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Désenclaver le bassin fluvial de la Seine et relier les grands ports du nord de la France au vaste réseau qui parcourt la Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas, c'est ce que devrait permettre la réalisation du canal à grand gabarit Seine-Nord Europe, entre Compiègne et Aubencheul-au-Bac, près de Cambrai. Grâce à une collaboration avec les régions flamandes et wallonnes de Belgique, la liaison fluviale Seine-Escaut, emblématique du Grenelle de l'Environnement devrait être achevée en 2015 et permettre ainsi la navigation des bateaux à grand gabarit (jusqu'à 4 400 tonnes). Soutenu par l'Union européenne (le canal fait partie des 30 projets prioritaires du futur réseau transeuropéen de transport) et par les Pays-Bas pour qui le port de Rotterdam trouverait ici un nouveau champ d'expansion, le projet a reçu le feu vert du gouvernement français le 3 avril dernier. Les travux débuteront en 2011, pour une mise en service 2015. Deux consortiums dirigés par Vinci et Sanef (filiale du groupe espagnol Abertis) se sont déjà portés candidats par voie de presse pour couvrir près de la moitié des 4,2 milliards d'euros que la réalisation du canal devrait entraîner, selon le maître d'ouvrage, Voies navigables de France (VNF). Le reste est réparti à parts égales entre le gouvernement et les collectivités territoriales concernées (à hauteur de 900 millions d'euros chacun), l'Union européenne participant à hauteur de 330 millions. Soit quasiment 40 millions par kilomètre… L'investissement est lourd et on peut s'interroger sur les bénéfices espérés en retour. Certains conseillers régionaux socialistes ont d’ailleurs fait part de leur désaccord, estimant que la participation de leur communes a augmenté considérablement (de 200 millions, d'après eux) par rapport au projet initial. Avantages économiques et écologiques
Le canal Seine-Nord Europe n'est pas conçu comme une simple voie navigable permettant la navigation de bateaux à grands tonnages, bien que ce point reste fondamental. Il se veut un catalyseur d'un développement industriel, porteur d'emplois. « Le projet dépasse de loin le cadre du transport : c'est un véritable projet de développement des territoires, qui s'appuie sur une infrastructure de transport » affirme Nicolas Bour, responsable de la mission Seine-Nord Europe, au sein de la VNF. Clé de voute économique du projet : la réalisation de quatre plateformes multimodales, elles-mêmes interconnectées aux réseaux ferroviaire et routier. « Les collectivités seront associées à l’élaboration de ces infrastructures logistiques mais également aux activités industrielles liées à ces plateformes qui vont drainer activités et emplois » estime-t-il. Et de préciser : « L’ensemble du projet va générer entre 10 000 et 11 000 emplois pendant la période des travaux, dont 4 500 directement sur le chantier en 2011. » « L'infrastructure fluviale la plus importante jamais réalisée depuis 40 ans », comme l'a qualifiée Nicolas Sarkozy, a de quoi réjouir les écologistes qui voient ce mode de transport enfin réhabilité en France, après des décennies de retard. « Seine-Nord Europe participe pleinement à l’objectif fixé par le Gouvernement d’accroître de 25 % la part modale des modes alternatifs au transport routier d’ici 2020 » précise VNF. De fait, la réalisation du canal devrait permettre d'éviter la circulation de 500 000 camions par an dès 2020, notamment sur les autoroutes A1 et A 13, si , comme l'estime le ministère de l'Ecologie, environ 15 millions de tonnes par an pouvaient emprunter cette nouvelle voie plutôt que la route ou même le rail. « Cela représente une économie de 250 000 tonnes de CO² dès 2020 » affirme Nicolas Bour. « D'autre part, cet ouvrage permettra d'améliorer la gestion des crues dans la région, de minimiser les inondations ou encore de transférer de l'eau vers la région lilloise » ajoute-t-il. Quant aux terres agricoles amenées à disparaître, elles ont été compensées à hauteur de 98 %, soit 3% de plus que ce que prévoit la loi, un remembrement étant prévu par la suite. Le problème du stockage des millions de m3 d'excédent de déblais dégagés incombera au futur partenaire, qui sera tenu de valoriser les abords du canal par des aménagements spécifiques.
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