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La chose devait arriver. Cette volonté de surveiller les agissements des ONG est directement induite par l'augmentation de leur influence, ainsi que leur capacité croissante à peser sur les stratégies des entreprises grâce à une bonne maîtrise des "guérillas de réseau" qu'a apporté internet. Ce pouvoir des ONG amène un certain nombre d'observateurs à étudier l'impact réel qu'ont ces organisations sur les entreprises et la société en général. Leur statut juridique particulier, que ce soit en France ou à l'étranger, et les facilités fiscales dont elles bénéficient ne sont pas toujours propices à la transparence. Par ailleurs, leur statut d'interlocuteur privilégié des médias ne facilite pas non plus le débat et la contradiction de leurs "adversaires" sur les idées qu'elles défendent. Surveiller les ONG L'opacité des pratiques de certaines ONG a conduit 2 instituts américains, l'American Entreprise Institute for Public Policy Research (AEI) et le Federalist Society for Law and Public Policy Studies (FSL), à lancer un site visant à informer le public sur la réalité financière et le bien fondé des actions des ONG. Le site ONGwatch.org est basé sur le modèle des sites alter-mondialistes comme transnationales.org ou CorporateWatch.org. Il s'agit d'une base de données sur plus de 100 ONG américaines. Pour l'heure, les informations publiées sont assez maigres, seules les déclarations fiscales de ces organisations auprès de l'administration fiscale américaine sont en effet disponibles. Les promoteurs du projet promettent toutefois une augmentation de la masse d'informations dans les mois à venir. Une neutralité contestable Dans le manifeste de création de cette initiative, les deux instituts annoncent qu'elles traiteront les informations de façon non partisanes. Il existe toutefois de fortes présomptions sur cette neutralité. L'AEI a ainsi été créée en 1943 afin de "préserver et renforcer les racines de la liberté". Afin d'atteindre son objectif fondateur, l'institut prône un gouvernement restreint, la libre entreprise, des politiques extérieures et de défenses fortes. Ce "think tank" est de plus largement financé par les entreprises. Il est donc à craindre que leur analyse soit biaisée par des considérations partisanes. Une nécessaire transparence Bien que les motivations de la création d'ONGwatch.org soient ambigües, l'idée en elle-même est plutôt pertinente. La croissance exponentielle des moyens financiers et de l'influence politique de certaines ONG de premier plan doit logiquement s'accompagner d'une plus grande transparence. Cette transparence est nécessaire, à la fois pour maintenir l'excellente image de marque qu'ont certaines d'entre elles, mais également pour assurer la pérennité de leur influence. Certaines ONG ont bien compris cette nécessité. Oxfam ou le WWF britannique publient désormais des rapports annuels d'activité s'approchant des rapports RSE des entreprises. Ces rapports sont toutefois encore assez balbutiants et ne traitent pas toujours les différents aspects de leurs impacts sociaux, environnementaux et éthiques ou des réactions de leurs différentes parties prenantes face à leur activité. Dans une étude récente sur les ONG, Accountability -qui analyse normalement les rapports RSE des entreprises- s'est intéressé aux rapports de ces ONG précurseurs. Le niveau des informations publiées semble encore être très faible, avec une note moyenne de 29%, bien en dessous de celle des entreprises. Elles se doivent donc d'affecter des ressources humaines et financières à la collecte d'informations permettant l'atteinte d'un niveau de transparence acceptable. Faute d'un reporting pertinent, ces organisations risquent de se trouver dans la situation paradoxale d'être les cibles de techniques d'informations qu'elles ont largement contribuer à établir : la "guerilla de réseau".
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