"Aidons-les à nous nourrir" ou encore "Consommons ce que nous produisons, produisons ce que nous consommons", deux slogans pour une campagne lancée officiellement le 25 juin par l’Acdic avec un repas offert aux députés camerounais à Yaoundé. L’Acdic (Association citoyenne pour la défense des intérêts collectifs), fort d’un premier succès en 2005 avec une campagne de plaidoyer qui a conduit à l’interdiction des importations de poulet congelé européen au profit de la filière avicole nationale, se lance à l’assaut de la souveraineté alimentaire.
Le Cameroun, considéré comme le grenier de l’Afrique centrale du fait de la diversité des denrées cultivées et du potentiel des terres agricoles, souffre pourtant de l’appauvrissement de sa population rurale (2/3 de la population active) et d’un recours grandissant aux produits importés. Par exemple, le pays importe 150 000 tonnes de riz chaque année depuis 10 ans soit 71 % de la consommation nationale, malgré des investissements considérables pour développer le secteur rizicole dans les années quatre-vingts. Mauvaise gestion, désengagement de l’Etat, obligation d’ouvrir le marché dans le cadre des plans d’ajustement structurels négociés avec les institutions financières internationales constituent les raisons de cet état de fait. Les filières lait, maïs, blé souffrent des même mots selon l’Acdic. Résultat, les habitudes de consommation changent et l’attrait pour les produits importés s’accentue.
"Le milieu rural est pauvre. Les systèmes d’épargne crédit ne fonctionnent plus normalement, tout comme les mutuelles de santé. Il faut injecter de l’argent frais car les paysans ne vont pas l’enterrer. Et tout cet argent reviendra à la ville aussi," lance Bernard Njonga, le président de l’Acdic. Financer directement les paysans est une priorité pour l’ingénieur agronome, transformé en lobbyiste des causes citoyennes : "Regardez les producteurs européens, ils perçoivent des subventions à la production. Pourquoi les Camerounais, dont l’agriculture est émergente, n’auraient-il pas droit au même système ?"
Pour convaincre consommateurs et élus, l’Acdic a enquêté durant un an afin d’évaluer six filières agricoles (lait, riz, maïs, oignon, tomate et huile de palme), a commandité des sondages sur les modes de consommation et évalué l’usage des fonds destiné au développement rural. L’Acdic établi un constat sévère. Selon l’ONG, sur la base du budget 2004, sur 100 FCFA attribués au Minader (Ministère de l’agriculture et du développement rural), 5 FCFA arrivent sur le terrain. Aider directement les producteurs, favoriser la production nationale, inciter les Camerounais à consommer camerounais forment le triptyque des propositions de l’Acdic.
"Nous avons six mois pour battre le fer," explique Bernard Njonga. Six mois avant le vote de la prochaine loi de finance. Un objectif plus qu’ambitieux. Mais l’Acdic ne sera pas seule. Un atelier régional organisé en mai 2006 a initié la duplication de la campagne dans huit pays de la sous région, via des ONG partenaires. Et la campagne Alimenterre à l’automne 2006, animée par un groupe d’ONG réunies au sein du CFSI (Comité français pour la solidarité internationale), relaiera notamment le travail de l'Acdic en France.
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