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Le fondateur de Fairfood, Eelco Fortuijn, jeune diplômé d'économie, a créé, y a quelques années, Happy Gift, un restaurant associatif où des bénévoles cuisinent des aliments provenant - gratuitement - des surplus agricoles. Les clients choisissent eux-mêmes le prix de leur repas et l'argent récolté permet à des ONG de financer des projets de développement dans le tiers-monde. Le succès de la formule, typiquement amstellodamoise, l'a amené à traiter la question de la faim à plus grande échelle. Fort du soutien financier d'ICCO, une importante organisation néerlandaise aux racines protestantes, et de la ville d'Amsterdam, Eelco Fortuijn a créé Fairfood, à partir du modèle du " fair trade " (commerce équitable). Dans leurs bureaux situés au dernier étage d'un immeuble donnant sur l'un des principaux canaux d'Amsterdam, les six salariés et quarante bénévoles de Fairfood ont imaginé un argumentaire à destination du grand public. " Mythe n°1 : la faim est liée à la surpopulation ". Faux, affirme l'ONG : " on trouve assez de nourriture sur terre ; la production augmente plus vite que la population. Mais la nourriture produite dans le tiers-monde est de plus en plus exportée vers les pays riches. "
Les Pays-Bas, point névralgique
Chaque année, affirment Eelco Fortuijn et ses collègues, " on importe aux Pays-Bas du café, du tabac ou du soja d'Ethiopie, du Malawi ou du Brésil où ces cultures usent les meilleures terres. Dans ces pays vivent respectivement 14, 3 et 16 millions de personnes sous-alimentées. " Dès lors, " les paysans des pays pauvres sont directement en concurrence avec les riches occidentaux " conclue Fairfood. Les Pays-Bas constituent un point névralgique. " Avec Rotterdam, le plus grand port du monde, et des entreprises telles qu'Ahold (distribution) ou Unilever (agro-alimentaire), le pays est le huitième du monde en matière d'échanges " argumente l'association, qui appuie l'ensemble de sa démonstration sur des recherches effectuées par une autre ONG, elle-même financée par WWF. En 2003, lors de sa première année d'existence, Fairfood a lancé une campagne de sensibilisation des responsables politiques néerlandais, qui lui a permis d'acquérir une certaine notoriété. A terme, il pourrait en résulter un label " hongervrij " (non à la faim) apposé sur les produits dont la fabrication ne provoque pas l'appauvrissement des agriculteurs locaux.
Des campagnes négatives envisagées
En 2004, l'association a décidé de se concentrer sur " le pouvoir des entreprises ". Au cours de conférences sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE), il est vrai particulièrement nombreuses aux Pays-Bas, les animateurs de l'ONG défient les responsables du développement durable des grandes entreprises de l'agro-alimentaire. Ils leur demandent de s'assurer que leurs produits ne provoquent pas la malnutrition dans les pays d'origine. " S'ils s'engagent et que, quelques temps plus tard, nous constatons que rien n'a changé, nous sommes prêts à lancer des campagnes négatives, quitte à les en informer " affirme Marcel Spaas, responsable des campagnes et agronome de formation. Fairfood a ainsi approché les industriels de l'alimentation Unilever et Nutreco, le distributeur HEMA ou encore Masterfoods, une filiale du groupe agro-alimentaire américain Mars qui produit notamment les barres Balisto, Twix ou Bounty. " Les responsables de Masterfoods nous ont assuré qu'ils consacraient 1 million de dollars à des projets liés à la RSE. Pourquoi pas, mais nous voudrions surtout qu'ils examinent comment l'ensemble de leurs activités peut intégrer la question de la faim dans le monde " explique Marcel Spaas. Fairfood est également entré en contact avec les banques néerlandaises " qui financent l'industrie agro-alimentaire ". Enfin, deux des principaux fonds de pension du pays, ABP et PGGM, qui assurent vouloir promouvoir une économie responsable, constituent l'une des prochaines " cibles " de Fairfood.
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