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L'entreprise philippine Meralco est l'un des grands bénéficiaires de la libéralisation du secteur de l'énergie philippin au début des années 90. A ce moment la, confronté à des ressources financières réduites et à une corruption endémique, le gouvernement avait engagé une politique de privatisation assortie d'un système de concession de monopoles locaux. En 1994, l'autorité de régulation du secteur avait, en outre, autorisé une augmentation de prix, basée sur une prise en compte de certains aspects économiques de l'activité, comme le coût des devises ou du pétrole, et soumis à un audit a posteriori. Des profits douloureux L'autorisation octroyée et les importants besoins financiers nécessaires à l'investissement dans l'infrastructure ont conduit la société à augmenter significativement ses prix dès 1998. L'audit conduit en 1998 par l'autorité de tutelle a toutefois montré que certaines taxes portant sur les sociétés avaient été incluses dans cette révision haussière des tarifs. La société a donc été enjointe de rembourser le trop perçu à ses clients. Une longue bataille juridique vient de connaître son épilogue avec la confirmation par la Cour Suprême Philippine de la validité juridique des causes de l'ordre de remboursement. Meralco se doit donc de rembourser plus de 550 millions de dollars à l'ensemble de ses clients lésés par des pratiques commerciales douteuses. Cette décision semble donc grandement mettre en péril ne récent positionnement responsable de l'entreprise. De telles pratiques commerciales ne sont en effet pas compatibles avec une stratégie de responsabilité sociale d'entreprise, et ceci d'autant plus qu'il ne semble qu'aucunes provisions pour risque n'aient été effectuées entre 1998 et mai 2003. Bien qu'il soit trop tôt pour l'affirmer, il est toutefois raisonnable de penser que la stratégie RSE de cette entreprise ressortira grandie de cette épreuve. Quelques faits viennent en effet étayer cette hypothèse. Dès l'annonce de la décision de la Cour Suprême du 1er mai 2003, le président de Meralco Jesus Francisco a annoncé à une télévision locale : "l'entreprise tiendra compte de cette décision et l'ensemble des clients lésés sera remboursé." Cette acceptation de la décision de justice a été mise en pratique début juin avec le remboursement effectif de ses clients les plus humbles, ceux qui consomment moins de 100 kilowatts par mois. Les autres clients seront progressivement remboursés en fonction de leurs paliers de consommation et des ressources disponibles dans l'entreprise. Une opportunité stratégique Ce choix d'indemniser prioritairement les clients les plus modestes marque la connaissance qu'a la société de cette population et de ses contingences. Depuis le début des années 1990, Meralco a lancé un "programme d'électrification des zones défavorisées", et notamment des bidons villes. Ce programme a été acclamé par diverses instances internationales comme le Washington Council on International Trade (WCIT) car il a permis d'apporter une source d'énergie fiable et moins onéreuse aux populations les plus défavorisées de Manille. Contrairement aux estimations initiales, Meralco a de plus constaté qu'un tel investissement est viable économiquement. Ce programme a ainsi permis à Meralco de facturer les consommations des habitations illégalement connectées sur le réseau et de celles qui étaient servies par des opérateurs illégaux qui facturaient au prix public de l'électricité "volée". L'entreprise poursuit actuellement cette expérience afin de faire passer son taux de connexion de 92 à près de 100% des habitations de ses zones de couverture. Une implication communautaire La politique d'implication communautaire de Meralco est essentiellement destinée aux quartiers les plus défavorisés desservi par l'entreprise. Différents programmes ont été développés afin de sensibiliser la population aux économies d'énergies et de favoriser l'éducation. Meralco apporte notamment une bourse d'étude à une centaine de collégiens méritants de ces quartiers et favorise l'accès des écoles de ces secteurs aux technologies de l'information en faisant don de ses vieux ordinateurs reconditionnés. Cette implication a abouti sur une " adoption " d'une centaine d'écoles qui reçoivent un soutien technologique et humain de la part de l'entreprise et de salariés volontaires. L'environnement en marge La gestion des impacts environnementaux est l'une des priorités des entreprises occidentales, l'exemple de Meralco montre clairement que ce n'est pas encore le cas au Philippines, et plus généralement dans les pays en développement. L'entreprise s'est certes associée au projet " Manille air pur " en s'assurant que ses véhicules respectent les normes environnementales et en s'engageant dans un programme de reforestation de 100 000 arbres. L'entreprise continue toutefois à acheter une partie de ses besoins en énergie à des entreprises exploitant des centrales électriques au charbon. Ce type de centrale est au cœur d'une campagne internationale lancée par des organisations écologiques comme les Amis de la terre et Greenpeace. Cette campagne a notamment pour but d'alerter les gouvernements sur l'importance des impacts écologiques de ces centrales, tant sur les émissions de CO2 que sur la santé des populations avoisinantes, et de faire cesser l'octroi de crédit export à ces technologies. Le cas de Meralco montre toutes les difficultés pour les entreprises dans les pays en développement de se positionner comme "responsables". Un certain nombre de ses pratiques sont remarquables, tandis que d'autres étaient illégales ou contestables. Les risques potentiels d'une politique commerciale inadaptée sont maintenant bien compris du management de l'entreprise et des procédures transparentes ont été mises en place afin d'éviter qu'un problème similaire ne se reproduise. Les clients de l'entreprise bénéficient maintenant de services de déclaration de leurs consommations novatrices, comme des services en ligne, et d'un accès simplifié à leurs factures ainsi que des formules de révision des prix visés par le gouvernement. De toute évidence, Meralco n'est pas encore une "entreprise responsable" mais elle est aujourd'hui plus consciente de ses obligations sociétales qu'auparavant.
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