Audits sociaux : utilité et limites d'un système d'autorégulation
L'audit social est aujourd'hui utilisé par des entreprises soucieuses de s'assurer que les salariés de leurs sous-traitants travaillent dans des conditions décentes pour prévenir les mises en cause dont elles pourraient faire l'objet de la part des ONG et des consommateurs, ce qu'on appelle le risque de réputation.
Qu’est-ce que l’audit social ?La commission européenne définit l’audit social comme «
une évaluation systématique de l’impact social d’une entreprise par rapport à certaines normes et attentes ». Le flou de cette définition traduit la difficulté à définir des normes sociale reconnues internationalement. Ceci s’explique par la disparité des droits du travail, liée à la diversité culturelle du rapport au travail. Initialement pour un audit social, un cabinet extérieur analyse la politique de ressources humaines de l’entreprise, en s’appuyant sur les fiches de paye, les contrats de travail, les compte-rendus des réunions de la direction avec les délégués du personnel, les entretiens avec les dirigeants et des représentants du personnel, etc.
Un tel audit permet d’évaluer les risques juridiques pour non respect du droit du travail, de prévenir les conflits sociaux et d’anticiper des risques stratégiques, par exemple en ce qui concerne les départs à la retraite des équipes. Ils peuvent aussi être conduits dans le cadre de la valorisation d’une entreprise, afin de mesurer l’impact de sa politique de ressources humaines sur sa valeur financière.
Au milieu des années 90, la polémique autour de Nike et des conditions de travail chez ses sous-traitants qui recourraient au travail des enfants, a conduit bon nombre d’entreprises occidentales qui ne gèrent aujourd’hui directement quasiment plus que leurs marques, à prendre conscience du risque de réputation lié à la méconnaissance des conditions de travail chez leurs sous-traitants. Elles ont donc fait réaliser des audits sociaux chez ceux-ci.
Un outil mis à profit par la RSE Les audits sociaux chez les sous-traitants sont réalisés par des cabinets indépendants ou des ONG, qui vont dans les usines en question et y interrogent des salariés, des représentants du personnel et des dirigeants sur les conditions de travail. Ces audits peuvent être réalisés en référence à une charte ou code de conduite, propre à l’entreprise donneuse d’ordre, ou à des normes internationales, comme SA 8000. Tous ces référentiels s’inspirent des principes de l’OIT sur le travail des enfants, le travail forcé, la liberté syndicale et la lutte contre la discrimination.
Ces audits constituent un pas en avant dans la reconnaissance par les entreprises de leur responsabilité sur les conditions de travail chez leurs sous-traitants. Cela dit ils rencontrent très vite des limites : problèmes de barrière linguistiques, de différences culturelles, de pratiques des fournisseurs qui, eux-mêmes sous-traitent une partie de la production, et d’incohérence des donneurs d’ordre. En effet, tout en insistant sur l’importance de ces audits, ces derniers négocient les prix au plus bas, et passent souvent des commandes avec des délais si courts qu’ils entraînent mécaniquement des cadences intenables. Enfin, un nombre croissant de critiques s’élève contre le fait que l’audit social ne constitue qu’un diagnostic ponctuel, et ne propose pas de pistes pour résoudre les problèmes qu’il identifie. Or la notion de responsabilité sociale implique d’accompagner son fournisseur vers la mise en place de meilleures conditions de travail, à un coût acceptable.
Pour mieux comprendre comment est née la prise de conscience des diverses parties prenantes sur les conditions de travail dans les usines de sous traitants et quelles réponses y ont été apportées, Novethic vous propose une série d’articles focalisés sur le secteur textile.
Magali Traynard
Mis en ligne le : 19/10/2005 © 2009 Novethic - Tous droits réservés
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