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L'évaluation des politiques des entreprises sont aujourd'hui des données intégrées par des agences de notation mais elles les vendent à leurs clients. La visibilité de cette étiquette pourrait également renforcer la pression sur les entreprises. Le projet est réalisable pour les fondateurs de LaRevueDurable, grâce à l’élaboration d’un nouvel outil d’évaluation, Envimpact, mis au point par deux acteurs suisses de l'ISR : la banque Pictet et l’agence de notation Centre Info. Explications de Susana Jourdan et Jacques Mirenowicz.
Novethic : Vous appelez à la création d’une étiquette CO2 pour les titres des sociétés cotées en bourse et les fonds de placement. Pourquoi et quelle peut-être sa finalité ? LRD : Il devient clair pour tout le monde que le changement climatique est notre problème écologique numéro 1, et que c’est un problème grave. Connaître les émissions de CO2 des entreprises cotées permettra aux consommateurs comme aux investisseurs de faire des choix en connaissance de cause. Or, aujourd’hui, cette information est payante. Nous pensons qu’une information aussi simple et efficace doit être publique. D’où l’idée de créer une étiquette CO2 pour les titres et les placements
Le C02, enjeu de concurrence entre la SNCF et Air France
Si elles n'ont pas encore leurs étiquettes C02, les deux grandes entreprises françaises de transport ont déjà fait des émissions de gaz à effet de serre un enjeu commercial. La SNCF propose, depuis le mois d'octobre, un écocomparateur sur son site voyagesncf.com. Il permet, pour chaque destination, d'afficher trois critères : le prix, le temps de trajet et le volume d'émissions de CO2 que représente le voyage. Ce dernier peut être comparé aux émissions équivalentes pour le même voyage, en voiture ou en avion. Or le patron d'Air France-KLM s'est d'ores et déjà élevé contre cet indicateur dont il conteste les modes de calcul. L'exemple donné par la SNCF est celui de Paris-Nice : 7,4 kilos pour le train, plus de 200 pour l'avion. Pour le dirigeant de la compagnie aérienne on ne tient pas compte de la vitesse de pointe du TGV qui, à 306 km/heure, aurait des besoins énergétiques équivalents à ceux de l'avion. La polémique a pris suffisament d'ampleur pour que l' Ademe publie un communiqué de presse, le 24 octobre, pour confirmer les chiffres avancés et la méthode de calcul. Elle a aussi annoncé avoir mis en place un comité de pilotage incluant tous les grands acteurs français du transport dont Air France pour actualiser une étude sur les efficacités énergétiques des différents modes de transports.
financiers.Existe t-il un précédent ? LRD : Oui, et c’est ce qui nous pousse à proposer cette étiquette CO2. Un organisme britannique, Trucost, dédié à l’évaluation de l’impact environnemental de l’activité économique, a publié, en juin 2006, les émissions des 44 plus grands produits financiers du pays. Pour 15 300 euros placés, le produit financier le plus émetteur en CO2 émettait 14 tonnes annuelles de plus que le mieux noté. Un Européen émet, en moyenne, 10 tonnes de CO 2 par an. On voit combien un investisseur, même si ses placements sont modestes, peut avoir un impact important sur le changement climatique. L’idée de cette étiquette CO2 vous est venue car un nouvel outil de notation extra-financière, Envimpact, vient d’être mis au point par deux acteurs suisses de l'ISR. De quoi s'agit-il ?LRD : L’idée de l’étiquette CO2 nous semble réalisable car un nouvel outil de notation, Envimpact, vient d’être mis au point par l’agence de notation Centre Info et la banque Pictet. A Genève, Envimpact est déjà testé par un investisseur ISR, la fondation Ethos. Cette méthode consiste à se focaliser sur l’impact majeur environnemental d’une entreprise en prenant en considération l’ensemble de ses activités, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie des produits qu’elle fabrique, en passant par leur usage. C’est une approche différente de la notation habituelle, qui, sur le plan environnemental, regarde uniquement les sites de production, le management environnemental, la mise aux normes, les économies d’énergie et d’eau, la gestion des déchets mais n'intègre pas forcément les émissions de gaz à effet de serre générées par les produits. Centre Info a donc mis au point une méthodologie intégrant tous les éléments et est en mesure de calculer les émissions de CO2 globales de 1 800 entreprises mondiales. Cet indicateur bouleverse la hiérarchie habituelle de la notation extra-financière. Si on prend le secteur automobile, Daimler Chrysler est souvent classée comme entreprise « durable » par la plupart des agences de notation, parce que ses sites sont classés ISO 14001 et parce que l’entreprise s’engage sur divers chantiers pour réduire les émissions de CO2 de ses voitures. Avec Envimpact, la note du constructeur américain est bien différente, car la marque vend majoritairement de grosses cylindrées énergivores et polluantes, ce qui implique de fortes émissions de CO2. Dans ce classement, c’est le constructeur français Renault qui arrive en tête, car la moyenne des émissions de ses voitures (de calibre moyen) est 1,6 fois moindre que celles de Chrysler. Quelles sont les limites de la notation sociale et environnementale actuelle, auxquelles Envimpact apporterait selon vous un complément « révolutionnaire »? LRD : Comme le fait remarquer Christophe Butz, chargé de la recherche sur la durabilité à la banque Pictet, à Genève, la notation environnementale actuelle présente trois lacunes majeures, que vient en grande partie combler Envimpact. Elle repose sur du déclaratif, c’est-à-dire les informations données par les entreprises. Elle repose également sur les promesses et les engagements, au lieu de regarder et d’évaluer l’existant. Enfin, troisième écueil, la notation n’évalue pas l’impact global de l’activité, entre autres l’impact lié à l’utilisation des produits fabriqués ou commercialisés. Envimpact n’a pas vocation à remplacer la notation actuelle, mais à la compléter et à la simplifier en allant à l’essentiel.
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