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L’étude part du postulat qu’une entreprise crée de la valeur lorsqu’elle utilise ou produit, de manière plus efficace que les autres entreprises, une ressource environnementale comme l’eau par exemple, ou un rejet polluant comme le CO2. A titre d’exemple : en 2003, le groupe allemand Henkel a consommé 9,3 millions de mètres cubes d'eau et produit une valeur ajoutée de 2,9 milliards d'euros. En moyenne, les entreprises européennes étudiées auraient produit seulement 380 millions d'euros de valeur ajoutée à partir de la même consommation d'eau. La valeur durable ajoutée de Henkel est donc supérieure de 2,5 milliards d'euros par rapport à la moyenne européenne.
Sept critères écologiques ont été retenus, dont la consommation d’eau, les émissions de CO2, de méthane et d’oxydes de soufre. Au total, ce sont 65 entreprises européennes, de 16 pays représentant 18 branches industrielles, qui ont été analysées. Quatre sont françaises : PSA, Renault, Suez et Airbus. La palme d’or revient au constructeur aéronautique, suivi de PSA (10eme place) et Renault (20eme place), Suez atterrissant dans le rouge (54eme place). La valeur de référence fut définie par la moyenne des émissions et de l’utilisation des ressources environnementales produite par l’Europe des 15. Ainsi Airbus, l'entreprise la plus "éco-efficace" en Europe, a atteint une création de valeur durable 4,5 fois supérieure à la moyenne européenne. Résultat de l’enquête : sur les 65 entreprises examinées, seules 29 utilisent leurs ressources environnementales de manière écologiquement efficace, les autres détruisant des milliards d’euros. Grande résonance de l’étude
"Jusqu'à présent, la performance environnementale des entreprises n'était pas décrite en termes financiers, si bien que cette notion était difficilement interprétable par les marchés financiers et les décideurs économiques," explique Tobias Hahn, chercheur à l’IZT de Berlin et co-auteur de l’étude. "L’étude montre de manière très lisible quelle entreprise produit de la valeur avec un minimum de dommages écologiques en utilisant des ressources environnementales limitées," résume-t-il. Et les places financières semblent avoir été séduites par la méthodologie développée dans l’étude. Selon le chercheur, la résonance médiatique qui a suivi la publication de l’étude en Allemagne a été importante, non seulement de la part de la communauté financière mais également de la part des entreprises. "Nous avons été contacté par les 65 entreprises que nous avions examinées mais également par d’autres," se réjouit Tobias Hahn.
L'étude, intitulée Advance, a été menée par Tobias Hahn de l'IZT de Berlin (institut des études prospectives et d'évaluation technologique), et Frank Figge du centre écossais SDRC (centre de recherche pour le développement durable), qui furent épaulés par quatre agences de notation (dont le centre allemand Scoris). L’étude fut financée par l’Union européenne dans le cadre de son programme Life Environnement. Tobias Hahn explique en effet que l’Union s’est donné pour but d’ici 2010 non seulement d’augmenter le produit national brut mais également de réduire les dommages écologiques. C’est pourquoi les auteurs ont divisé leurs travaux en deux : ils ont, dans un premier temps, examiné les performances environnementales des entreprises sur trois années, de 2001 à 2003. Puis, à partir de ces données, ils ont établi un pronostic des performances futures, à l'échéance 2010. "Les objectifs économiques et environnementaux définis par l’Union nous ont permis de fixer une valeur de référence (benchmark). C’est à la base de cette référence qu’il nous a été possible de ensuite de quantifier la valeur durable qu’une entreprise devra produire d’ici l’échéance de 2010," précise le spécialiste environnemental.
L’accessibilité des données demeure un problème
Pour leurs calculs, les chercheurs se sont appuyés sur les données publiées et rendus accessibles par les entreprises. Aussi, les sites internet comme les rapports financiers des entreprises ont-ils été passés au crible de leur méthodologie. Or, "la recherche des données écologiques des entreprises reste un grand problème. Seul un nombre restreint d’entreprises publie un rapport écologique de bonne qualité," regrette Tobias Hahn. C’est pour cette raison que seules les chiffres concernant l’entreprise même ont été considérés, et non ceux de leurs fournisseurs ni de leurs produits finaux. Une faiblesse, selon Tell Münzing, du Think Tank londonien Sustainability, cité par la Frankfurter Rundschau. C'est ainsi qu'une entreprise comme Airbus atterrit en première position du fait de sa meilleure utilisation des ressources. Or ne sont pas considérés des points importants comme la consommation d'énergie pour la production de l'acier, ni l'impact environnemental du produit, relève Tell Münzing." "Mais au vu de l’intérêt suscité par l’étude auprès des entreprises, on peut penser qu’elles feront plus d’efforts pour rendre plus accessible leurs données écologiques. Notre étude aurait là un impact imprévu, mais fort positif," espère Tobias Hahn.
De même, seuls les aspects écologiques ont été pris en considération, et non l’aspect social, en raison même de la difficulté à obtenir des données fiables et précises. Tobias Hahn distingue trois catégories de mesures sociales : il y a celles qui sont quantifiables, comme le nombre d’employés ou celui des accidents au travail. Puis celles que l’on doit chercher soi-même car elles ne sont pas publiées, et enfin celles qui s’avèrent incalculables, car trop subjectives. Il reste que pour les chercheurs, la dimension humaine fait partie intégrante du concept de la valeur durable. Au moins les auteurs de cette étude tentent de fournir des outils pour que la communauté financière cesse de percevoir les questions environnementales uniquement comme une contrainte de coût mais aussi comme une opportunité de valeur.
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