Enjeux environnementaux de l'organisation d'un évènement sportif
La tenue d'une compétition sportive, quelque soit sa nature, a des impacts environnementaux locaux et globaux qui peuvent être, lors de grands évènements, très significatifs. Les organisateurs l'ont bien compris et intègrent désormais les préoccupations environnementales au cahier des charges de ces évènements. La tenue à l'automne 2007, en France, de la coupe du monde de rugby est l'occasion de se pencher sur les impacts et les enjeux de l'organisation de tels évènements.
1) Impacts très importants sur l’environnement :
Les impacts environnementaux directement liés à l’organisation d’une grande compétition sont multiples : les émissions de gaz à effet de serre (GES), les consommations d’eau et rejets de déchets en grande quantité sont les principaux enjeux communs à l’ensemble des compétitions. Selon les évènements, d’autres enjeux peuvent prendre une importance significative : préservation du patrimoine naturel et de la biodiversité (compétitions en montagne et en mer), pollution de l’eau, etc.
Les organisateurs de la coupe du monde de rugby 2007, en France, ont réalisé avec l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) un Bilan Carbone® prévisionnel de l’évènement et ont évalué à 570 000 tonnes de CO2 les émissions de gaz à effet de serre liées à l’évènement. 84% de ces émissions sont liées aux déplacements des personnes (spectateurs et participants). Le tournoi lui-même ne compte que pour 46 000 tonnes de CO2 soit 8% du total des émissions de GES. Le reste (8%) est lié à l’ensemble des autres sources d’émissions de CO2.
Ce type d’évènement, avec 20 pays participants, une compétition se déroulant sur 45 jours et plus de 2,5 millions de spectateurs venant pour certains de l’autre bout de la Terre a donc un impact CO2 principalement lié aux déplacements.
Les jeux olympiques qui sont les plus grands évènements sportifs mondiaux prennent des proportions encore plus importantes : les prochains jeux d’hiver à Vancouver (2010) regrouperont plus de 80 pays, près de 8000 athlètes, plus de 10000 journalistes et 25000 volontaires contribuant à l’organisation ainsi que quelques 3 milliards de téléspectateurs. Il est difficile d’évaluer l’impact de la consommation d’électricité des téléviseurs des téléspectateurs car ceux-ci auraient peut-être regardé la télévision de toute façon, mais 3 milliards de téléspectateurs, à raison de 2 heures par jour pendant les 2 semaines des JO, cela représente environ 2 à 3 millions de tonnes de CO2 (ordre de grandeur), c'est-à-dire autant que les émissions annuelles de pays comme l’Islande, Madagascar ou, en France, l’île de la Réunion ou la Martinique.
2 ) Qualité environnementale des sites d’accueil :
Les compétitions sportives, et notamment les grands évènements, ont des impacts sur l’environnement mais sont aussi tributaires de la qualité environnementale du lieu d’accueil. La tenue prochaine des jeux olympiques à Pékin nous rappelle que le bon état environnemental (ou pas trop mauvais état) est une condition nécessaire à la tenue d’une grande compétition. La pollution, notamment atmosphérique, qui règne aujourd’hui sur Pékin pose de très sérieux problèmes aux organisateurs et la plupart des efforts déployés aujourd’hui ne visent pas à réduire les futurs impacts environnementaux des jeux olympiques mais à réduire la pollution de Pékin et de sa région pour pouvoir accueillir dans des conditions satisfaisantes la compétition en 2008. De grands programmes ont été engagés visant à restaurer des espaces verts et à produire de l’électricité à partir de sources d’énergie autres que le charbon, responsable de la majeure partie de la pollution de la ville etc.
Ces difficultés pékinoises mettent en lumière l’importance d’un environnement préservé pour la pratique du sport et donnent tout leur sens aux démarches entreprises par les organisateurs de grandes compétitions comme les jeux olympiques, les coupes du monde de football, de rugby ou toute autre compétition.
3) De véritables efforts des organisateurs
L’évaluation des émissions de gaz à effet de serre d’un évènement comme la coupe du monde de rugby n’est pas une première. La coupe du monde de football 2006, en Allemagne, avait déjà proposé une évaluation de ses émissions (100 000 tonnes de CO2), bien que sur un périmètre plus restreint interdisant toute comparaison avec l’évaluation faite pour la coupe du monde de rugby 2007.
Plusieurs mesures ont été prises, avec le soutien du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) pour tenter de réduire ces émissions, notamment celles liées aux transports. En France, le comité organisateur a par exemple retenu le train pour le transport des équipes d’un site à l’autre, contrairement à l’avion qui est le moyen généralement retenu. En Allemagne, les organisateurs de la coupe du monde de football 2006 avaient favorisé le recours aux transports en commun avec un certain succès grâce à leur gratuité pour les détenteurs de billets (55% des déplacements des spectateurs pour se rendre dans les stades – ce qui ne dit pas quel aurait été ce chiffre sans cette mesure incitative). Les organisateurs français de la coupe du monde de rugby ont également intégré les transports en commun dans leurs plans pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.
Malgré la prépondérance des enjeux liés aux déplacements des personnes, les autres aspects environnementaux ne sont pas pour autant négligés. La gestion des déchets dans les stades notamment fait l’objet d’une attention particulière afin d’en trier la plus grande partie possible. Certains comités d’organisation, comme celui des Jeux Olympiques de Vancouver, le COVAN, ont mis en place une démarche développement durable complète à l’image de ce que font les plus grandes entreprises . Les enjeux environnementaux mais aussi sociaux et économiques sont appréhendés dans une démarche globale, et une grille recensant les principaux enjeux a été développée. Par ailleurs, le Comité International Olympique s’est doté, dès 1999, d’un agenda 21 et a édité un guide début 2007 à l’attention des organisateurs d’évènements, recensant les principaux enjeux environnementaux à prendre en compte selon les sports.