Le Japon sensibilise citoyens et entreprises à l'éco-bilan

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Publié le 17-03-2004

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En lançant prochainement une base de données publiques d'Analyse de cycles de vie de plus de 300 produits, le Japon veut inciter les consommateurs, les entreprises et les collectivités à s'intéresser à l'impact environnemental des produits ou activités auxquels ils ont recours. Une initiative qui s'inscrit dans une démarche plus globale et active en faveur du développement durable. Petit aperçu.

C'est après deux années d'études, menées entre 1995 et 1997, sur les applications des analyses de cycle de vie (ACV), en collaboration avec les plus grandes entreprises, administrations et universités du pays, que le ministère de l'Economie, de l'Industrie et du Commerce japonais (le MITI) a décidé de lancer un programme quinquennal pour généraliser le recours à cet outil de management environnemental. Pierre angulaire de ce programme, une base de données publique, consultable sur le site du Jemai (Association japonaise pour le management environnemental dans l'industrie) permettra aux entreprises mais aussi aux consommateurs, de connaître les ACV de près de 350 produits, tels que des pneus ou des téléviseurs. Egalement connu sous le nom d'éco-bilan, l'ACV permet d'évaluer, de manière scientifique, l'impact environnemental d'un produit, d'un procédé ou d'une activité, et ce, pendant toute la durée de vie de ce dernier et, de plus en plus, recyclage inclus.


Savoir pour améliorer puis anticiper


Ainsi, il est possible de connaître la quantité de matières premières et de déchets produits pour créer une chaise, l'énergie nécessaire à la fabrication d'une voiture ou encore les émissions de gaz à effet de serre liés à une activité de transport routier. L'idée étant de se servir de ces informations pour améliorer, voire concevoir, un produit au bilan écologique le plus positif possible ou modifier ses actes d'achat en conséquence. La méthode des ACV, qui a le vent en poupe dans de nombreux pays, s'inscrit dans les principes de l'écologie industrielle. Elle fait l'objet, depuis plusieurs années, d'une standardisation, à travers notamment la série des normes ISO 14040, relative à l'analyse du cyle de vie des produits.


Faire et faire savoir


Conjointement à la création de cette base de données, le plan quinquennal japonais en matière d'ACV prévoit l'établissement d'outils pour affiner la méthode, l'instauration de règles d'application, et le lancement d'un programme d'éducation et de sensibilisation des citoyens et des entreprises à cette pratique. Un budget conséquent a été alloué à ce programme (196,9 millions de yens pour la première année) et l'ambition ne l'est pas moins : développer l'éco-conception dans les industries, promouvoir les éco-procédés, utiliser le marketing pour favoriser l'achat de produits présentant un éco-label ou une mention en faveur de l'environnement, sensibiliser les administrations aux achats verts, enfin, lancer un chantier éducatif important avec formations d'experts et présentation des ACV dans les programmes.


Une réponse aux enjeux énergétiques


Les informations livrées par une ACV permettent de quantifier le recours aux matières premières et aux différentes sources d'énergie, un enjeu réel pour le Japon : le pays, puissance économique majeure, ne dispose que d'un espace et de ressources naturelles très limités, et connaît une dépendance très forte envers les importations de sources d'énergie (94,4 % selon l'Agence pour les ressources naturelles et l'énergie), dont un recours prédominant au pétrole (51,8 % en 2000). Pour Stéphane Essade, ingénieur-consultant au bureau de Tokyo de JITEX, société française de conseil et de veille technologique qui a mené une étude pour l'ADEME sur la politique environnementale du Japon, " les actions du gouvernement visent principalement à s'affranchir de ces deux contraintes que sont les importations et le recours massif au pétrole. Il est ainsi notamment prévu d'augmenter fortement la part du nucléaire, et de diversifier les autres sources d'énergies fossiles que sont le charbon et le gaz naturel. " Et les énergies renouvelables ? Pour l'instant, elles ne représentent qu'un peu moins de 5 % des sources d'énergies au Japon, et à l'horizon 2010, le Japon espère passer à 6,8 %... Une loi, a été adoptée le 1er avril 2003, pour en promouvoir l'utilisation des énergies nouvelles. Cette loi, dite RPS (Renewable Portfolio Standard) prévoit un recours minimum aux énergies nouvelles et renouvelables pour la production d'électricité au Japon, et demande donc aux producteurs d'électricité de garantir qu'un quota de l'électricité vendue au Japon provienne de ces sources (photovoltaïque, éolien, hydroélectrique...), produite ou achetée.


Une politique volontariste en trois... E


Pour Stéphane Essade, le Japon, qui est à l'origine du protocole de Kyoto, " a un sentiment de responsabilité vis-à-vis de la ratification de ce traité. C'est un thème très présent, à la fois dans les directives de l'Etat et dans les communications des entreprises. " Pour atteindre son objectif, " le Japon doit réaliser des économies d'énergie à hauteur de 56 milliards de litres en équivalent pétrole, un objectif visé et chiffré par la politique énergétique actuelle qui prévoit une économie de 57 milliards de litres, soit plus que la consommation énergétique des ménages, grâce à deux axes majeurs, l'introduction des nouvelles énergies et l'instauration de mesures de conservation énergétique, c'est-à-dire de réduction de la consommation d'énergie. " Deux axes qui viennent servir une politique énergétique au triple enjeu, que l'on désigne couramment par les 3 E : Economic growth, Energy security & Environnemental conservation, soit la croissance économique, l'indépendance énergétique et la limitation des impacts environnementaux.

Sylvie Touboul
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