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Présidentielles : état d'urgence planétaire pour les ONG

Planète \Mondialisation \ONG

Publié le 12-02-2007



Inciter les partis et les candidats à inscrire la solidarité internationale dans leurs programmes politiques, c'est l'objectif de la campagne « Etat d'urgence planétaire » lancée par 22 ONG. Ce collectif interpelle les candidats sur onze thèmes allant de la protection de l'environnement aux droits des migrants, en passant par la responsabilité sociale des entreprises et l'aide au développement.

A l’initiative du CRID (Centre de recherche et d’informations pour le développement), qui regroupe 54 associations de solidarité internationale, la campagne  "Etat d’urgence planétaire : votons pour une France solidaire" rassemble 22 ONG, qui au total représentent 300 000 militants issus de la mouvance altermondialiste et des Forums sociaux mondiaux. Menée en coopération avec Coordination Sud et l’Alliance pour la Planète, elle s’est donnée pour objectif de «provoquer une mobilisation citoyenne et faire pression sur les partis et les candidats à l’élection présidentielle » en plaçant la solidarité internationale au cœur de leurs revendications. Elles se répartissent en onze thèmes : protection de l'environnement, droits des migrants, politique extérieure de la France, dette des pays du Sud, paradis fiscaux et judiciaires, prévention des conflits, coopération avec l'Afrique, responsabilité sociale et environnementale des entreprises, commerce équitable, politique agricole et aide publique au développement. Les programmes présidentiels des partis ont été analysés au regard de ces revendications, dans le même esprit que celui de l’Alliance pour la planète dont la campagne a été lancée en décembre 2006 (voir article lié). Deux programmes n’ont pas été analysés, celui du FN par principe et celui de l’UDF, qui n’a pas été publié à ce jour. Les membres du collectif, qui ont déjà été reçus par les principaux partis, s’attachent désormais à convaincre les candidats, dont les programmes vont être rendus publics sous peu. Une tâche difficile, car le croisement de leurs revendications avec les programmes des partis donne au final des résultats très contrastés. Si les Verts et le PC reprennent en effet un certain nombre de leurs idées, le PS mais surtout l’UMP sont assez éloignés d’un grand nombre de leurs propositions. 

Réforme des Nations-Unies

Sur les questions environnementales, les Amis de la Terre, qui font partie du collectif, trouvent « assez peu de mesures dans les programmes», excepté chez les Verts. «  En dehors de la réduction des émissions de GES et du recours aux énergies renouvelables, aucune proposition n’est faite sur l’adaptation des pays du Sud aux changements climatiques et sur le financement des énergies fossiles, qui y sont dix fois plus élevés que ceux des énergies renouvelables, souligne Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre. L’UMP évoque essentiellement le nucléaire et la captation du carbone, que nous ne considérons pas comme des technologies propres ».  S’agissant des institutions internationales, le collectif propose de modifier l’ONU pour y intégrer les institutions financières et l’OMC, afin d’affirmer la primauté des droits humains et de l’environnement dans les échanges commerciaux. Les ONG demandent également la création d’un Conseil de sécurité environnemental et social au sein des Nations Unies, proposition dont le PS s’approche en proposant la création d’un « Conseil mondial du développement durable » pour garantir l’application des normes internationales sur ces questions. L’UMP propose quand à lui de contre-balancer les pouvoirs de l’OMC par la création d’une ONUE (organisations des nations-unies pour l’environnement), qui rejoint l’initiative présentée  par Jacques Chirac début février à Paris. Enfin, les Verts proposent comme le collectif une refonte de l’ONU dans laquelle serait intégrée l’OMC, en associant la société civile et en donnant un poids plus important aux pays du Sud.

Les organisations membres du collectif
4D, Accueil Paysan, ATTAC, Cimade, CRID, Defap, Fasti, Fédération Artisans du Monde, FFMJC, Greenpeace, IPAM, Les Amis de la Terre, Ligue des droits de l'Homme, Oxfam France-Agir Ici, Peuples solidaires, Plate-forme pour le commerce équitable, RAC France, Réseau Sortir du nucléaire, Ritimo, Secours Catholique-Caritas France, Survie.
Sur la dette des pays du Sud, les ONG demandent son annulation et la mise en œuvre, notamment, d’une commission d’enquête parlementaire sur les avoirs illicites des gouvernements dans ces pays. « Si ce sujet est présent dans tous les programmes, les mesures proposées sont loin d’êtres homogènes, indique Françoise Vanni, directrice générale d’Oxfam. Le PC, les Verts et le PS sont en phase avec nos revendications, mais l’UMP ne propose l’annulation que pour les pays qui ont effectué des efforts pour préserver leur biodiversité… ». Autre thème cher aux ONG, la suppression des paradis fiscaux et judiciaires fait l’objet d’un traitement assez similaire au PS, au PC et chez les Verts, qui proposent également la suppression du secret bancaire. L’UMP reste en revanche muet sur cette question, et propose au contraire une politique de défiscalisation dans les DOM-TOM, les zones franches, etc.

La RSE absente des programmes

Si la responsabilité sociale des entreprises  (RSE) suscite aujourd’hui un grand intérêt au sein des ONG, les partis restent en retrait sur ce thème. Le collectif milite pour renforcer l’application de la loi NRE sur le reporting social et environnemental des entreprises, et plus particulièrement la transparence des multinationales des industries extractives présentes dans les pays en développement. Ces questions ne sont pas évoquées par le PC, tandis que le PS se contente de proposer la publication des rémunérations des dirigeants des sociétés cotées. Les Verts privilégient l’aspect « parties prenantes » de la RSE et proposent de démocratiser le contrôle des sociétés cotées par un conseil de surveillance composé de syndicats, d’ONG et de collectivités territoriales. Enfin, sur le respect des normes internationales par les entreprises, le PS propose de se rapprocher du système américain, prévoyant que les responsables des multinationales puissent être poursuivis pour leurs activités menées à l’étranger.

De manière générale, après avoir procédé à cette analyse des programmes, le collectif estime que « ses revendications trouvent un écho sur les questions du climat, de la prise en compte des normes sociales et environnementales au sein des Nations-Unies, sur l’augmentation de l’aide au développement, sur le contrôle parlementaire et le développement du commerce équitable ». Les enjeux migratoires, le commerce des armes ou encore la réforme des institutions financières internationales restent en revanche des thèmes absents chez les « grands » partis.
Après son lancement national, la campagne va désormais se jouer localement, à travers des antennes crées dans chaque département. L’action se poursuivra ensuite avec les élections législatives.

Véronique Smée
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