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« Nous voulons impliquer ceux qui inspirent et éduquent le public. Leur engagement est aussi symbolique que pratique ». C’est en ces termes qu’Illaga Itoua, chargée de mission sur les forêts africaines pour Greenpeace décrit l’implication des écrivains et maisons d’édition dans l’opération « Plumes Vertes ». Concrètement, ces auteurs et éditeurs déclarent s’opposer à l’utilisation de papier provenant de forêts anciennes pour l’impression leurs ouvrages. Ils préconisent le recours au papier recyclé ou labellisé Forest Stewardship Council (FSC) (voir encadré).
Créé en 1993, le Forest Stewardship Council ou conseil de bonne gestion forestière est un organisme international à but non lucratif constitué de 232 représentants d’organisations et d’entreprises qui labellise les bois en fonction de leurs conditions d'abattage. Les principes et critères du FSC s’appliquent à toutes les forêts de la planète, tropicales, tempérées et boréales qu’elles soient primaires, secondaires ou de plantation : -respect des lois et des principes du FSC ; -droits et responsabilités foncières et usages ; -droits des peuples indigènes ; -droits des ouvriers et relations avec les communautés ; -ressources forestières ; -impact sur l’environnement ; -plan d’aménagement ; -suivi évaluation ; -maintien des forêts ayant une grande valeur de conservation ; -plantations. » (Source : Greenpeace)
À l’origine, cette opération a été lancée par plusieurs ONG au Canada qui compte 529 millions d’hectares de forêt. Leur premier succès a été de convaindre, l'auteur de best-seller J.K. Rowling et sa maison d’édition Raincoast Books d’imprimer la version canadienne de « Harry Potter et l’Ordre du Phoenix » sur du papier recyclé à 100 %. L’opération a ainsi, selon leurs calculs, épargné 39 320 arbres et fait économiser plus de 63 millions de litres d’eau. Aujourd’hui, Greenpeace capitalise sur cette opération pour élargir son action à d’autres pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la France, accusée d’être le premier importateur européen de bois tropical. Si des écrivains français ont déjà apporté leur soutien comme Pierre Moinot, Claude Levi-Strauss ou Serge Tisseron, il va être difficile de lancer la campagne dans l’Hexagone compte tenu du mode d’organisation du secteur de l’édition. Pour l’heure, aucune maison d’édition ne s’est jointe à l’initiative. Raison invoquée : si on met en avant des livres publiés sur du papier écologique, on jette l’opprobre sur le reste des ouvrages. «Nous devons connaître la structure du marché, reconnaît Illaga Itoua, par exemple, en France, il faut convaincre surtout les directeurs des collections et prouver que le papier recyclé répond à leurs exigences de qualité». La campagne démarre à peine en France. La première action d'envergure de Greenpeace est prévue au salon de la littérature pour la jeunesse, organisé à Montreuil, du 24 au 29 novembre prochain. Des adolescents engagés viendront y plaider la cause des forêts anciennes et parler de "plumes vertes". La filière papetière se défend Mettre en avant le papier recyclé pour protéger les forêts anciennes est pour les professionnels de l’industrie papetière française un raisonnement simpliste « qui a un impact sur le public, comme le déplore Jocelyne Rouis, responsable du centre d’études et de ressources des industries graphiques (CERIG). Dire que le papier détruit les forêts, ça marque, c’est ‘tendance’. En réalité, il s'agit davantage d'un point de vue politique que scientifique » insiste-t-elle. Les acteurs de la filière se défendent de détruire les forêts anciennes en soulignant que les papetiers exploitent et participent au bon fonctionnement de forêts cultivées. La confédération de l’industrie française des papiers, cartons et cellulose (Copacel), par la voix de sa responsable de communication Bérengère de Portzamparc, explique que « la pâte à papier est constituée à 60 % de papier recyclé, à 16 % des déchets de scieries et le reste provient des bois d’éclaircis issus de l’entretien des forêts ». Elle insiste sur le fait que « le bois est issu à 94 % du territoire français, le reste vient de la communauté européenne ». Quant à la solution du papier recyclé, les professionnels du secteur remarquent qu’il s’agit d’une fausse bonne idée écologique : « le procédé de désencrage connaît encore des difficultés selon les types de papier et d’encres utilisés», note Jocelyne Rouis. Bouc émissaire ? L’ensemble des acteurs de la filière papetière rejette la responsabilité de la déforestation des forêts sur les marchés de la construction et de l’ameublement. Ainsi, dans son mémento 2004, l’organisme de recherche appliquée et d’études Afocel indique, qu’en 2002, sur une récolte totale de 37,3 millions de mètres cubes de bois des forêts, 22,9 millions m3 ont été commercialisés dans les filières de menuiserie, ameublement, construction…, tandis que 11,6 millions m3 ont servi de bois de trituration, c’est-à-dire de matière première entrant dans la fabrication de pâtes à papier mais aussi de panneaux à particules et fibres. L’industrie papetière serait-elle le bouc émissaire médiatique de la lutte pour la protection des forêts anciennes ? Sûrement pas estime Greenpeace qui n’hésite pas à mettre en avant le cas du papetier finlandais Stora Enso. « La Finlande est un pays riche qui préfère exploiter ses forêts, les dernières forêts anciennes d’Europe, où vivent les saamis, un peuple autochtone éleveur de rennes, dénonce Illaga Itoua. Ces forêts du Nord sont gérées par une entreprise d’Etat [NDLR Forest & Park Service] qui écoule ensuite les bois, notamment dans la filière papetière via la société Stora Enso qui a des clients importants en France ». Selon des données du Ministère de l’économie et des finances rapportées par la Copacel, en 2003, la France a importé 160,9 milliers de tonnes de pâtes à papier de Finlande. De son côté, Stora Enso se défend d’acheter du bois qui proviendrait des forêts anciennes. « Stora Enso n’achète pas de bois des forêts anciennes, ni de zones protégées ou susceptibles de l’être », explique son porte-parole Päivi Sihvola, vice-présidente Communication Corporate. « Stora Enso s'approvisionne en bois auprès de Metsähallitus, entreprise étatique qui exploite les forêts appartenant à l'Etat finlandais. Actuellement, Metsähallitus ne livre pas de bois en provenance des zones concernées, tant que celles-ci n’auront pas fait l’objet de négociations. Stora Enso soutient activement et ouvertement le processus de négociation et s’attend à ce qu’il aboutisse à un compromis satisfaisant pour toutes les parties prenantes », poursuit-elle.
En ce qui concerne les saamis, l’entreprise précise que l’exploitation forestière ne se fait pas à leur détriment puisqu’elle représente une partie de leurs ressources.
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