Nucléaire : ONG et journalistes dénoncent le secret défense

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Publié le 10-10-2003

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Depuis plusieurs mois, Greenpeace publie sur son site Internet les trajets et les horaires des convois de plutonium afin " d'informer la population des passages des centaines de convois qui sillonnent la France, et s'arrêtent par exemple dans les gares pour plusieurs heures, irradiant des lieux où travaillent les cheminots ". Chaque camion contient 150 kg de plutonium, " de quoi fabriquer une vingtaine de bombes nucléaires ", souligne Greenpeace. Selon l'ONG, ce sont bien les associations qui fournissent les informations sur ces passages, qui sont visées par l'arrêté du 9 août. " En juillet dernier, Anne Lauvergeon, présidente du groupe Areva, a demandé à Didier Lallemand, haut fonctionnaire du ministère de l'industrie d'interdire la publication sur Internet des trajets et des horaires des convois de plutonium " dénonce Michèle Rivasi, présidente de Greenpeace. Indignés, les représentants d'associations dénoncent l'hypocrisie de cette mesure qui s'appuie sur les " risques terroristes " pour justifier le secret défense. " N'importe qui peut avoir accès à cette information, explique Michèle Rivasi. Nous obtenons les renseignements sur les convois par les militants au bord de la route ou par des citoyens qui nous appellent spontanément ". En février dernier, Greenpeace avait réussi " avec une facilité déconcertante " (les camions affichent le logo " radioactif ")  à stopper un véhicule de la société Cogema Logistics, à Chalon-sur-Saône, contenant 150 kg de plutonium...Une façon de montrer l'absence de protection de matières pourtant excessivement dangereuses et de dénoncer dans son ensemble le transport des matières nucléaires. L'organisation écologiste avait également publié une étude réalisée par le cabinet WISE-Paris sur les risques encourus par les populations et l'environnement.

Atteinte au droit de l'information
Selon l'arrêté, ces informations ne pourront plus être diffusées à l'avenir sous peine de sanctions pénales. Outre les organisations écologistes,  les cabinets d'expertise et les journalistes sont visés. Yves Marignac, du cabinet d'études Wise-Paris, spécialisé dans les questions énergétiques et expert auprès des institutions publiques et scientifiques, déclare "ne plus pouvoir travailler ". " Sans accès à l'information, nous ne pouvons pas continuer à exercer notre activité, qui exige une certaine indépendance. Par ailleurs, le champ d'application de l'arrêté est tellement vaste que nous ne savons plus ce que nous pouvons divulguer ou pas ", observe-t-il.  Outre son atteinte au droit de l'information, l'arrêté ministériel pose un certain nombre de problèmes juridiques et constitutionnels. " Il reste très vague et ne définit pas son champ d'application, explique l'avocat de Greenpeace. Seul le haut fonctionnaire qui en est l'auteur se donne un droit d'interprétation, en promettant la publication ultérieure d'une circulaire. Mais il faut savoir qu'une circulaire n'a aucune valeur réglementaire et qu'en cas de litige, c'est bien l'arrêté qui fera foi...C'est un procédé totalement arbitraire ". Cet aspect arbitraire est également dénoncé par les journalistes, qui commencent à se mobiliser contre l'arrêté. Reporter Sans Frontières s'est associé au recours déposé par Greenpeace. L'Association des journalistes de l'environnement (AJE) pourrait, elle aussi, déposer un recours prochainement. "  Cet arrêté pose à nouveau la question de l'opacité  de l'information, justifiée par l'argument du terrorisme, observe Robert Ménard de Reporter Sans Frontières. Le recours au secret défense est un vrai problème en France, il n'est même pas contrôlé par les élus. "

L'absence de débat parlementaire et public sur la question du nucléaire indigne de plus en plus les associations . Le lancement d'un nouveau réacteur EPR dit de troisième génération (annoncé par la ministre de l'industrie, le 8 octobre) indigne, par exemple, Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement et présidente de l'association Cap 21. Elle vient de lancer à son tour une pétition qui conteste le choix " dogmatique " de lancer un EPR (European Pressurised Water Reactor). " La technologie EPR est d'ores et déjà obsolète et son coût est élevé ", explique -t-elle en dénonçant " l'absence de débat démocratique sur les choix énergétiques et la maîtrise de l'énergie en France, ainsi qu'une  politique de gestion des déchets qui fait de la France la poubelle nucléaire du monde ".

Au printemps déjà, le débat sur l'énergie, organisé par le gouvernement, avait créé une polémique. Les associations environnementales estimaient qu'il était en fait destiné à " imposer la relance du nucléaire " sans poser vraiment la question des énergies renouvelables. De fait, l'annonce de Nicole Fontaine concernant le lancement d'un nouveau réacteur EPR, a contraint Matignon à tempérer les propos (ou plutôt la gaffe) de la ministre, en rappelant "qu'un grand débat sur les énergies a été organisé au printemps" et "que le gouvernement proposera (...) un livre blanc sur l'ensemble de la politique énergetique (...) soumis à une très large consultation".

Véronique Smée
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