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Sida : les laboratoires refusent le partage des brevets

Une nouvelle campagne contre les brevets des traitements anti-sida a été lancée en Allemagne. Les laboratoires Abbott, Bristol Myers-Squibb et Gilead sont interpellés par une centaine d'organisations caritatives, religieuses et médicales. Objectif : créer une « communauté de brevets » permettant aux autres laboratoires de les utiliser moyennant finance.

Trois laboratoires pharmaceutiques - Abbott, Bristol Myers-Squibb et Gilead - ayant développé de nouveaux traitements anti-sida ont aussitôt déposé des demandes de brevets en Inde. Le pays produit en effet la plupart des médicaments génériques vendus à bas prix dans les pays en développement, permettant  de soigner de nombreux malades. Ce qui ne serait plus le cas si le pays acceptait un jour de délivrer des brevets sur ces traitements (voir article lié). D’où la nouvelle campagne des ONG allemandes, visant à convaincre les trois groupes pharmaceutiques de retirer leurs demandes de brevetabilité. Si leur demande devait aboutir, elle aurait en outre un autre impact : mettre en échec un projet innovant, celui de  la « communauté de brevets » ("Patent pool"), un outil qui demande aux multinationales pharmaceutiques de mettre leurs brevets en commun et qui autorisent ceux qui en ont besoin à les utiliser moyennant le paiement de royalties.
Présenté lors de la Conférence mondiale sur le sida à Mexico en août dernier, ce projet permettrait a priori de concilier intérêts financiers des multinationales et intérêts économiques, sociaux et sanitaires des pays en développement.  

Des brevets qui font augmenter les prix

Selon les chiffres de ONUSIDA, près de 6,5 millions de personnes dans le monde nécessitent un traitement antirétroviral. Or seulement 1,6 millions d’entre eux ont accès aux médicaments nécessaires. Principalement en raison des brevets apposés sur les médicaments par les multinationales occidentales du médicament. « Les brevets appartiennent aux entreprises pharmaceutiques et protègent les prix et les profits pendant vingt ans. Car les brevets augmentent les prix des médicaments par manque de concurrence, seul le détenteur du brevet dicte les prix », explique Astrid Berner-Rodoreda, porte-parole de la campagne « Leben vor Pharmaprofit! » (La vie avant les profits de l’industrie pharmaceutique) lancée par le réseau d’ONG allemandes.  

Une alternative existe pourtant. En Chine, au Brésil, en Thaïlande, mais surtout en Inde, des entreprises nationales produisent des "copies" de ces médicaments, les médicaments génériques. Avec pour conséquence une chute spectaculaire des prix du traitement : de 10 000 dollars à 130 dollars par an et par patient, selon la porte-parole de la campagne. Mais cette production se voit menacée par la demande de trois laboratoires, Abbott, Bristol Myers-Squibb et Gilead. Ces derniers ont posé leurs demandes de brevetabilité de leurs médicaments antirétroviral auprès des autorités indiennes. « Si leurs demandes devaient aboutir, cela signifierait ni plus ni moins une baisse très importante de la production de médicaments génériques. Et ceci advient alors même qu’une nouvelle génération de médicaments voit le jour, plus efficace et qui diminuent très sensiblement les effets secondaires des traitements actuels », poursuit Astrid Berner-Rodoreda. 

Les demandes de brevets concernent des médicaments dits de deuxième ligne. Il s’agit de médicaments attribués à une deuxième phase du traitement, en raison de la résistance pharmacologique du patient ou des effets secondaires. Or, ces traitements coûtent environ 500 dollars dans les pays les plus pauvres, dans beaucoup de pays en développement, ils dépassent les 1000 dollars par an et par patient – et deviennent par conséquent inabordables.

Refus des laboratoires

Face à cette situation, les ONG allemandes et autres, se montrent très favorables au projet de communauté de brevets. Ellen‘t Hoen, directrice à la Campagne d'accès aux médicaments essentiels à Médecins sans frontières explique que  « pour pouvoir produire ces associations de médicaments, il faut surmonter les obstacles que constituent les brevets parce qu'associer trois produits différents dans un seul comprimé implique parfois de traiter avec trois détenteurs de brevets différents. Ainsi, chaque fabricant qui a besoin de ces brevets doit traiter avec les détenteurs des trois différents brevets. Il est donc très difficile d'arriver à un accord. "

Ce processus, simplifié grâce à un « guichet unique » aussi bien pour les détenteurs de brevets que pour les entreprises qui ont besoin d'utiliser ces brevets, faciliterait donc la production. Si l’organisation française se sent « encouragée » par les premières réactions des entreprises concernées, le réseau d’ONG allemandes se montre plus pessimiste : « Si certains groupes pharmaceutiques se sont montrés ouverts à la proposition, certains sont restés cramponnés à leurs intérêts financiers », dénonce Astrid Berner-Rodoreda. Des entretiens ont pu avoir lieu entre Abbott,  Gilead et des représentants du réseau allemand pendant la conférence de Mexico, mais ces derniers ont décliné toute concession au projet de communauté de brevets. La question est de savoir jusqu’à quand.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
Mis en ligne le : 30/09/2008
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