« 1% pour la planète » : un club à l'américaine qui s'implante en France

Entreprises \Environnement

Publié le 07-07-2011

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Campagne de pub du 1% pour la planète
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Associations et entreprises françaises membres du club « 1% pour la planète » se réunissaient le 4 juillet dernier pour se rencontrer et échanger sur le réseau. Si le club français compte aujourd'hui une centaine d'entreprises, il cherche encore son équilibre.

Reverser 1% de son chiffre d’affaires à la cause environnementale de son choix, sans justification -ou presque- ni pour l’entreprise ni pour l’association, cela paraît simple et efficace. C’est en tous cas le concept du mouvement « 1% pour la planète ». Lancé en 2002 par Yvan Chouinard, le PDG décontracté et philanthrope de l’entreprise Patagonia, il compte aujourd’hui près de 1450 entreprises qui aident plus de 2500 associations à travers le monde. Malgré un contexte plutôt défavorable, crise oblige, les donations ont connu une hausse de 40% (15,2 millions d’euros donnés en 2010).

Dans le cadre verdoyant du domaine de Longchamp, les membres français du club s’étaient donné rendez-vous le 4 juillet pour se rencontrer et échanger sur leurs pratiques respectives. Troisième pays le plus représenté derrière les Etats-Unis et le Canada, il était temps pour les organisateurs de créer une vraie dynamique de réseau en France, un territoire qui a enregistré une grosse progression ces quatre dernières années. On compte aujourd’hui plus de 100 entreprises participantes, alors qu’elles étaient seulement 17 en 2007.

Un principe simple et une gestion libre

Le principe, Yvon Chouinard, présent à la table ronde organisée au siège du WWF, l’explique à sa manière : « c’est un loyer à payer en réponse au privilège que nous avons de vivre sur terre. Nous sommes à la racine des problèmes que nous rencontrons et c’est en nous que résident les solutions ». L’homme qui a dédié sa vie d’entrepreneur à la cause environnementale ne croit plus en l’intervention des Etats pour régler le problème du réchauffement climatique. Partant du constat qu’aux Etats-Unis seuls 5% du mécénat* sont consacrés à des causes environnementales -contre12% en France en 2010-, il a donc pensé à une taxe que l’entreprise s’imposerait mais dans la plus grande liberté d’exécution.

Le comité du 1% -financé par les frais d’adhésion des membres- se charge de certifier le don, c'est-à-dire de vérifier que l’entreprise a bien donné et que l’association a bien reçu la même somme. Il établit aussi la liste des associations participantes avec, comme critères, la défense de la cause environnementale et le but non lucratif de l’organisation. L’entreprise peut alors choisir de donner à qui elle veut selon les envies personnelles du dirigeant, en concertation avec les salariés, ou en fonction de  l’activité de l’entreprise. Christian Chanal, créateur des meubles éco-conçus dans son entreprise Wood Stock Création, lui, savait exactement ce qu’il voulait : « je recherchais une association de proximité près d’Annecy avec qui partager mes centres d’intérêt : la montagne. J’ai donc rencontré Mountain Riders avec qui je communique régulièrement. Pour moi c’est autre chose que de signer un chèque ». Pour le groupe Léa Nature, le plus gros contributeur français (600 000 € en 2010), il s’agit d’aider des associations avec des thématiques définies : aide au développement d’une agriculture paysanne, biodiversité, santé et mer et océan, de part leur installation à La Rochelle. Mais les associations ont aussi leur mot à dire. « Il fallait chercher des entreprises qui n’étaient pas connotées car nous ne faisons pas de compromis », explique Cyril Dion, directeur de Colibris, Mouvement pour la terre et l’humanisme.

Aujourd’hui, le réseau compte surtout de très petites entreprises déjà engagées dans une démarche environnementale. En France, à part Léa Nature, peu de grandes entreprises ont franchi le pas. « Donner 1% de son chiffre d’affaires, ce n’est pas rien car on ne parle pas de bénéfices. Que l’on perde ou gagne de l’argent, on s’engage à donner », insiste Jacques Fath, responsable du développement du 1% pour la planète français. Pourtant dans les faits, rien n’oblige encore l’entreprise à rester au sein du club si elle enregistre des pertes.

Durabilité des fonds et indépendance des associations

Le concept du 1% répond à une vision libérale du don : les entreprises et les associations traitent en direct. Le club n’est d’ailleurs pas un label et ne cherche pas à l’être. « Ce qui est bien, c’est que le 1% ne nous juge pas sur notre démarche développement durable. Faire partie de la communauté, c’est déjà un engagement en soi » explique Justine Icard de « eO-one », une entreprise de communication qui vient d’intégrer le club. En théorie. Car une participation de Monsanto ou de Total ne ferait pas l’unanimité au sein du club : « ce n’est pas l’esprit du mouvement », estime le fondateur de Wood Stock Création. En tous cas, « le fait que les consommateurs puissent savoir en toute transparence quelle entreprise donne et à qui, c’est l’antithèse du greenwashing », ajoute Terry Kellog, directeur international du club « 1% for the planet ».

Se pose aussi la question de la durabilité du partenariat pour les associations et leur indépendance. Devant l’appréhension de certaines d’entre elles, qui craignent des dons sans lendemains, Cyril Dion, rappelle l’importance de mettre en place des contrats sur le long terme avec les entreprises « pour se prémunir des surprises ». Devant le choix qu’ont les entreprises, les associations doivent aussi savoir se démarquer, une logique qui leur est parfois étrangère, d’autant plus que la majorité d’entre elles sont de petites structures. Aujourd'hui, sur 250 associations agréees par le 1% en France, seules 144 ont reçu des dons. « C’est à nous de faire en sorte d’intéresser les entreprises à notre travail. C’est pour cela que l’on vient à ce genre de rencontre », explique Eric Stephan de l’A.P.E.C.S, une association dédiée à l'étude et la protection des raies et des requins. Quant au problème de l’indépendance, il a une réponse très claire pour Cyril Dion : « il faut prôner le mix de financements, un peu comme le mix énergétique. Utiliser les entreprises du 1% pour gagner en liberté de parole et d’action et construire des partenariats avec d’autres entreprises avec lesquelles il n’y a pas d’échange d’argent ». Une position qui n’est pas partagée par tout le monde. Qu’une association critique un de ses donateurs, cela peut être possible. « Un PDG nous a déjà dit : je vous paye mais vous devez me bousculer », rappelle Nathalie Solvet, responsable du développement des partenariats stratégiques pour le WWF.

Cette journée, une des premières du genre en France, a eu donc le mérite de soulever toutes ces questions mais sans y apporter de réponses claires pour l’instant. L’objectif prioritaire du club est aujourd’hui de  prendre de l’ampleur à travers un réseau plus étendu car c’est là que le bât blesse. « A travers nos prestations, nous travaillons toute la journée avec des entreprises et nous communiquons avec le logo « 1% » sur les mails et les documents, mais je n’ai jamais eu un retour d’une entreprise ne serait-ce pour me demander ce dont il s’agit », explique Stéphane Régis, PDG de Xymox System, une entreprise informatique membre du club. « Je ne comprends pas pourquoi. On ne doit pas assez bien communiquer», se demande Yann-Arthus Bertrand de la fondation Good Planet. Un défi que compte bien relever le réseau.

*selon le magazine "The Chronicle of philantropy"

Pauline REY-BRAHMI
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