Les ONG se rassemblent pour peser dans le débat politique
Face à une situation d'urgence écologique et de crise environnementale, 50 associations et ONG françaises se sont regroupées au sein de l'Alliance pour la planète, pour créer un véritable pouvoir et peser dans le débat politique. La première action de l'Alliance, intitulée Quelle France pour 2012 ?, va consister à interpeller les candidats aux élections présidentielles dès 2007.
Parce qu'elles estiment que les différents gouvernements successifs n'ont pas pris la mesure du "compte à rebours" écologique, une cinquantaine d'associations et ONG ont décidé de se fédérer pour peser dans le débat public. L'éventail est large, puisque l'Alliance rassemble aussi bien des ONG écologistes - dont le WWF et Greenpeace - que des associations juridiques, sociales, humanitaires (Planète Urgence), scientifiques (Fondation Sciences Citoyennes), des associations de consommateurs (Action Consommation), d'agriculteurs, et des syndicats (CFDT). Objectif : parvenir à ce que "les mesures demandées par les associations écologistes depuis des années soient réellement mises en application." Mais l'Alliance entend également intervenir sur des sujets plus transversaux. "L'environnement est la thématique phare de cette alliance mais quand on parle d'environnement, on ne peut pas occulter d'autres questions comme celle du respect des droits humains," explique ainsi Florence Couraud, du Centre National d'Information Indépendante sur les Déchets (CNIID), membre de l'Alliance.
Un réseau nécessaire
Point de départ de l'initiative, le WWF a d'abord voulu fédérer les associations sur la question de la Charte de l'environnement, "un texte fort, mais à condition qu'il soit mis en œuvre," souligne Thierry Thouvenot, directeur adjoint du WWF. "De fil en aiguille, on a souhaité créer un réseau, après avoir fait le constat que malgré nos succès obtenus séparément, nos moyens n'étaient pas à la hauteur des enjeux. Sur des questions comme le climat ou les OGM, les lobbies industriels ont des moyens largement supérieurs aux nôtres."
De fait, les ONG écologistes françaises sont moins bien loties que leurs homologues anglo-saxonnes. En Angleterre, le WWF est 5 fois plus important que son antenne française. "Les ONG en France sont trop petites pour avoir une capacité de pression suffisante, confirme Florence Couraud. Les Français n'ont pas encore saisi l'importance des ONG dans la manière dont sont prises les décisions actuellement. Même des ONG importantes comme Greenpeace ou le WWF, en France, n'ont pas une taille et un poids à la hauteur des enjeux. Nous sommes donc obligés de nous rassembler face au défi de la mondialisation et à la taille des multinationales." Pour autant, on peut noter que le nombre d'adhérents à Greenpeace s'élève actuellement à 105 000 personnes. Comparé aux 130 000 adhérents revendiqués par le Parti Socialiste aujourd'hui, l'ONG n'a pas à rougir de son score.
En se regroupant, les ONG entendent remédier à leur moindre visibilité, en construisant un discours et des actions collectives. Eclectisme oblige, l'Alliance vit sur un mode de fonctionnement souple. Les ONG peuvent en faire partie sans se faire obligatoirement le relais de toutes les campagnes si elles ne sont pas d'accord. "Obtenir un consensus général sur une action spécifique sera probablement difficile, nous avions besoin de cette flexibilité," précise Thierry Thouvenot. Pour 2006, plusieurs axes seront privilégiés : le bio et les OGM, mais aussi la publicité pour faire pression sur le BVP (Bureau de vérification de la publicité). "Bien que cet organisme se soit doté d'un code de conduite, il ne l'applique pas. C'est ainsi que l'UIPP a pu faire l'an passé une campagne scandaleuse sur les pesticides, avec l'agrément du BVP. Nous allons donc faire pression pour qu'il ne laisse plus passer ce type de publicités mensongères," annonce Thierry Thouvenot.
Actions politiques
Quand au débat politique, l'Alliance entend bien s'y faire entendre et profiter du "décalage entre le niveau de sensibilité et les attentes des citoyens et la grande ignorance des élus sur les questions environnementales." Plusieurs actions médiatiques sont prévues : sondages, sensibilisation des éditorialistes politiques pour que l'environnement soit davantage présent dans la campagne présidentielle, mise en ligne de vidéos sur l'Alliance ainsi que d'un site internet informant le public des prises de positions et des actions menées par les partis politiques. "Nous voulons peser sur le débat lors des présidentielles de 2007 puis surtout de 2012, indique Jean-Philippe Teboul des Amis de la Terre et responsable de l'atelier politique de l'Alliance. Mais cette volonté d'influencer ne signifie pas que nous avons l'intention de présenter un candidat. Nous voulons entrer dans le débat pour constituer une source d'information et de sensibilisation des électeurs. Notre projet pour 2012 sort de la critique et du discours négatif sur les comptes à rebours écologiques. Il faut être constructif et démontrer que les catastrophes annoncées ne sont pas irréversibles."
Pour y parvenir, l'Alliance devra toutefois relever un défi qui lui est propre : dépasser les différences de ses membres, éviter les querelles de chapelle et les conflits idéologiques. "C'est un élan positif qui a été lancé et je souhaite qu'il aboutisse, affirme Florence Couraud. Si nous, ONG, qui avons cette même idée de transmettre aux générations futures une planète préservée, ne parvenions pas à nous entendre sur des objectifs et des actions communes, ce serait de mauvais augure pour la suite."
Véronique Smée et Christophe Brunella
Mis en ligne le : 03/04/2006 © 2009 Novethic - Tous droits réservés
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