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Disney peut-il se dédouaner en faisant porter la responsabilité sur ses licenciés des conditions sociales règnant dans des usines fabriquant des vêtements pour ses marques ? Telle est la question que pose la dernière campagne de l'association de défense des droits de l'homme, Réseau solidarité. L'association y répond par la négative et demande à ses 5 000 adhérents d'envoyer " une lettre à Picsou " adressée à M. Coen (président de Walt Disney Company Europe), et lui demandant d'intervenir auprès du président de Disney, Michaël Eisner, pour qu'il rétablisse des relations commerciales avec l'usine Shah Makhum, au Bangladesh.
Rappel des faits Pendant huit ans, les ouvrières de l'usine Shah Makhum, au Bangladesh, ont travaillé dans des conditions sociales et humaines épouvantables. 60 à 70 % de leur production partaient alimenter les boutiques diffusant les produits Disney. Pendant huit ans, elles ont travaillé de 8 heures du matin à 22 heures, parfois même minuit, et ce 7 jours sur 7, dans un silence imposé à coup de brimades physiques et morales, sous une chaleur étouffante, avec des sanitaires insalubres, sans aucun jour de vacances ni droit à un congé maternité, l'usine préférant renvoyer les femmes enceintes. Disney a certes organisé douze audits sociaux tout au long de ces années pour vérifier l'application de son code de conduite maison. Chaque fois, le diagnostic restait positif et encourageait le recours à ce site de production. Mais en octobre 2001, changement de situation : les jeunes ouvrières réclament publiquement le respect de leur droit sociaux et humains. Une journée de repos hebdomadaire, l'arrêt de tout harcèlement physique et moral, la rétribution normale des salaires et la cessation des heures supplémentaires abusives, enfin le respect de la loi en matière de congés maternité. Une avancée historique Cette revendication prouve que le code de conduite n'est pas appliqué, les ouvrières dont le témoignage sera recueilli ignorent même son existence ! Dans ce cas, selon l'association Réseau solidarité, " les licenciés Disney ont pour " mot d'ordre " de cesser de travailler avec ces sous-traitants ". Pour Réseau solidarité, le comble semble être que " pour justifier son attitude, Disney invoque son code de conduite. En réalité, elle utilise ce code pour faire pression sur les ouvriers qui défendent leurs droits en les menaçant de fermer leur entreprise et de les priver de travail ". Cette pratique a pour nom le " Cut and Run " (on coupe les ponts et on va ailleurs). En mars 2002, le licencié Jerry Leigh, donneur d'ordre de l'usine Shah Makhum, cesse brutalement toute commande. Pourtant, la réaction de l'usine, sous la pression d'organisations locales et de campagnes internationales, est "sans précédent ". Les dirigeants, espérant sans doute reconquérir un marché vital pour eux, entreprennent de réels changements, relatés pas Réseau solidarité : " L'usine est nettoyée et repeinte, de nouvelles lumières sont installées, les toilettes sont réparées ... En outre, les travailleuses obtiennent leur journée hebdomadaire de repos ainsi que des jours fériés officiels et religieux. Les traitements abusifs sont supprimés et les ouvrières respectées. Un petit service de santé a même été ouvert. Les personnels sont désormais payés à temps. " Autre nouveauté importante sur le terrain de la responsabilité sociale : l'usine accepte un contrôle indépendant, donnant ainsi plus de garanties en terme de respect du code de conduite tant réclamé par Disney. Une pression permanente face à un silence persistant Alors comment interpréter le mutisme de Disney face aux nombreuses interpellations, dont celle de Réseau solidarité qui reprend une vaste campagne menée par l'association américaine Labor National Comitee (LNC) depuis plusieurs années. Si Disney, par l'intermédiaire de Jerry Leigh, ne renouvelle pas ses contrats avec cette usine, l'attitude " exemplaire " de Shah Makhum risque de rester isolée, les prochaines usines dans lesquelles des revendications se feront jour préférant étouffer les plaintes plutôt que de perdre des marchés. Pressé par un membre de l'église presbytérienne, au cours d'une assemblée générale d'actionnaires en avril 2003, d'intervenir auprès de son licencié Jerry Leigh, le patron de Disney, Michael Eisner, a répondu en faisant l'éloge des ouvrières bangladaises : " Ces femmes ont réalisé un travail fantastique en faisant changer les choses ainsi et en mettant leur usine au niveau des standards auxquels elle devait être, et nous soutenons cette initiative. " Mais, malgré cet aveu, que le LNC, qui relate ces propos, analyse comme la reconnaissance d'une situation gagnant-gagnant pour l'usine comme pour Disney, Michaël Eisner a maintenu qu'il " n'était pas légalement habilité pour les (en parlant des licenciés) faire retourner là-bas ". Cet argument est réfuté avec véhémence par les ONG qui en appellent à la responsabilité de Disney : " La situation de Shah Makhum au Bangladesh est nouvelle, car cette fois, le propriétaire a fait les efforts nécessaires, accepté un contrôle indépendant et donne donc toutes les garanties de respect du fameux code de conduite. Il ne pourra pérenniser cet effort que si son ancien donneur d'ordre accepte de passer avec lui de nouveaux contrats. " Mais les associations craignent que ce soit justement ce contrôle indépendant, gage d'un mieux-disant social et pouvant servir de modèle pour d'autres usines, qui " inquiète " tant Disney. Elles maintiennent donc leur pression. Une survie économique en jeu
Une pression d'autant plus importante que l'enjeu dépasse le cadre de cette usine Shah Makhum. L'IBLF (International business leaders forum), associée à cinq autres organisations britanniques et bangladaises, travaille actuellement sur la mise en place d'une formation à l'amélioration des conditions de travail, à destination des responsables de l'encadrement dans les usines bangladaises. L'IBLF n'hésite pas à dire que la responsabilité sociale et environnementale pourrait bien être un argument marketing indispensable pour l'industrie textile au Bangladesh.
En effet, dès 2005, le retrait de l'Accord multi-fibres au profit du nouvel Accord sur les textiles et les vêtements signé dans le cadre du GATT 1994 de l'OMC, va avoir pour effet direct de faire disparaître les quotas à l'exportation donc de renforcer la compétition entre pays aux faibles coûts de production. Le Bangladesh va faire face à l'Inde et à la Chine voisines. Il s'agit donc peut-être de l'avenir économique d'un des pays les plus pauvres du monde...
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