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Oxfam en campagne contre Ikea

Planète \Mondialisation \ONG

Publié le 01-12-2006



Avec 220 magasins dans 33 pays et 90 000 collaborateurs, Ikea a accueilli 410 millions de clients à travers le monde. Le groupe a réalisé 14,8 milliards de chiffre d'affaires en 2005. En France, il enregistre la meilleure progression du marché avec une hausse de chiffre d'affaires de 15,5%, soit 4 fois plus que l'ensemble des acteurs. Dans un livre intitulé Ikea : un modèle à démonter, Oxfam passe au crible des pratiques RSE du groupe.Explications avec Denis Lambert, co-auteur du livre et secrétaire général d'Oxfam-Magasins du monde

Quel est le but de votre campagne ?
Nous n'appelons pas au boycott mais nous voulons attirer l'attention des consommateurs sur ce mode de consommation jetable prôné par Ikea. La campagne d'Oxfam a un effet de surprise car beaucoup de gens avaient une image positive du groupe. En étant informés de l'intérieur, ils sont assez choqués du résultat.

Peut-on parler d'un paradoxe Ikea, avec d'un côté un modèle qui pousse à la sur consommation, qui manque de transparence, etc, mais qui en même temps développe des partenariats avec les ONG et affirme lutter contre le travail des enfants ?
Certes Ikea a fait des efforts en matière de RSE, mais il considère que le développement durable c'est avant tout le développement économique de l'entreprise dans la durée.
Donc il est très clair sur ce sujet ! Pour moi ce sont plutôt les consommateurs qui sont ambivalents et qui ont du mal à concilier leurs aspirations entre l'accès à des produits bon marché, un travail correctement rémunéré et des considérations citoyennes. Ikea, lui, ne l'est pas. Il tient un discours sur sa responsabilité sociale mais elle ne correspond pas à une

La réponse d'Ikea
Le groupe a fait savoir qu'il " ne souhaite pas commenter le livre et son contenu, mais souhaite néanmoins faire part des efforts accomplis en matière de responsabilité sociale
et environnementale
". Dans un communiqué, il rappelle qu'il dispose d'un code de conduite, "The IKEA Way on Purchasing Home Furnishing Products", IWAY. " Il s'agit d'un ensemble de règles sociales et environnementales que les sous-traitants d'IKEA doivent respecter (...) IKEA fait le maximum pour vendre ses produits aux prix les plus bas, mais pas à n'importe quel prix " . IKEA explique qu'il ne voit pas de conflit entre faire des affaires et être une entreprise responsable, qui consiste à " améliorer le quotidien du plus grand nombre". " Nous avons accompli un chemin important mais il y a encore beaucoup de choses à faire, il s'agit d'un processus permanent qui comporte encore certainement de nombreuses étapes  (...) .  IKEA comprend et partage l'intérêt pour cette problématique importante. IKEA est convaincu qu'il est essentiel d'avoir des actions qui viennent de différentes parties pour obtenir des avancées. "
véritable stratégie.

Quelle est l'attitude d'Ikea envers les syndicats ?
En Europe, le groupe a une attitude très paternaliste. Si l'on prend l'exemple de la Belgique, les conditions de travail et de rémunération ne sont pas particulièrement brillantes. Le groupe ne fait pas mieux que le secteur de la grande distribution en général, voire pire. Par exemple, lorsqu'une grève a éclaté au sein de la filiale belge, Ikea a donné une prime à ceux qui ne la suivaient pas et ne se joignaient pas aux manifestations. Plutôt que le dialogue interne, le groupe préfère jouer sur une image de convivialité. Dans les pays du Sud, il a pris clairement le choix des audits sociaux plutôt que le dialogue avec les organisations syndicales, quand elles existent.

Vous êtes très critique sur le code de conduite du groupe, pourquoi ?
Les résultats des audits sociaux ne sont pas communiqués et la démarche d'Ikea se fait en circuit fermé. Nous lui avons demandé de nous communiquer la liste de ses fournisseurs, mais même en assurant la confidentialité de ces informations, Ikea a refusé. Le groupe nous a affirmé ne pas comprendre pourquoi Nike et d'autres l'avaient fait. Pour eux c'est un risque face à la concurrence.

Quel est le niveau de transparence d'Ikea ?
Très faible ! En matière de transparence, Ikea joue sur l'identité suédoise, l'image de la social-démocratie ouverte et transparente, or les montages juridiques de la société sont totalement opaques et orientés vers un seul but, payer le moins d'impôts possible...Par ailleurs, l'entreprise n'est pas cotée en bourse, ce qui lui permet d'échapper à la transparence financière. En 2004, le groupe n'a payé que 19 millions de dollars d'impôts pour un bénéfice de 353 millions.

Le travail collaboratif qu'Oxfam a entamé avec Ikea en Belgique a-t-il obtenu des résultats ?
Nous avons rencontré le responsable RSE du  groupe, mais il a refusé nos propositions, dont celle d'analyser la chaîne de valeur sur cinq produits en nous donnant les prix imposés aux fournisseurs. En Belgique, le responsable avait accepté le principe d'un débat public mais il s'est désisté la veille, car seule la direction centrale est autorisée à parler de RSE. Ikea utilise un discours qui " enferme ". A chaque fois qu'Ikea est épinglé sur un problème de déforestation ou de pollution, il répond " OK ", nous allons faire quelque chose, les critiques sont bienvenues, etc. En gros, il affirme être d'accord avec les critiques qui lui sont faites, fait son mea culpa et annonce qu'il va mieux faire.

Quelle est la stratégie d'Ikea avec les ONG ?
Officiellement, Ikea les félicite car elles l'aident à progresser. En réalité, le groupe réagit au coup par coup avec elles. A chaque crise, il s'associe avec l'ONG la plus adaptée au problème. Conséquence : le groupe collabore avec le WWF, l'Unicef, Save the Children, etc. Il affiche une belle vitrine sociale et environnementale, mais là aussi, il manque de transparence. Il achète par exemple 10% de bois certifiés FSC mais refuse d'apposer le label sur ses produits. Il n'aide donc pas le label à se faire connaître, ni le consommateur à faire des choix responsables, puisqu'il n'est pas informé.

IKEA : un modèle à démonter, par Denis Lambert, Jean-Marc Caudron et Olivier Bailly, Editions Luc Pire, Bruxelles, sept. 2006, 108 p.

Véronique Smée
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