Perturbateurs endocriniens : l'appel des chercheurs

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Publié le 09-09-2005

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Spermatozoïdes anormaux
Spermatozoïdes anormaux
(A.Salzbrunn)

La baisse de la qualité du sperme humain tout comme l'augmentation de cancers des testicules, ont alerté la communauté scientifique. Elle cherche à identifier les éléments environnementaux qui viennent perturber le système hormonal. En mai 2005, les chercheurs ont lancé un appel pour que leurs travaux se poursuivent et soient pris en compte.

Produits phytosanitaires, polluants chimiques, agents plastifiants, hormones de synthèse issues de la pharmacologie ou hormones naturelles, rejetées par des incinérateurs défaillants, voilà ce que les chercheurs appellent des "perturbateurs endocriniens." Ces éléments présents dans l'environnement sont responsables de troubles du système hormonal de différents êtres vivants. Pour les chercheurs, ils expliquent en partie la baisse de la qualité et de la quantité de sperme humain dans certaines régions du monde, l'accroissement de cancers des organes reproductifs comme les testicules mais aussi des cancers du sein, ainsi que la croissance de malformations génitales, notamment chez les jeunes enfants mâles.

Mis en avant au début des années 90, ce concept de "perturbateur endocriniens" a connu un retentissement important des deux côtés de l'Atlantique, a bénéficié de l'attention des media et provoqué la réaction des politiques alors même que les premiers articles de recherche sur le sujet étaient publiés. Cet élan a permis notamment de mettre en évidence ce qu'on a appelé la "féminisation" des poissons.

Il y a 2 ans, la Commission européenne a fondé EDEN un programme de recherche sur les perturbateurs endocriniens. Début mai 2005, EDEN a fait le bilan de deux années d'études, à Prague, lors d'un groupe de travail du CREDO (Cluster for Research on Endocrine Disrupters in Europe), consortium de plusieurs laboratoires européens travaillant sur cette question. "Il faut comprendre que ces questions mobilisent toutes les disciplines, l'écologie, la chimie, la toxicologie, l'endocrinologie ou encore la zoologie. Aujourd'hui, ce sont 23 laboratoires européens qui travaillent de concert," explique Bernard Jegou, directeur de recherches à l'Inserm et membre d'EDEN. Si ces recherches ont déjà permis de mieux comprendre les mécanismes en jeu et notamment la probable origine multi-factorielle des troubles et maladies observées – l'alimentation, le mode vie ou le stress jouerait aussi leur rôle -, il reste beaucoup à faire.

Par exemple, sur la diminution des caractéristiques du sperme humain, les études menées jusqu'ici ont été rétrospectives, s'appuyant sur la littérature existante sur le sujet et les archives des laboratoires. Pour Bernard Jegou, "Il faut maintenant mettre en place des études prospectives pour suivre ces évolutions à partir d'aujourd'hui et jusqu'à 10, 20 ou 30 ans. Pour ce faire la garantie d'un financement à 4 ans d'un programme de recherche ne suffit pas."

Face à l'érosion des crédits alloués à la recherche, notamment aux Etats-Unis, les chercheurs européens souhaitent que le prochain PCRD (Programme Cadre de la communauté européenne pour des actions de Recherche, de Développement technologique et de démonstration) continue de soutenir leurs efforts.  Ils ont donc été plus d'une centaine à signer la Déclaration de Prague. "Le PCRD définit la politique de recherche communautaire. Nous demandons qu'il confirme ce qui est déjà en place et la poursuite des travaux. Nous voulons être certains que ces coopérations transnationales en Europe puissent continuer," commente Bernard Jegou. Il ajoute : "Nous redoutons que les aides soient morcelées et que chaque laboratoire aille de son côté à la pêche aux subventions. L'échelle du temps scientifique est longue, le travail commun mis en place est un exploit, il ne faut pas qu'il soit brisé."

Cet appel collectif demande que l'effort politique, financier et de régulation se poursuive. Non seulement ces chercheurs réclament le maintien de leurs financements mais ils souhaitent également la mise en place de règles sur les produits contenant des perturbateurs endocriniens. Ils demandent dès à présent que les substances dont les propriétés de "perturbateur endocrinien" sont connues fassent partie du programme REACH.
S'inscrivant dans une démarche de préservation de la biodiversité, cette Déclaration de Prague rappelle que le défi scientifique posé par les perturbateurs endocriniens suppose un financement et une organisation de la recherche sur le long terme pour bien comprendre leurs mécanismes, leurs interactions et les conséquences sur la vie humaine et naturelle. Pour tous ces scientifiques, "c'est cela qui participera au mieux à la protection de la santé des citoyens européens et de leur environnement."

Christophe Brunella
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