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« Face à la convergence de crises qui ont aussi la particularité d’être hybrides, mêlant l’écologie, l’économie et le social, il n’est plus possible de travailler chacun de son côté, il faut agir ensemble », lance le président du WWF France, Serge Orru, en forme de manifeste. Cette nouvelle stratégie s’applique parfaitement à la lutte contre le changement climatique. Ainsi, en mai dernier l’appel contre « l’ultimatum climatique » était lancé par onze associations environnementales, humanitaires ou de défense des droits de l’homme. Une première en France mais qui faisait suite, quelques mois plus tôt, à la création de la coalition internationale « Climate Justice Now » regroupant associations locales, syndicats et autres ONG, et dont le pendant français « Urgence climatique, justice sociale » réunit aussi bien Action consommation, que Solidaires, Attac, Avenir climat, Bizi ! que le Réseau sortir du Nucléaire. « Cette pluralité d’acteurs constitue notre force. Il y a des débats mais nous convergeons tous sur l’urgence d’agir », estime Sophie Zafari, de la FSU –fédération syndicale unitaire - membre du collectif. « Alors que ces mondes se sont longtemps ignorés, tout le monde commence aujourd’hui à bien comprendre l’intérêt de ces coalitions », estime Philippe Ryfman, avocat, professeur et auteur du livre « ONG »*. Certes, il existe depuis des années des instances, souvent internationales comme le Forum social pour la responsabilité sociale des entreprises par exemple, où se réunissent ONG de différents horizons et syndicats. Et des causes, telles Reach, savent fédérer l’ensemble des acteurs. Mais jusqu’à présent, il s’agissait surtout d’opérations au coup par coup. Or, face à l’urgence, l’ampleur et la complexité des crises actuelles, les différentes dimensions du développement durable commencent à être intégrées de façon permanente au sein même des missions de chacun, comme l’affirment Oxfam, Médecins du Monde mais aussi les syndicats. Un climat de confiance En France, le signal a surtout été donné par le Grenelle de l’environnement qui a réuni tout le monde autour de la table des négociations, il y a deux ans. « Cela a permis de se connaître et d’instaurer un climat de confiance », estime ainsi Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France. Pour son homologue de Médecin du monde, Michel Brugière, ces réunions et coalitions permettent aussi d’établir une certaine complémentarité, à la fois dans l’expertise et la manière d’agir : « les associations environnementales vont davantage être dans la dénonciation, tandis que nous, nous proposons davantage de solutions de terrain », souligne-t-il. Un pragmatisme que revendique aussi la CFDT. « Lors des discussions sur Reach par exemple, nous nous sommes rendus compte de l’apport du syndicat sur les aspects de faisabilité des propositions », soutient Dominique Olivier, qui s’occupe des questions développement durable pour le syndicat. Surtout, cela permet à toutes ces associations de présenter un front plus solide et plus fort pour peser dans les négociations. « Pour récolter le million de signatures que nous avons annoncé pour notre campagne « Ultimatum climatique », il faut présenter le spectre d’acteurs le plus large possible, syndicats inclus », avoue Serge Orru. Des freins à lever Et pourtant, selon la CFDT, les syndicats n’ont justement pas été conviés à cette action. Car « la situation n’est pas toute rose », relativise Philippe Ryfman. Des réticences subsistent face à une collaboration plus poussée entre le monde syndical et des ONG. Sans parler des rivalités sous jacentes. Si du côté de la CGT et la CFDT par exemple, une forte envie de dialogue se fait sentir, certaines ONG semblent plus prudentes. Il faut dire que, malgré l’engagement de longue date de la CFDT notamment, les syndicats doivent (re)conquérir une légitimité sur le terrain du développement durable. Alors que les ONG bénéficient d’une très grande crédibilité auprès des Français, les syndicats eux sont « en mal d’influence » sur ce domaine, selon une étude concernant les influenceurs du développement durable réalisée par EuroRSCG. Celle-ci montre également le fonctionnement « en silo » de cette communauté DD à qui il « manque encore une vision commune, transversale ». Ce que ne dément pas Pascal Husting, estimant qu’il est encore trop tôt pour parler de « rapprochement ». Car pour lui, si de nombreuses actions menées conjointement avec les syndicats, telles que la réforme Reach ou la directive sur les émissions de CO2 des véhicules, ont été positives, « les syndicats restent souvent dans des schémas productivistes, privilégiant coûte que coûte un modèle de production devenu indéfendable », regrette-il. Une vision un peu radicale selon ces derniers ; la CGT préférant parler de la recherche d’un « équilibre » tandis que la CFDT rappelle son slogan « Ne pas perdre sa vie à la gagner » qui dénote « son souci prédominant pour la santé des salariés ». Une concurrence entre acteurs Pour le responsable du développement durable de la CGT, Jean Pierre Sotura, il faut aussi avouer qu’il existe aussi une « tendance à accorder une exclusivité aux ONG sur la question du développement durable, véhiculée notamment par les médias. » Ce que confirme Philippe Ryfman : « le cas de Wal Mart est à ce propos édifiant. Alors que le principal syndicat américain dénonçait depuis des années l’absence de syndicat au sein de l’enseigne, personne ne l’entendait. Ce n’est que lorsque l’ONG Human rights watch a pris la parole que les médias ont fortement relayé l’information et que Wal-Mart s’est effectivement penché sur la question. C’est un phénomène mondial : les ONG semblent plus audibles que les syndicats », explique-t-il. Mais la communauté des ONG n’est pas non plus des plus unies. « Elles se font concurrence en terme de positionnement, de collecte de fonds ou d’accès aux médias. Et elles n’ont pas forcément la même culture », affirme Philippe Ryfman. Une différence qu’elles revendiquent d’ailleurs. « Il est important de ne pas fusionner vers un plus petit dénominateur commun. Il faut axer ces rassemblements sur la complémentarité », estime ainsi le directeur général d’Oxfam France, Luc Lamprière. Certes, mais il s’agit aussi de ne pas rester en superficialité non plus. « Le partenariat concernant l’Ultimatum climatique est essentiellement un partenariat de communication », regrette ainsi Michel Brugière. « C’est vrai, reconnait Pascal Husting. Mais il s’agit d’un premier pas ». A continuer sur le terrain donc. *ONG, Philippe Ryfman, Editions Repères de La Découverte.
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