Les origines américaines du mouvement anti sweatshop
L'histoire des rapports sociaux aux Etats Unis a été marquée par un désastre que les New-yorkais rappellent encore aux visiteurs européens : l'incendie, le 25 mars 1911, de l'entreprise Triangle Waist Company, spécialisée dans la confection textile. Elle était située aux 8eme et 9eme étages du Asch Building, 23-29 Washington Square, dans l'un de ces bâtiments en architecture de fonte, typique de certains quartiers de New York.
Cette tragédie est devenue le symbole de la misère des nouveaux immigrants et des conditions de travail inhumaines qui existaient aux USA au début du siècle dernier et qui règnent aujourd’hui dans les pays les moins avancés. C’est également un symbole du mépris de la personne humaine généré par un système au service exclusif de la production et du profit.
Ce jour là, 146 des 500 ouvriers périrent brûlés vifs où écrasés au pied de l’immeuble après avoir été projetés dans le vide sous la pression de leurs collègues paniqués par un incendie fulgurant. Il s’agissait, pour la plupart, de jeunes filles qui venaient d’arriver en Amérique, Elles étaient prises au piège : les sorties de secours étaient bouclées afin d’éviter les vols de marchandise et l’escalier métallique de secours extérieur était impraticable.
La Triangle Waist Company était le modèle même de l’entreprise que les étudiants américains d’aujourd’hui qualifient de sweatshop : elle exploitait la misère des nouveaux immigrants qui fuyaient la pauvreté et la famine dans leur pays d’origine : salaires misérables, horaires journaliers excessifs, conditions d’hygiène et de sécurité déplorables.
Le bâtiment appartenait à Max Blanck et Isaac Harris qui sous traitaient une partie des locaux à des entrepreneurs qui avaient recours à des immigrés. Les sous traitants payaient aux ouvriers des salaires misérables. En général, les propriétaires des bâtiments ne connaissaient ni le nombre de salariés du sous-traitant ni les conditions de travail. La population de New York, composée d’immigrés, s’identifia aux victimes et organisa un comité de soutien. Le mouvement syndical utilisa la catastrophe pour dénoncer les conditions de travail. Un jour de deuil a été proposé par un syndicat féminin, les églises et les synagogues et les rues ont été envahies par la foule pour réclamer réparations ainsi que des conditions de travail décentes.
Les propriétaires du Asch building ont été traduits en justice huit mois après la tragédie. Ils étaient défendus par un avocat réputé. Le procès se concentra sur la responsabilité des propriétaires et le devoir pour eux d’avoir connaissance de la fermeture des issues de secours lors de l’incendie. Le jury acquitta les propriétaires mais trois ans plus tard, en appel, Harris et Blanck furent condamnés à payer 75 dollars aux ayants droits de chaque personne qui avait disparue dans la tragédie… à titre d’indemnités.
Cette catastrophe et ses conséquences, qui sont étudiées dans les universités américaines spécialisées en droit, marquèrent le début d’une longue série de lois en matière de droit du travail. La tragédie, inscrite dans l’histoire du peuple américain, a crée un parallèle entre ce mouvement marquant de l’histoire de la lutte ouvrière et les mouvements militants des étudiants américains en faveur de meilleures conditions de travail dans les pays en voie de développement.
M.T.
Mis en ligne le : 19/10/2005 © 2009 Novethic - Tous droits réservés
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