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Lord Browne, ex-PDG de BP

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Lord Browne, la sortie précipitée d'un des pionniers de la RSE

Suite à une décision de justice autorisant les tabloïd anglais à diffuser des informations sur sa vie privée, le PDG de BP a remis sa démission au conseil d'administration le mardi 1er Mai. Ce départ précipité survient après deux années difficiles pour le groupe pétrolier britannique.

Dans le contexte économique actuel, dire que le sort des patrons des entreprises multinationales attire peu de sympathie de la part de l’opinion publique est un euphémisme. Et, face au départ du principal dirigeant d’une « super major » pétrolière, ce sentiment oscille généralement entre l’indifférence et une jubilation mesurée, tant ce secteur d’activité symbolise pour beaucoup la quête des profits à tous prix, associée à peu ou pas de considérations pour leurs impacts environnementaux et sociaux. Une fois n’est pas coutume, la démission précipitée de Lord Browne, le PDG du groupe pétrolier britannique BP, est accueillie avec une pointe de nostalgie.

Arrivé à la tête de BP en 1995, Lord Browne a été un acteur majeur de la transformation du secteur pétrolier au cours des douze dernières années. Profitant d’un cours du pétrole au plus bas, il a lancé la consolidation du secteur lors du rachat d’Amoco en 1998 et créé la première « super major ». Il est également le seul à avoir réussi à convaincre Vladimir Poutine, le président russe, de l’intérêt de laisser une entreprise étrangère prendre une participation majoritaire dans un groupe énergétique russe. Ces faits d’armes économiques ne sont toutefois qu’un des aspects de l’héritage de cet homme, qui fut encore récemment qualifié par notre confrère The Economist de « génie des affaires ». En comprenant tôt le risque posé par le réchauffement climatique sur l’avenir du secteur pétrolier, il a été un des premiers dirigeants à engager sa société dans la réduction de ses impacts environnementaux et à investir dans les énergies renouvelables. Une vision symbolisée par le logo à fleur de l’entreprise et par son slogan « Beyond Petroleum ». Derrière la campagne de relations publiques, la décision de prendre ouvertement en compte ce nouveau défi a indiscutablement aidé à sensibiliser le monde des affaires sur l’un des principaux enjeux du 21ème siècle.

Une fin de règne difficile

Malgré l’engagement affiché, force est toutefois de constater que les investissements opérationnels de BP n’ont pas toujours été en rapport avec la garantie de sécurité des employés et la préservation de l’environnement. En causant 15 morts et 170 blessés, l’explosion survenue en 2005 dans la raffinerie de Texas City est ainsi la tragique illustration des dérives occasionnées par la volonté de Lord Browne de maîtriser les coûts. La commission d’enquête dirigée par James Baker a ainsi mis en évidence l’insuffisance de volonté du groupe à consacrer les budgets nécessaires à la sécurité de ses raffineries américaines. Des conclusions indirectement confirmées en août 2006 avec l’apparition de nombreuses fuites dans les pipelines d’Alaska gérés et maintenus par l’entreprise.

Bien que la commission Baker ait écarté toute manœuvre consciente d’économiser sur la sécurité, elle a également mis en lumière le manque de contrôle de la maison mère sur sa filiale américaine. Ce manque de gouvernance interne, conjuguée à une obsession des équipes dirigeantes américaines pour l’optimisation des profits, ont conduit la justice américaine à suspecter la filiale de négoce du groupe d’avoir manipulé les cours du gaz naturel. Cette conjonction d’erreurs managériales ainsi qu’une baisse des réserves prouvée ont conduit le conseil d’administration de BP à reconsidérer leur soutien à Lord Browne. Une défiance qui s’est traduit par un avancement de son départ en retraite de 18 mois et qui devait avoir lieu en juillet 2007.

Un mensonge à 15,5 millions de livres

Déstabilisé mais pas vaincu, Lord Browne a finalement remis sa démission à la suite d’une sombre histoire de mœurs. Afin d’éviter la publication d’une série d’articles sur sa vie privée par le tabloïd « The Mail on Sunday », le dirigeant de BP a saisi la justice. Lors des auditions, il a sciemment diffamé son ancien compagnon et commis un parjure en mentant sur les circonstances de leur rencontre. Démasqué et débouté, Lord Browne a devancé les inévitables critiques sur sa probité en remettant sa démission au conseil d’administration de BP le mardi 1er Mai, soit quelques jours avant la publication de détails sur sa vie privée. En devançant ainsi que quelques mois sa retraite, il abandonne ses droits à une prime de départ de 15,5 millions de livres (22,6 millions d’euros).

Pierre-Marie Coupry
Mis en ligne le : 15/05/2007
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