Le groupe Yum ! manque d'appétit pour la RSE

Entreprises \Politique développement durable

Publié le 08-09-2004

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Propriétaire d'enseignes alimentaires comme Pizza Hut et KFC, le groupe Yum ! est un géant mondial de l'agro-alimentaire qui rechigne à mettre en place une politique de responsabilité sociale structurée et fait l'objet de deux appels au boycott, l'un lancé par un syndicat de producteurs de tomates de Floride et l'autre par le PETA (association de défense des animaux).

Le groupe Yum ! en chiffres
Enseignes : Pizza Hut, KFC, Taco Bell, All american food, Long John Silver's
Nombre de restaurants : 33 199
Nombre de salariés : 840 000
Chiffre d'affaires: 8,38 milliards de dollars
Bénéfices : 1,06 milliards de dollars
Avec plus de 33 000 restaurants dans le monde, le groupe "Yum !" - littéralement Miam ! en français - est le principal concurrent mondial de Mc Donald's. Créé par le rassemblement dans une seule entité des activités hors-domicile de Pepsico, le groupe dispose d'un portefeuille varié d'enseignes qui proposent différents types de spécialités allant des hamburgers aux pizzas en passant par les tacos. Ce choix stratégique de différentiation des enseignes, tout en recherchant des synergies commerciales en terme d'achats, permet à "Yum !" d'occuper la première place mondiale sur certains marchés, comme celui très lucratif de la pizza. Il lui permet en outre d'être un acteur de poids dans l'achat de certains produits agricoles comme la tomate ou le poulet.

Un engagement RSE trop timide

Le groupe jouit d'excellents résultats financiers et a une implantation internationale lucrative aussi bien sur les marchés occidentaux que sur les marchés émergents même si certains comme la Chine sont éthiquement controversés. Sa valeur économique repose essentiellement sur la réputation de ses marques mais "Yum !" tarde à mettre en place une politique RSE volontariste et transparente. Elle se résume, pour l'instant, à une série d'engagements flous et de déclarations de principes présentés dans divers documents dont le "code de conduite" "Yum !" qui est distribué à l'ensemble des salariés du groupe.

Cette déclaration de bonnes intentions est toutefois très éloignée de la publication chaque année dans un rapport annuel des principaux impacts non financiers de l'entreprise. Lors de la dernière assemblée générale des actionnaires (AGA), la direction du groupe a, en outre, appelé à voter contre une motion visant à demander l'élaboration et la publication d'un rapport RSE. Ce refus d'une pratique que mettent en oeuvre aujourd'hui les principaux groupes mondiaux éveille le soupçon des activistes.
 
Les relations fournisseurs, principal risque
 
La stratégie du groupe "Yum !" en matière d'approvisionnement est de respecter intégralement les différentes dispositions des lois applicables dans le pays de production. Cette position semble raisonnable dans de nombreux pays mais conduit à des pratiques moins responsables dans les pays en développement et aux Etats-Unis. Les nombreuses exemptions au droit du travail fédéral dont disposent les exploitants agricoles américains posent particulièrement problème. Ils ne sont ainsi pas tenus d'offrir à leurs ouvriers agricoles un salaire minimum ou de leur garantir un droit syndical.

Cette situation particulière a contribué à développer un système de paupérisation des ouvrier agricoles dont 50% gagnent aujourd'hui moins de 7500 dollars par an (somme inférieure au seuil de pauvreté) et a généré des situations de travail forcé de certains immigrés clandestins. Pour lutter contre cela, certains ouvriers agricoles de Floride travaillant dans la récolte de tomates ont ainsi fondé la "Coalition of Immokalee Workers" (CIW) afin de militer pour une meilleure rémunération et pour une modification des lois sociales de l'Etat de Floride. Ce militantisme passe par un appel au boycott des produits Taco Bell, propriété du groupe "Yum !", un des les principaux acheteurs de tomates. La revendication principale du CIW est le règlement de 2 cents supplémentaires par kilo de tomate ramassé, ce qui suffirait, d'après eux, à assurer un revenu digne aux ouvriers agricoles.
Le choix d'une enseigne de "fast food" comme cible n'est pas anodin. " Les entreprises de fast food ont un énorme pouvoir sur la façon dont ils achètent leurs produits, " déclare Simon Billeness d'Oxfam US. " Les différents standards du groupe Yum ! semblent faibles en comparaison avec ceux de ses concurrents dont notamment le groupe Mc Donald's, " analyse-t-il. Cela a été reconnu par "Yum !" qui s'est récemment déclaré prêt à soutenir les revendications du CIW. "Si le CIW met fin au boycott de Taco Bell, l'entreprise est prête à supporter une solution sectorielle, comme une surcharge de 2 cents au kilo appliquée à tous les acheteurs de tomates de Floride," a ainsi déclaré lors de la dernière AGA David Novak, le PDG de "Yum !". Cette déclaration qui intervient après 3 ans de lutte, ne satisfait toutefois pas les activistes qui considèrent que le groupe devrait s'aligner sur les pratiques de son principal concurrent Mc Donald's.

Le groupe est également confronté à une campagne similaire lancée par l'association de défense des animaux PETA. Malgré la mise en place par "Yum !" d'une " charte de traitement éthique des animaux ", l'ONG refuse de mettre fin à sa campagne tant que le groupe n'adoptera pas les standards minimaux qu'elle prône concernant l'élevage, le transport et l'abattage des poulets. Cette revendication très extrême a été acceptée par tous les grands groupes de fast food américains qui ont subi la même campagne : Mc Donald's, Burger King, Wendy's et Safeway.    

Quelques points RSE forts

L'absence de politique RSE structurée n'a toutefois pas empêché le groupe "Yum !" de devenir leader dans certains domaines importants de la RSE. Outre la gouvernance maintenant fortement régulée par la loi Sarbanes Oxley, "Yum !" a développé une politique volontariste d'intégration des minorités. Le groupe est ainsi classé, par le magazine Fortune, 15ème meilleure entreprise américaine pour la diversité ethnique et sexuelle de son encadrement. Ce classement repose sur la volonté du groupe de privilégier les compétences des personnes et non leur niveau études.

Le refus actuel de "Yum !" d'élaborer et de publier une stratégie RSE ne devrait pas tenir lontemps. La pression de l'opinion publique américaine force déjà le groupe à revoir certaines de ses pratiques. Mais l'élément déterminant entrainant la mise en place d'une stratégie RSE pourrait être le poids croissant des opérations chinoises du groupe. La faiblesse des pratiques sociales de ce pays constitue en effet un risque de réputation important pour les différentes enseignes du groupe, en cas d'appel au boycott. 

Pierre-Marie Coupry
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