Les ONG appellent à manifester contre le nucléaire

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Publié le 15-01-2004

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Agir pour l'environnement, Greenpeace, le Réseau Action Climat, FNE et le WWF appellent à une manifestation nationale samedi 17 janvier, à laquelle se joindra également l'association CAP 21 présidée par Corinne Lepage. Avec, au centre de leurs revendications, l'abandon du projet de réacteur nucléaire EPR (European Pressurised Reacteur)  et la mise en œuvre d'un plan plus ambitieux de développement des énergies renouvelables que celui envisagé par le gouvernement. La fracture avec le gouvernement sur la question des choix énergétiques n'est pas nouvelle. Les ONG, invitées par Nicole Fontaine , ministre de l'industrie, à participer au débat national sur les énergies en février 2002, avaient claqué la porte un mois plus tard, considérant que leurs arguments n'avaient pas été entendus lors des débats préparatoires. " Le comité consultatif fait une large place aux lobbies de l'énergie nucléaire et des énergies fossiles ", avait déclaré à l'époque a porte parole des associations, qui dénonçaient en outre un " faux débat destiné à imposer le nucléaire à la société française ". L'annonce, quelques mois plus tard, par Nicole Fontaine concernant la construction d'un EPR de 3ème génération pour renouveler le parc français a fortement renforcé les tensions. " La définition de la politique énergétique de la France pour les 15/20 ans à venir est un véritable choix de société qui conditionnera notre qualité de vie. Les orientations proposées ne nous emmènent pas dans la voie d'un développement durable ", observe de son côté Corinne Lepage, qui dénonce également " l'absence de débat démocratique sur les choix énergétiques et la maîtrise de l'énergie en France ".

" L'EPR est obsolète "

Pour l'ex-ministre de l'environnement, les arguments avancés pour justifier la construction de l'EPR cachent en réalité " des intentions purement commerciales qui organisent la surproduction d'électricité en vue d'approvisionner nos partenaires européens au lieu de privilégier un service public sécurisé ". Quand à l'argument de " l'innovation technologique ", Corinne Lepage affirme au contraire que la technologie EPR est d'ores et déjà obsolète, et que son coût (3 milliards d'euros, soir 50 euros par habitant) exclut " tout investissement sérieux dans la recherche d'une nouvelle génération de réacteurs et dans le développement massif des énergies renouvelables ". De fait, il est assez peu probable que la France puisse respecter les exigences européennes en la matière ( la directive impose que 21% de la consommation d'électricité soit fournie par les énergies renouvelables d'ici 2010). Très en retard dans ce domaine, la France produit en effet 120 mégawatts par an actuellement et il faudrait en produire 1000 par an pour atteindre les 21%. Le " mix énergétique " visant à diversifier le bouquet énergétique est donc très en deça des attentes des associations et des professionnels du secteur des énergies renouvelables. Le CLER ( Comité de liaison des énergies renouvelables) a manifesté sa " déception devant la modicité du rôle proposé pour les énergies renouvelables, réduites à un appoint des énergies fossiles et nucléaire (...) Les énergies renouvelables recèlent un très fort potentiel et elles n'ont pas les inconvénients des autres en termes de pollution, de risques industriels ou de sécurité d'approvisionnement ", a-t-il rappelé lors de la publication de l'avant-projet de loi.

 " Incontournable "

Outre les aspects " non durables " d'une politique énergétique qui engage la France pour les vingt années à venir, les ONG dénoncent, s'agissant du nucléaire,  un choix dogmatique destiné à satisfaire la stratégie économique du groupe Areva. Argument auquel Anne Lauvergeon, présidente d'Areva, répond en affirmant que le nucléaire reste incontournable. " Il faudra satisfaire une demande croissante en substituant progressivement aux combustibles fossiles l'hydraulique, le nucléaire, l'éolien, le solaire, et la séquestration du carbone à la source, mais il n'a y a pas de solution sans le nucléaire, a-t-elle déclaré lors d'une conférence organisée par le Conseil économique et social en juin dernier. En outre, si l'on doit décarboniser,  il y aura davantage de gaz et d'énergies renouvelables, mais également trois fois plus de centrales nucléaires en 2050 ".

Véronique Smée
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