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« Incontestablement, la France manque de toxicologues » écrivait le sénateur du Pas-de-Calais Michel Sergent dans une question ouverte au Ministère de la santé, en 2004. 15 ans plus tôt, un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) constatait déjà le manque de personnel dans les départements de recherche en toxicologie en France, et plus généralement en Europe. Déjà à l’époque, l’avènement de la pharmacochimie nécessitait plus de compétences en toxicologie. Aujourd’hui, avec l’explosion des nouvelles technologies (champs électromagnétiques) et la mise sur le marché de substances pour lesquelles tous les tests de toxicité n’ont pas encore été réalisés (nanoparticules), cette pénurie pourrait devenir dangereuse. Les instances françaises ont doucement pris conscience de cette carence. Un premier réseau de recherche en toxicologie-écotoxicologie a été créé en 2007 par la région Rhône-Alpes. Mais le Grenelle de l’environnement a été un « déclencheur » selon Frédéric Bois, délégué scientifique de la direction des risques chroniques à l’INERIS. Le Comité opérationnel sur la recherche proposait, dans un rapport daté de septembre 2008, de « mettre en réseau l’ensemble des acteurs de la recherche » et de « créer un pôle national couplant la toxicologie et l’écotoxicologie et de lui donner les moyens d’atteindre une dimension internationale ». Plus précisément, la création d’un tel pôle fait partie des engagements du Grenelle affectés au deuxième Plan national santé environnement (PNSE2), qui devrait être présenté au second trimestre 2009. Un pôle pour centraliser les données en toxicologie L’inauguration, jeudi 15 janvier, du Pôle national applicatif en toxicologie et écotoxicologie s’inscrit donc dans un effort de la France pour rattraper son retard. Le pôle picard se veut un centre de référence sur les méthodes d’évaluation des produits chimiques alternatives aux essais sur animaux. Il réunit autour de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) près de 1600 ingénieurs, chercheurs et enseignants de nombreuses structures scientifiques*. « Le pôle permettra de coordonner les études et de fédérer les toxicologues » estime Frédéric Bois. En plus des dotations propres aux quatre organismes fondateurs (INERIS, UTC, UPJV et Institut LaSalle Beauvais), la plateforme sera dotée par la Grenelle de l’environnement de 5 millions d’euros par an pendant 5 ans. L’INERIS consacrera également 3 millions d’euros à un programme initié avec la Fondation UTC pour l’innovation, et qui a pour objectif de « développer une toxicologie et une écotoxicologie prédictives, réduisant ainsi le recours à l’expérimentation animale et étant plus efficace dans la détection des risques émergents ». L’effet Grenelle et l’effet REACH Concrètement, le pôle toxicologie-écotoxicologie permettra d’unir les forces d’instituts scientifiques, d’université et d’écoles, pour avancer dans des domaines où les résultats scientifiques se font attendre. « Des sujets que le Grenelle de l’environnement a remis sur la table » explique Frédéric Bois. Parmi lesquels l’exposition aux perturbateurs endocriniens, aux champs électromagnétiques, aux pesticides, la multi-exposition ou “effet cocktail”, ou encore la toxicité et la persistance des nanomatériaux. C’est un pôle de recherche applicative, et non fondamentale ; c’est-à-dire que les laboratoires testeront des substances déjà présentes sur le marché, afin d’en déterminer la dangerosité pour la santé de l’homme et pour l’environnement. Une équipe mixte INERIS-UPJV, intitulée « PériTox » pour « périnatalité et risques toxiques », étudiera spécifiquement les effets sur les femmes enceintes et les nouveau-nés. A terme, les chercheurs du pôle devront analyser les technologies avant leur mise sur le marché, dans le cadre de la réglementation européenne REACH, en complément des études déjà menées par les industriels. Il s’agira alors d’anticiper les risques, et non plus de les évaluer a posteriori. Le manque de toxicologues compétents était d’ailleurs un argument lancé par les industriels pour dénigrer le projet de réglementation. Le vrai rôle de ce pôle, selon le docteur Michel Falcy, toxicologue à l’INRS, sera d’ « aider les industriels à monter leurs dossiers pour REACH ». La mise en œuvre de REACH exige également de développer les méthodes alternatives aux tests sur animaux – un des grands axes du pôle. « REACH a clairement accéléré la création de ce pôle national. Auparavant pour étudier les 50 substances par an, on se partageait le travail. Aujourd’hui, la demande a pris une autre dimension » explique Frédéric Bois. Des lacunes en formation « Ce pôle répond à une partie du problème, car il s’agit de recherche applicative. Mais il manque toujours un cursus pour former des toxicologues généralistes » soutient le docteur Falcy. La remarque avait déjà été formulée en 2007 par Marie-Christine Blandin, dans son rapport sur les risques chimiques au quotidien. La sénatrice du Nord avait même suggéré la création d’une « chaire d’enseignement de la toxicologie au Conservatoire national des arts et métiers ». Les lacunes de formation sont un sujet sur lequel les acteurs du projet travaillent, selon Frédéric Bois. « Cette plateforme n’aurait pas pu se monter sans les universités et écoles » soutient-il. * l’Université de technologie de Compiègne (UTC), l’Université de Picardie Jules Vernes (UPJV), l’Institut polytechnique LaSalle Beauvais, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), etc.
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