbonisation des énergies fossiles car en 2010 encore, la cause principale de la réduction du facteur carbone chez les producteurs européens d’électricité est restée l’amélioration de ce facteur dans les filières non renouvelables, au même titre que l’augmentation du nucléaire ou la substitution du charbon par le gaz, selon une autre étude de PwC (Facteur carbone 2011).

Quant au développement des énergies renouvelables, il apparaît absolument nécessaire mais encore largement insuffisant pour contribuer de façon significative à la décarbonisation de l’économie d’ici à 2050 selon les analystes. Certes, comme le fait remarquer le rapport du PNUE sur l’économie verte, les pays investissent de plus en plus dans ce type d’énergie, comme la Chine qui est devenue le premier investisseur mondial dans les ENR avec 49 milliards de dollars en 2010. Et à l’échelle de la planète, ces investissements ont cru de 32% en 2010, selon Bloomberg. Mais si l’éolien et le photovoltaïque se sont énormément développés dans la dernière décennie, il n’en reste pas moins qu’ils ne comptent respectivement que pour 1,3% et 0,2% de la production d’énergie mondiale (source Observ’ER). Quelle sera leur évolution ? Les économistes prévoient une baisse significative des coûts et de la productivité de ces énergies mais à court terme, elles restent aussi très soumises aux incitations fiscales et autres mesures gouvernementales qui ont plutôt tendance à se réduire comme on l’a vu en France pour le photovoltaïque (voir aussi encadré). Dommage, car « il s’agit pourtant de mesures qui permettent de relancer la croissance à court terme et surtout de la rendre durable à long terme. Mais il faut aussi aller au-delà et développer des stimuli intrinsèques au secteur privé. L’économie sera verte si elle est rentable », affirme Ludovic Subran.


*l’intensité carbone d’une économie correspond aux émissions par unité de PIB. Elle est fonction du mix énergétique, l’efficacité énergétique et la proportion des secteurs industriels par rapport aux secteurs des services dans un pays.

Béatrice Héraud
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