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Rapport Kouchner : les ONG consternées

Planète \Mondialisation \ONG

Publié le 23-12-2003

Le groupe Total, premier investisseur étranger en Birmanie où il exploite un gisement gazier, constitue depuis dix ans une des cibles récurrentes des campagnes d'ONG contre l'implantation des entreprises en Birmanie. Deux plaintes ont été en outre déposées contre le groupe : la première en Belgique pour " crime contre l'humanité ", la seconde en France par deux ouvriers birmans en août 2002, l'accusant de " crime de séquestration " - l'instruction suit son cours,  la juge d'instruction a interrogé le responsable de Total accusé de ce crime -. Alors que se tient actuellement le procès d'Unocal aux Etats-Unis pour des accusations similaires, le groupe pétrolier français publie un rapport commandé à l'ancien ministre et fondateur de Médecins sans Frontières Bernard Kouchner. Payé 25.000 euros pour réaliser ce rapport, l'ex-" french doctor " s'est rendu pendant quelques jours en Birmanie dans la zone de Yadana, où se situe le chantier du gazoduc exploité par Total. Le rapport, publié sur le site internet du groupe, conclut à  " l'absence de travail forcé ". " Le chantier a employé 2500 personnes. Toutes bénéficièrent d'un contrat écrit, de salaires réguliers, d'une protection sociale et de normes reconnues" explique Bernard Kouchner, qui affirme en outre que les Birmans qu'il a vus " sont absolument heureux de la présence de Total, trop à mon avis par rapport au reste de la population. Personne ne connaît les 'victimes de Total' à ma connaissance ". Concernant l'accusation de travail forcé, " il y a eu méprise avec le chantier voisin d'une voie ferrée, où il est probable qu'il y ait eu des travaux forcés", affirme Bernard Kouchner, qui observe cependant qu' " au début du chantier du gazoduc, des villageois avaient été raflés par l'armée pour défricher la forêt et se livrer à d'autres besognes au service des militaires". Mais, en prenant connaissance des faits,  Total  aurait selon lui "exigé que ces exactions cessent. Deux décrets abolissant le travail forcé furent publiés en 1999 et 2000", poursuit Bernard Kouchner, sans vérifier qu'ils aient bien été appliqués...

" Stratégie de communication "

Ce rapport a provoqué la colère et la consternation des ONG de défense de droits de l'homme, qui luttent depuis plusieurs années contre l'enrichissement et le maintien de la junte militaire grâce aux relations économiques qu'elle entretient avec les entreprises. La FIDH (Fédération des droits de l'homme) a vivement réagi, rappelant les circonstances dans lesquelles ce rapport est publié. " La publication intervient alors que c'est ouvert le procès contre Unocal, partenaire de Total dans ce projet, et alors que Total fait l'objet d'une plainte pour crime de séquestration (...) La publication de ce rapport semble s'insérer dans une stratégie de communication de total, toujours très désireux de justifier sa présence en Birmanie ", note l'ONG. En outre, rappelle la FIDH, une enquête de ce type requiert le respect des règles d'indépendance et d'impartialité- ce qui semble peu probable lorsque l'enquêteur est rémunéré par l'enquêté...
Selon  Annie Faure, chargée de mission sur la Birmanie à la FIDH, Bernard Kouchner  reprend les arguments des chargés de communication de Total " Selon lui, 43.000 personnes sont en bon état grâce à Total. C'est vrai, mais Bernard Kouchner fait également de nombreuses omissions. Il y a 48 millions de personnes en Birmanie qui souffrent de la junte. Or cette junte est nourrie par l'argent de Total qui lui permet de s'armer contre l'opposition birmane, dénonce -t-elle. D'autre part, Kouchner n'a pas vu les victimes des chantiers de Total Ca lui était pourtant facile de le faire. Il n'a même pas rencontré les victimes qui sont en France ". La FIDH rappelle enfin que l'ancien ministre de la santé avait préfacé un livre radicalement opposé à sa thèse actuelle, intitulé " Le dossier noir de la Birmanie ". Pour justifier ce revirement, il affirme " ne pas avoir , à l'époque, fait d'enquête " et conclut en observant que " rien ne laisse penser que le groupe ait pu prêter la main à des activités contraires aux droits de l'homme. Rien non plus ne permet d'affirmer que ce genre d'activité a cessé d'être pratiquée au sein de l'armée birmane. "

Véronique Smée
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