Environnement : sensibiliser le grand public par des gestes concrets

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Publié le 01-06-2005

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Quel est le lien entre une panthère et une machine à laver ? Entre une lampe et un dauphin ? L'impact environnemental de nos habitudes de consommation. C'est le thème choisi pour la campagne de publicité lancée par la Fondation Nicolas Hulot, à l'occasion de la semaine du développement durable. Plus « choc » que celles de l'Ademe, -qui privilégient sensibilisation et pédagogie-, elle s'appuie cependant sur le même constat : au-delà des slogans alarmistes, il faut créer un lien concret entre les gestes quotidiens et leur impact direct sur l'environnement pour toucher le grand public.

En matière de communication environnementale, il existe aujourd’hui un dénominateur commun : le concret.

« Décalage » parlementaires / citoyens
Dans une enquête, parue en 2003, l’Ademe s’est intéressée aux perceptions de l’environnement chez les parlementaires. Interrogés sur les priorités de l’action du gouvernement, ceux-ci n’ont cité l’environnement qu’en avant-dernière position, avant la défense nationale. Mais ils estiment à 46% que les politiques menées depuis 30 ans dans ce domaine « ont tout juste réussi à maintenir à peu près l’état de l’environnement. » Un quart d’entre eux estime au contraire que l'environnement s'est dégradé. Ils reconnaissent par ailleurs à 64% que les associations jouent un rôle efficace pour la protection de l’environnement, derrière les collectivités locales, mais avant l’Etat et le ministère de l’écologie (47%). La société civile - les citoyens (37 %) et les entreprises (33 %)- arrive en dernière position en matière d’efficacité environnementale. Selon eux, l’inefficacité des différents ministres de l’environnement s’explique en premier lieu par le fait qu’ « ils se sont heurtés à trop de groupes d’intérêts puissants ». Enfin, une majorité d’entre eux (54%) estime qu’« il faudra modifier de façon importante nos modes de vie pour empêcher l’augmentation de l’effet de serre ». « D’une manière générale, les parlementaires interrogés manifestent une attitude moins favorable à la défense de l'environnement que le public, conclut l’Ademe. L'hypothèse d'un décalage sociologique entre représentants et représentés fournit peut être une première explication : les différences d'âge sont sensibles (…) et surtout le monde des
élus demeure, malgré les progrès de l'idée de parité, à forte dominante masculine quand les valeurs environnementales sont plus vivaces parmi les femmes
 ».

Les gestes quotidiens, directement reliés à leur impact sur l’environnement, (choisir des ampoules basse tension, éviter de faire des machines à laver à moitié pleines, éteindre complètement les appareils électriques, etc), sont devenus l’axe privilégié des campagnes publicitaires sur le sujet. L’Ademe, qui a lancé avec la Fondation Nicolas Hulot l’opération « Un défi pour la Terre », mise sur cette notion concrète, liée à celle d’effort collectif « Le public a envie de s’impliquer si on lui montre que ses efforts sont utiles, souligne Matthieu Orphelin, chargé de communication à l’Ademe. Mais il faut également que la notion d’effort soit collective, car généralement les gens ont tendance à accuser les autres de ne rien faire. Notre campagne télé « faisons vite ça chauffe » a été construite sur l’idée qu’il faut agir, au-delà des mots, et s’appuyait sur des témoignages de gestes au quotidien. Les tests post campagne ont indiqué que 90% des personnes interrogées avaient eu envie d’agir et que 50% d’entre eux faisaient depuis au moins un geste quotidien pour préserver l’environnement. »
Une idée partagée par la Fondation Nicolas Hulot, qui a choisi de relier dans sa campagne d’affichage un geste domestique à son impact global, en l’occurrence les animaux appartenant à des espèces menacées. « Relier nos pratiques de consommation à leurs conséquences sur la biodiversité nous a paru une idée efficace. C’est également un moyen de reconnecter la nature aux milieux urbains, indique Claire Oméara, chargée de communication de la fondation. Nous cherchons à être le plus constructif possible, et à éviter les discours moralisateurs, car aujourd’hui l’environnement est devenu un sujet politiquement correct. Plus personne n’ose dire que le sujet lui est indifférent ! Il faut chercher à responsabiliser, sans choquer ni culpabiliser» .   

« Ne pas paralyser les gens »

Sans culpabilisation mais sur un mode réaliste, l’opération « Défi pour la terre » lancée par l’Ademe en partenariat avec la fondation Nicolas Hulot propose à chacun de se responsabiliser avec un esprit plutôt positif: « Nos comportements quotidiens sont responsables de 50% des émissions de gaz à effet de serre, et pourtant peu de Français ont conscience du lien étroit entre le dérèglement climatique et certains gestes réalisés au quotidien. L’avenir de la planète est entre nos mains. Aucune action individuelle n’est dérisoire, chaque geste compte », peut-on lire sur le site «www.defipourlaterre.org ». Loin de la pression des « écowarriors » anglo-saxons ou de certaines ONG, le défi pour la terre repose sur la modestie et l’idée que « même en ne s’engageant que sur un seul geste, on participe au Défi ». De trop grandes ambitions n’auraient sans doute pas su convaincre, d’où le parti pris de « préparer les mentalités » aux bouleversements à venir. « Aujourd’hui, le public est prêt à recevoir des messages lui indiquant ce qu’il peut faire pour protéger la planète. Il s’agit pour nous d’une étape préparatoire aux bouleversements que connaîtra la société de demain, observe Matthieu Orphelin. Faire une communication radicale serait prématuré à l’heure actuelle. Nous pensons qu’il faut encore attendre pour envisager une pression plus forte. Etre trop alarmiste serait contre-productif et risquerait même de paralyser les gens », conclut-il.
De fait, si la majorité de la population « a déjà entendu parler » à 58,5% du développement durable, elle ne sait pas forcément ce qu’il signifie précisément. Un sondage Louis Harris, paru début juin, montre en effet que 44,9% des personnes interrogées affirment ne pas savoir bien définir ce concept. Cependant, ils sont 68,3% à penser « qu’il s’agit d’une nouvelle idée qui va changer la société », et se méfient à 44% de sa récupération par la publicité «  pour faire croire que les produits respectent l'environnement ».

Véronique Smée
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